Un extrait à propos de la politique étrangère des États-Unis du discours de President Obama sur l’état de l’Union 2016

French translation of excerpts of President Obama’s 2016 State of the Union Address

Comme tous ceux qui commencent leur journée par un bulletin de renseignements, je sais que nous vivons des temps périlleux… Mais ce n’est pas à cause d’une menace émergeant d’un quelconque superpouvoir, et encore moins car la puissance américaine aurait diminué dans le monde actuel. Nous sommes moins menacés par les empires tyranniques et davantage par les États défaillants. Le Moyen-Orient subit une transformation qui affectera toute une génération, enracinée dans des conflits millénaires. Une tempête économique souffle depuis la Chine, dont l’économie subit, elle aussi, une transition de taille. Même si son économie se contracte significativement, la Russie investit des ressources considérables pour soutenir l’Ukraine et la Syrie, États satellites qu’elle a vus échapper de son orbite. Et le système international que nous avions bâti après la Seconde guerre mondiale se débat à présent pour rester ancré dans la réalité.

Il nous revient, à nous, les États-Unis d’Amérique, d’apporter notre aide pour rénover le système. Et si nous voulons le faire correctement, nous devrons définir des priorités.

La première sera la protection du peuple américain et la lutte contre les réseaux terroristes. Aussi bien al-Qaïda qu’à présent Daech menacent directement notre peuple, car dans le monde d’aujourd’hui, même quelques terroristes qui n’accordent aucune valeur à la vie humaine, y compris à la leur, peuvent causer beaucoup de dégâts. Ils se servent d’Internet pour empoisonner les esprits de nos concitoyens, et leurs actes ébranlent et déstabilisent nos alliés. Nous devons les éliminer.

Mais lorsque nous concentrons nos efforts sur la destruction de Daech, certains affirment de façon exagérée que nous assistons là à la Troisième guerre mondiale, comme Daech aimerait bien nous faire croire. Des masses de combattants à l’arrière de camionnettes, ces esprits tordus complotant dans des appartements ou des garages, même s’ils représentent tous un grave danger pour les civils, et que nous devons quoi qu’il en soit les arrêter, ils ne menacent pas notre existence en tant que nation. Cette menace est le genre de propagande que l’organisation utilise pour recruter. Nous n’avons pas besoin de leur accorder plus d’importance qu’ils en ont pour montrer que nous sommes sérieux, et il est clair que nous ne devons pas repousser des alliés essentiels dans cette lutte en nous faisant l’écho du mensonge selon lequel Daech représenterait l’une des religions les plus répandues au monde… Il suffit de les désigner par leur vrai nom, à savoir, des assassins et des fanatiques qui doivent être déracinés, traqués et détruits.

Et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire. Pendant plus d’un an, les États-Unis ont mené une coalition de plus de 60 pays avec pour objectif de couper les sources de financement de Daech, de déjouer ses plans, de faire cesser le flux de combattants terroristes et d’éradiquer leur idéologie vicieuse. Avec presque 10 000 frappes aériennes, nous sommes en passe d’anéantir leur commandement, leur carburant, leurs camps d’entraînement et leurs armes. Nous formons, armons et soutenons différentes forces qui récupèrent sans cesse des territoires en Irak et en Syrie.

Si notre Congrès tient absolument à gagner cette guerre et souhaite envoyer un message à nos troupes et au monde, il n’a qu’à autoriser le recours à la force militaire à l’encontre de Daech. Votons. Mais le peuple américain devrait savoir qu’avec ou sans une action du Congrès, Daech apprendra les mêmes leçons que d’autres terroristes par le passé. Si vous mettez en doute l’engagement des États-Unis, ou le mien, envers l’exécution de la justice, vous n’avez qu’à demander ce qu’il en pense à Osama bin Laden. Demandez aussi au leader d’al-Qaïda au Yémen, éliminé l’année dernière, ou à l’auteur des attaques de Benghazi, enfermé dans une cellule de prison. Si vous vous attaquez aux Américains, les Américains s’attaqueront à vous. Cela pourra prendre du temps, mais nous avons une bonne mémoire, et notre portée n’a pas de limite.

Notre politique étrangère doit être orientée sur la menace représentée par Daech et al-Qaïda, mais elle ne saurait s’en arrêter là. En effet, même sans Daech, même sans al-Qaïda, l’instabilité se poursuivra pendant de décennies dans de nombreuses régions de la planète, comme au Moyen-Orient, en Afghanistan et dans certaines parties du Pakistan, dans certaines parties de l’Amérique centrale, d’Afrique et d’Asie. Certains de ses endroits pourraient devenir des refuges pour de nouveaux réseaux terroristes, et d’autres seront tout simplement frappés par les conflits ethniques ou par la famine, créant ainsi de nouvelles vagues de réfugiés. Le monde compte sur nous pour résoudre ces problèmes, et notre réponse devra aller au-delà des discours fermes ou des appels au bombardement intensif des civils. Cela peut marcher pour un bon clip télévisuel, mais ne tiendra pas la route sur la scène internationale.

De même, nous ne pouvons pas tenter de prendre en charge et de reconstruire chaque pays victime d’une crise. Si l’on agit de la sorte, l’on ne se pose pas en chef de file, mais on applique la recette du marasme, gaspillant ainsi le sang et les fonds américains, et nous affaiblissant. C’est là l’enseignement que nous avons tiré au Vietnam et en Irak, et que nous devrions avoir retenu à l’heure actuelle.

Fort heureusement, il existe une approche plus intelligente, une stratégie patiente et disciplinée qui se sert de chaque élément de notre puissance nationale. Selon cette approche, les États-Unis agiront toujours, seuls si nécessaire, pour protéger son peuple et ses alliés, mais en ce qui concerne les questions d’importance internationale, nous mobiliserons le monde avec nous, et nous assurerons que les autres pays apportent leur contribution.

Il s’agit là de notre approche pour les conflits comme celui qui sévit en Syrie, où nous faisons équipe avec les forces locales et dirigeons les efforts internationaux pour que cette société brisée connaisse une paix durable.

C’est pourquoi nous avons mis en place une coalition mondiale, avec des sanctions et une diplomatie raisonnée, pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. À l’heure où nous parlons, l’Iran est revenu sur son programme nucléaire et a renvoyé ses réserves d’uranium, ce qui a évité le monde d’une nouvelle guerre.

C’est ainsi que nous avons stoppé la propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Nos militaires, nos médecins et nos agents de développement ont tous fait preuve d’héroïsme. Ils ont établi la plateforme qui a permis ensuite à d’autres pays de se joindre à nos efforts pour éradiquer cette épidémie. Plusieurs centaines de milliers, peut-être même des millions de vies ont ainsi été sauvées.

C’est également ainsi que nous avons forgé un Partenariat transpacifique, afin d’ouvrir des marchés et de protéger les travailleurs et l’environnement, tout en faisant progresser le leadership américain en Asie. Cet accord a supprimé 18 000 taxes grevant des produits fabriqués aux États-Unis, ce qui contribuera à la création de davantage de postes de travail de qualité dans notre pays. Avec le Partenariat transpacifique, ce n’est pas la Chine qui définit les règles du jeu dans la région, mais nous. Voulez-vous que nous démontrions notre force au cours de ce siècle ? Adoptez cet accord. Donnez-nous les outils pour l’appliquer. C’est la bonne chose à faire. Permettez-moi de vous donner un autre exemple.

À Cuba, cinquante années d’isolement n’ont pas réussi à favoriser l’instauration de la démocratie, tout en nous faisant perdre du terrain en Amérique latine. Aussi, nous avons restauré les relations diplomatiques avec ce pays, laissant ainsi libre cours aux déplacements et au commerce, et nous positionnant pour améliorer la vie du peuple cubain. Souhaitez-vous consolider notre position de chef de file et notre crédibilité dans l’hémisphère ? Admettez alors que la Guerre froide est finie. Levez l’embargo.

En fait, le leadership américain du 21e siècle n’est pas un choix entre ignorer le reste du monde (sauf lorsque nous éliminons les terroristes) ou occuper et rebâtir toute société en démantèlement. En réalité, le leadership implique un déploiement judicieux de la puissance militaire, ainsi que la capacité à rallier le monde à de justes causes. Il signifie concevoir notre aide étrangère en tant que partie intégrante de notre sécurité nationale, et non pas comme une question à part ou de la charité. Lorsque nous menons presque 200 nations vers l’accord le plus ambitieux de l’histoire pour combattre le changement climatique, oui, c’est vrai, cela aide les pays vulnérables, mais ce faisant, nous protégeons aussi nos propres enfants. Lorsque nous aidons l’Ukraine à défendre sa démocratie, ou la Colombie à résoudre une guerre qui se poursuit depuis des décennies, cela renforce l’ordre international dont nous dépendons. Lorsque nous aidons les pays africains à nourrir leur peuple et à soigner leurs malades, c’est là la bonne chose à faire, mais cela évite aussi que la prochaine pandémie n’atteigne nos rivages. En ce moment, nous sommes en passe de mettre un terme au fléau du VIH/SIDA, c’est à notre portée, et nous avons une chance de faire de même avec le paludisme (quelque chose que je pousserai le Congrès de financer cette année).

C’est là la force des États-Unis, le leadership américain. Et ce genre de leadership dépend de la force de l’exemple que nous donnons. C’est pourquoi je continuerai d’œuvrer pour la fermeture de la prison de Guantanamo : ce lieu s’avère onéreux et inutile, et il sert seulement de publicité de recrutement pour nos ennemis. Nous pouvons mieux faire.

Et c’est pourquoi nous devons rejeter toute politique ciblant les gens en raison de leur race ou de leur religion. Permettez-moi de vous dire ceci : il ne s’agit pas ici d’une question de politiquement correct, mais de compréhension de ce qui nous renforce. Le monde ne nous respecte pas uniquement pour notre arsenal ; il nous respecte pour notre diversité et notre ouverture, ainsi que pour la manière dont nous respectons toutes les confessions. Sa Sainteté le pape François a dit à cet organe, depuis l’endroit exact où je me trouve ce soir, qu’« imiter la haine et la violence des tyrans et des assassins constitue le meilleur moyen de prendre leur place ». Lorsque les politiciens insultent les musulmans, qu’il s’agisse d’étrangers ou de nos compatriotes, lorsqu’une mosquée est vandalisée, ou lorsqu’un enfant est insulté, cela ne contribue pas à notre sécurité. On n’est pas là en train d’appeler les choses par leur nom. C’est mal, tout simplement. Cela nous amoindrit aux yeux du monde et nous empêche de remplir nos objectifs comme nous le voudrions. Il s’agit là d’une trahison de ce que nous sommes en tant que nation.