Propos de Linda Thomas-Greenfield, 
 secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines

French translation from “Assistant Secretary Linda Thomas-Greenfield’s Remarks ‘Boko Haram and its Regional Impact.’”

Centre des visiteurs du Capitole, Chambre des représentants des États-Unis

Washington, D.C., le 9 février 2016

BOKO HARAM ET SON INFLUENCE RÉGIONALE

Introduction

Bonjour à tous. Je remercie Madame la représentante Bass de son aimable présentation. Je ne vais pas m’attarder sur le protocole. Je vois que tous mes ambassadeurs sont présents dans cette salle. Ils savent que nous œuvrons tous, ensemble, à la politique africaine, donc je vais considérer que nous en avons fini avec les formalités protocolaires.

Je suis très heureuse de l’occasion qui m’est donnée de m’adresser à vous tous aujourd’hui. Vous êtes réellement les amis de l’Afrique. Vous soutenez mes efforts et tous nos efforts visant à trouver un remède à nombre des problèmes insolubles existant sur le continent africain. Plus important encore, vous êtes l’âme des succès de l’Afrique, si bien que votre présence ici à mes côtés m’insuffle une grande énergie et constitue un puissant stimulant dans notre quête de solutions face à des problèmes tels que Boko Haram. Aujourd’hui, je vais donc vous entretenir de l’impact de Boko Haram sur la région, de la stratégie américaine visant à contrer Boko Haram et des mesures complémentaires que nous devons tous prendre pour aider le Nigeria et la région à remporter cette guerre.

L’influence de Boko Haram

La sauvagerie de Boko Haram — meurtres, viols, enlèvements, esclavage, extorsion, destruction — semble n’avoir ni frontières ni limites. Les membres de Boko Haram utilisent des enfants pour des attaques, font sauter des lieux de culte, musulmans autant que chrétiens, commettent des attentats dans des centres commerciaux fréquentés et pillent les villages. Ce sont des assassins, des assassins purs et simples.

Boko Haram exerce une influence dévastatrice sur le Nigeria et la région. La semaine dernière, ils ont attaqué le village nigérian de Dalori et tué plus de 65 personnes. Vous m’avez bien entendue, 65 personnes ! On a parlé de terroristes lançant des bombes incendiaires sur des cases, avec des enfants brûlés vifs. Malheureusement, ce cas n’est pas isolé : ces derniers mois, il est question chaque semaine d’attaques de Boko Haram sur la région causant des dizaines de morts. De plus, une multitude de raids violents perturbent les habitants tous les jours sans même trouver d’écho dans la presse.

J’aimerais m’arrêter un instant pour adresser nos sincères condoléances, au nom du gouvernement américain et de nous tous ici dans cette salle, aux familles et aux proches des victimes de toutes ces brutalités. Tous les jours, je ressens chacune de ces attaques. Je les ressens dans mon cœur, je les ressens dans mon âme parce que je sais que lorsque ces enfants et ces localités sont attaqués, il existe derrière les chiffres des gens biens réels : de vraies mères, de vrais enfants, de vrais pères, de vraies personnes qui souffrent à cause de Boko Haram.

Boko Haram est né au Nigeria, mais son influence s’est étendue à toute la région. Ils perpétuent aussi leurs crimes de haine contre les habitants du Cameroun, du Niger et du Tchad. Là-bas comme au Nigeria, les civils vivent dans la crainte de la terreur que leur inflige Boko Haram.

Le conflit a engendré une crise humanitaire majeure dans le bassin du lac Tchad, qui compte quelque 2,4 millions de déplacés internes dans la région et plus de 180 000 réfugiés nigérians partis vivre dans les pays voisins.

Les liens de Boko Haram avec le groupe État islamique sont minces. Minces, mais inquiétants et réels. Les dirigeants de Boko Haram ont fait allégeance à l’EI. Il nous faudra travailler en collaboration avec tous les États de la région pour empêcher ces liens de se renforcer et briser ceux qui existent déjà. Il s’agit d’un combat général — pas d’un simple combat nigérian.

La stratégie américaine de lutte contre Boko Haram

Vaincre Boko Haram implique de combattre ce groupe à tous les niveaux, et c’est ce que nous faisons. Le combat ne se gagnera pas uniquement sur le champ de bataille.

Notre stratégie de lutte contre Boko Haram est une entreprise d’ensemble à l’échelle interministérielle visant à aider le Nigeria et ses voisins dans leur combat en vue de circonscrire et à terme de vaincre Boko Haram. Cette stratégie comporte plusieurs volets, entre autres la consolidation des efforts déployés par tous les pays touchés pour combattre Boko Haram ; l’affaiblissement des moyens, du financement et de la cohésion de Boko Haram ; le renforcement des initiatives nationales, des États et locales pour s’impliquer auprès des civils victimes de Boko Haram ;la riposte et la prévention face à l’extrémisme violent ; la suppression des facteurs latents d’insécurité ; et la satisfaction des besoins humanitaires des civils victimes de Boko Haram.

Sur le champ de bataille, la situation demeure difficile et les attaques se poursuivent, mais Boko Haram recule devant les efforts conjoints et la coordination accrue des pays riverains du bassin du lac Tchad. Toutefois, à mesure qu’elle perd du terrain, l’organisation a de plus en plus recours à des attaques brutales et asymétriques, notamment en utilisant des enfants pour porter des bombes mortelles. Un volet important de notre stratégie consiste à soutenir la Force d’intervention conjointe multinationale composée de soldats du Cameroun, du Tchad, du Niger, du Nigeria et du Bénin. Nous fournissons du conseil, du renseignement, de la formation, du support logistique et de l’équipement.

Depuis la visite du président Buhari à Washington en juillet dernier, nous avons engagé auprès de ses cadres militaires diverses actions nouvelles et pérennes dans le domaine de l’assistance à la sécurité. Nous espérons inaugurer la première session de formation américaine à destination d’un bataillon d’infanterie en fin de mois. Nous avons intensifié le partage des informations. Nous évaluons ensemble de nouvelles procédures visant à contrer les engins explosifs improvisés, grâce à la mise au point d’outils plus perfectionnés pour mesurer les dégâts sur les civils, et à estimer le potentiel de l’assistance américaine en matière de conseil.

Nous avons détaché 90 membres des forces armées américaines au Cameroun et nous prévoyons d’envoyer un contingent de 300 personnes en tout. Ces soldats viennent soutenir les gouvernements du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigeria en menant des opérations de renseignement aérien, de surveillance et de reconnaissance qui doivent aider nos partenaires africains à circonscrire et vaincre Boko Haram.

Mais le combat contre Boko Haram dépasse largement le cadre du champ de bataille et l’assistance que nous fournissons à nos partenaires en matière de sécurité ne peut pas tout résoudre. L’équipement et la formation ne sont utiles que s’ils sont utilisés par des forces professionnelles qui respectent les droits de l’homme et s’attirent le respect des populations. Nos discussions bilatérales concernant la sécurité continueront à se dérouler de pair avec des discussions sur les droits de l’homme.

Le Nigeria et les pays du bassin du lac Tchad doivent s’attaquer aux moteurs de l’extrémisme qui ont donné naissance à Boko Haram. Parmi ces moteurs figurent une gouvernance faible et inefficace, la corruption, le manque d’instruction, ainsi que l’absence de perspectives économiques et d’emplois pour une population jeune en pleine croissance. Si on ne donne pas aux jeunes de la région la possibilité de contribuer à la vie de leur pays, ils sont susceptibles de basculer dans le terrorisme.

Les pays de la région doivent prendre des mesures individuelles et collectives pour confirmer leurs succès militaires avec l’administration policière et civile afin de maintenir la sécurité, restaurer la stabilité, fournir les services de base indispensables, établir l’État de droit et une gouvernance efficace, promouvoir le développement économique et la création d’emplois qui permettront de briser le cycle de la violence.

Les États-Unis, essentiellement par le biais des efforts inlassables de nos collègues de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), soutiennent le Nigeria dans sa démarche de développement et continuent d’apporter leur aide pour répondre aux besoins d’urgence existants. Les activités de l’USAID au Nigeria et dans d’autres zones de la région encouragent l’instruction en améliorant la qualité de l’enseignement et des études, en élargissant l’accès équitable à l’éducation et en intégrant l’édification de la paix et la sécurité dans les milieux scolaires.

Dans l’ensemble de la région, en 2015 et 2016, les États-Unis auront fourni une aide humanitaire de plus de 195 millions de dollars aux populations affectées par Boko Haram — notamment les personnes déplacées internes et les réfugiés. Cette aide comprend, entre autres, un volet de réponse à la crise scolaire d’une valeur de 20 millions de dollars qui a déjà permis de créer près de 300 centres d’étude destinés aux enfants des familles déplacées et à leurs localités d’accueil.

Dans le cadre de nos efforts interministériels pour aider nos partenaires africains à lutter contre Boko Haram, nous travaillons aussi en étroite collaboration avec nos partenaires internationaux, notamment le Royaume-Uni, la France, l’Union européenne, ainsi que l’Union africaine.

La voie à suivre

Quelle est donc la voie à suivre ? La voie à suivre, permettez-moi de le dire, ne va pas être facile. Vous le savez. Cela fait bien longtemps que nous nous y consacrons. Il n’existe pas de solution miracle. Le défi qui consiste à vaincre Boko Haram nécessitera des efforts de longue haleine.

Chacun d’entre nous, ici dans cette salle, a un rôle à jouer, et nous avons besoin de votre aide. Nous avons besoin des membres du Congrès — et nous avons ce soutien, nous le savons, grâce à la représentante [Karen] Bass, mais aussi à beaucoup d’autres, il s’agit d’un soutien bipartite — nous avons besoin de membres du Congrès des deux partis et des deux chambres pour organiser des événements comme celui-ci. Et je tiens à vous remercier, Madame la représentante Bass, d’accueillir cet incroyable groupe de personnes. Nous avons besoin d’auditions pour avoir une meilleure connaissance du problème. Nous avons déjà eu des auditions, et je souhaite qu’elles se poursuivent.

Nous avons besoin d’universitaires — merci, Monsieur l’ambassadeur Brigety, d’être dans cette salle — nous avons besoin d’universitaires pour nous aider à comprendre les causes profondes qui ont conduit à Boko Haram. Nous avons besoin de groupes de réflexion pour trouver des solutions créatives. Nous avons besoin des milieux d’affaires pour contribuer à attirer les investissements dans la région, pour créer des emplois et stimuler un plus grand développement économique dans les zones concernées. Nous avons besoin de nos ambassadeurs. Nous avons besoin de nos ambassadeurs africains en poste ici, à Washington, pour réclamer davantage de ressources dans la lutte contre Boko Haram, ainsi qu’une plus grande coopération parmi les pays du bassin du lac Tchad. Vous devez signaler à vos gouvernements respectifs que l’on s’intéresse vivement ici à Washington aux moyens de les aider à trouver une solution à ce problème incroyable. Nous avons besoin de la société civile pour inciter à une amélioration de la gouvernance et des droits de l’homme dans la région. Nous avons besoin des journalistes pour rendre compte de la dépravation de Boko Haram, mais aussi des progrès réalisés par les Nigérians et d’autres gouvernements de la région dans le domaine des droits de l’homme. Et nous aurons besoin de ressources constantes de la part de nos gouvernements.

Il importe également de noter que les Africains jouent un rôle essentiel dans ce combat. Je pose chaque jour cette question : « Est-ce que les vies des Africains comptent ? » On entend rarement des protestations à l’annonce de la mort d’Africains en Afrique. On entend rarement des protestations chaque jour où nous apprenons que Boko Haram tue des gens. Mais nous avons sans cesse des manifestations devant le département d’État — contre toutes sortes de violations des droits de l’homme. Protestez contre les assassinats commis par les terroristes sur le continent [africain]. Nous avons tous besoin d’entendre la voix du peuple. Les simples citoyens d’Afrique, des États-Unis et d’autres pays doivent élever leur voix et envoyer un message clair pour dire que la violence de Boko Haram est intolérable, et elle est inacceptable. Le tollé soulevé par les assassinats des lycéennes de Chibok au Nigeria et dans le monde entier a été impressionnant — mais il a pris du temps. Nous avons attendu pour entendre ce que les gens allaient dire. Ces protestations, une fois exprimées, ont considérablement contribué à faire prendre conscience de la brutalité de Boko Haram. Mais elles n’étaient qu’un début.

Nous devons nous faire entendre. Nous devons nous lever pour dire que nous ne pouvons plus accepter ces monstruosités. Boko Haram ne représente pas les opinions des populations musulmanes d’Afrique. Et elles ne représentent pas non plus les voix de l’Afrique. Et il est important que nous nous levions tous pour dire : « Les vies des Africains comptent ! »

Telles sont les tâches auxquelles la région est confrontée, et ceux d’entre nous qui sont présents ici doivent contribuer à les traiter. Ce sera un long combat qui exigera de la persévérance et d’importants moyens. Nous savons tous que les enjeux sont élevés. L’attaque de la semaine dernière à Dalori nous l’a clairement rappelé. Mais il est temps maintenant — il est temps maintenant pour nous de coopérer avec nos partenaires africains pour redoubler d’efforts afin de vaincre Boko Haram et de créer un brillant avenir — et il s’agit d’un brillant avenir que tous les Africains méritent. Mais je dirais dans ce cas, en particulier, un brillant avenir pour les populations du Nord du Nigeria et du bassin du lac Tchad. Merci beaucoup.