Script du podcast: ‘Comprendre l’extrémism violent’

Entretien de Sarah Sewall, sous-secrétaire d’État américaine à la sécurité civile, la démocratie et les droits de l’homme

French transcript of podcast “Comprendre l’extrémisme violent.” Original podcast in English: “Understanding the fight against violent extremism.”

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Merci de nous écouter pour notre premier épisode sur la lutte contre l’extrémisme violent. Aujourd’hui, nous avons parmi nous Sarah Sewall, sous-secrétaire d’État américaine à la sécurité civile, la démocratie et les droits de l’homme. Nous allons analyser la lutte contre l’extrémisme violent à un niveau élémentaire et vous fournir, à vous nos auditeurs, des informations générales et le contexte nécessaires pour comprendre cette lutte contre l’extrémisme violent.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Et bien bonjour Sarah. Merci pour votre participation.

SEWALL : C’est un plaisir.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Bien, pour aller droit au but, qu’est-ce qui a changé dans la lutte contre l’extrémisme violent depuis le 11 septembre ?

SEWALL : Dans la phase antérieure au 11 septembre, nous étions principalement concentrés sur Al-Qaïda et son idéologie, ainsi que son interprétation particulière qui représentait une réelle menace pour les États-Unis et la grande majorité du monde civilisé. Ce que nous avons vu après le 11 septembre, et pas uniquement dans des groupes comme Daesh, mais également Al-Shabaab ou Boko Haram, ce sont des groupes qui sont devenus beaucoup plus habiles à adapter leur message afin d’exploiter les griefs locaux. Par conséquent, ils se concentrent moins sur l’attrait idéologique et plus sur les personnes qu’ils peuvent recruter et pourquoi, et quels sont les arguments ou actions auxquels ils peuvent avoir recours pour rallier ces personnes à leur cause. Cela résulte du succès relatif contre Al-Qaïda, le groupe ayant été dispersé, il a dû trouver une cause commune avec les communautés existantes mécontentes. Et ils ont plusieurs moyens de se présenter… Ces groupes extrémistes violents peuvent se présenter comme des sauveurs ou faire appel à ces communautés. Ils peuvent prétendre être des protecteurs face à des opposants ethniques, sectaires ou tribaux. Ils peuvent se présenter comme des opposants à un gouvernement abusif ou corrompu. Ils peuvent fournir des services de base, des emplois et une justice là où ces éléments manquaient. Donc c’est en utilisant une approche tout à fait différente et sur mesure dans différentes régions du monde : la péninsule arabique, la corne de l’Afrique, le Maghreb, le Sahel, le bassin du lac Tchad, que nous avons vu comment une menace à la base très centralisée s’est décentralisée puis est devenue très personnalisée pour s’allier aux populations locales lésées. Cela a vraiment transformé la menace en une menace beaucoup plus large et diversifiée, même si nous nous concentrons sur la menace centrale actuelle qu’est Daesh ici aux États-Unis en tant que leader de la campagne de lutte contre Daesh.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Pourriez-vous nous expliquer, expliquer à nos auditeurs, comment cette menace est devenue beaucoup plus insidieuse et plus localisée. Vous avez mentionné des régions du Maghreb et d’autres zones, pourriez-vous nous dire… quelle est son étendue et où elle est visible.

SEWALL : Bien sûr, voici quelques exemples. Dans le Maghreb islamique, Al-Qaïda est devenu beaucoup plus puissant en s’affiliant à des tribus touaregs marginalisées de cette région. Ansar al-Charia a exploité les luttes de pouvoir qui ont succédé à Kadhafi en Libye pour s’y installer et la menace est de plus en plus sérieuse là-bas. Et bien sûr, la rapide expansion de Daesh a été accélérée par sa percée dans la communauté sunnite en jouant sur les plaintes de ces derniers, politiquement marginalisés dans leur propre pays. Voilà donc des moyens pour la menace d’augmenter significativement et cela implique bien sûr une instabilité régionale et le renforcement de réseaux terroristes mondiaux qui constituent une menace directe pour les États-Unis et plus largement, le système international.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Qu’est-ce que cela signifie pour notre approche ? Si la menace est passée d’une menace directe à une menace plus localisée, comment changeons-nous la manière d’aborder ce défi ?

SEWALL : Nous devons y réfléchir d’une manière plus globale et il y a une analogie en termes de lutte contre une insurrection politique. Ce qui signifie que vous devez comprendre les griefs qui sont en jeu et qui permettent à des réseaux terroristes de trouver des alliés dans le monde malgré leur idéologie et leurs pratiques horribles et néolithiques. Nous devons donc comprendre ce qui pousse ces personnes à rejoindre ces terroristes. Personne ne naît terroriste, n’est-ce pas ? Ils sont séduits par une idée parce qu’ils pensent que c’est une meilleure option que ce qu’ils vivent actuellement. Nous devons donc vraiment penser quels sont les griefs exploités par les recruteurs terroristes, quelle est la propagande qui se répand et cela signifie que nous devons adopter une approche gouvernementale globale, mais adaptée aux circonstances locales. Il est devenu plutôt évident, et c’est ce que répète le Président depuis un certain temps, que les réponses purement militaires peuvent tuer la terreur, mais elles n’empêchent pas l’apparition de la prochaine génération de terroristes. Nous devons donc penser aux questions de gouvernance et voir si les gens ont l’impression d’être impliqués ou non dans leur gouvernement. Nous devons considérer des questions comme les opportunités et les services de base pour voir si oui ou non les gens pensent que les réseaux terroristes sont une meilleure alternative s’ils viennent et proposent de les nourrir, parce qu’autrement ils ne peuvent pas nourrir leurs familles. Nous devons réfléchir aux nombreux éléments qui rendent les communautés vulnérables face au recrutement et nous devons travailler avec les gouvernements et les communautés locales pour les aider à devenir plus résistants face à ces appels. Les jeunes sont aussi particulièrement vulnérables, car ils sont confrontés à des questions d’identité et d’objectifs et cela requiert une réponse communautaire différente, ce n’est pas forcément quelque chose que les gouvernements peuvent fournir, mais nous pouvons travailler avec les communautés pour les aider à équiper les groupes locaux, qu’il s’agisse de femmes ou de leaders religieux, ou de leaders de jeunes pour repousser la propagande afin de trouver des moyens alternatifs pour eux d’avoir des rôles de leaders dans leur communauté et récupérer leur fierté, leur sentiment d’espoir et leur futur. Certaines choses sont beaucoup mieux exécutées par les communautés locales et d’autres rôles relèvent des gouvernements, et nous devons pouvoir insister auprès de nos alliés afin qu’ils mènent une gouvernance plus réactive et que les personnes ressentent à nouveau un intérêt envers leurs communautés locales.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Et pouvez-vous en parler un peu plus ? Vous avez mentionné le changement dans la manière de penser du gouvernement à ce sujet, mais que peuvent faire les gouvernements, que font le gouvernement américain et les autres gouvernements pour aider à prévenir ce problème ou est-ce un problème local ?

SEWALL : Et bien, c’est vraiment un problème local, mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas aider avec des solutions locales et de fait, cela a été un point important du nouveau plan d’action de prévention de l’extrémisme violent du Secrétaire général des Nations unies : comment canaliser certains de nos outils traditionnels de politique étrangère. Ces outils sont les programmes d’assistance étrangère, les programmes d’éducation, les programmes de persévérance communautaire, les programmes de négociation et réconciliation — comment prendre ces outils que nous avons utilisés différemment, dans nos programmes d’assistance étrangère, et les cibler pour répondre aux besoins des communautés vulnérables. Il s’agit d’une approche extrêmement positive, très affirmative, une approche réellement utile qui est vraiment différente d’essayer de simplement tuer des méchants sur le champ de bataille. Et c’est très cohérent avec le rôle des États-Unis dans le monde en tant que puissance en faveur du bien.

Donc l’approche de la lutte contre l’extrémisme violent consiste à prendre des outils traditionnels de notre politique étrangère et à les appliquer de manière intelligente et de manière à soutenir les communautés locales et à les aider avec les ressources et l’aide dont elles ont besoin pour résister à la propagande des réseaux terroristes. Et une autre chose que nous pouvons faire et faisons est de travailler avec des partenaires du gouvernement pour les aider à soutenir les communautés locales et à tirer des leçons, c’est-à-dire ne pas nuire en tant que gouvernement. Il faut s’assurer que les politiques du gouvernement soutiennent une plus grande relation de confiance avec les gouvernements et que vous ne créez pas plus d’ennemis avec votre manière de combattre le terrorisme et cela est véritablement un aspect clé de la lutte contre l’extrémisme violent et un élément clé de notre dialogue avec nombre de nos partenaires internationaux.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : J’aimerais vous poser juste une dernière question. Si le Président vous donnait une baguette magique et si vous pouviez instaurer des conditions dans certaines de ces communautés les plus vulnérables pour un jeune essayant de trouver un moyen d’avancer. Quelles sortes d’opportunités, quelles sortes de choses instaureriez-vous sur place afin de lui permettre de choisir d’aller de l’avant et de ne pas choisir l’extrémisme violent.

SEWALL : Je pense que le problème clé est d’aligner la politique gouvernementale de manière à soutenir la santé des communautés et cela signifie ne pas les exclure des forces de sécurité. C’est-à-dire ne pas les dépourvoir de services nationaux, de participation politique. Par conséquent, les gouvernements ont un rôle clé à jouer pour s’assurer que les communautés sont connectées à leurs États. Mais l’élément principal que je souhaiterais voir si j’avais une baguette magique, ce serait des ressources pour les communautés locales, pour les groupes de la société civile, pour les leaders religieux locaux, pour les réseaux de jeunes. Les outils dont les gens ont besoin. Ce que veulent les gens n’est pas un mystère. Tous les êtres humains souhaitent la même chose. Nous voulons être éduqués, nous voulons pouvoir gagner notre vie, nous voulons pouvoir avoir un futur pour nos familles, nous voulons une place dans la communauté. Ce ne sont pas des mystères. Beaucoup de lieux souffrent de l’incapacité d’avoir cela, car ils manquent de ressources et d’options, ainsi je crois qu’en tant que communauté internationale, nous devons trouver le moyen d’employer nos investissements pour faire du monde un endroit meilleur, mais aussi plus protégé des menaces terroristes en concentrant réellement ces ressources sur les communautés les plus vulnérables. Et c’est cela le changement de la pensée de la lutte contre l’extrémisme violent. Quand nous pensons aux outils de développement, quand nous pensons aux programmes du Département d’État américain, qu’il s’agisse de faire rendre justice ou de renforcer le rôle des femmes dans les sociétés, ce sont des outils que nous savons utiliser, et ce que nous devons faire est aider à les fournir aux plus vulnérables à l’infiltration de la propagande terroriste, car ils s’attaquent aux communautés les plus vulnérables et ce sont ces communautés que nous devons réellement atteindre.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez dire à nos auditeurs ?

SEWALL : Je pense que ce qui est aussi palpitant pour moi concernant l’accent mis par le Département pour lutter contre le terrorisme violent est qu’il s’agit vraiment de réaliser la vision du Président Obama d’un gouvernement global, d’une approche humaniste et holistique de lutte contre le terrorisme. Je pense qu’au cours de la dernière décennie, nous avons appris que la destruction des choses a de réelles limites et que la lutte contre l’extrémisme violent consiste à construire des choses, soutenir les gens et aider à créer un futur plus positif. Et je pense que c’est une chose à laquelle tous les Américains peuvent se rallier et cela permet de lutter contre le terrorisme avec quelque chose de positif au lieu de simplement détruire quelque chose de négatif. Donc c’est un vrai complément et une tradition américaine très fière de positivisme de compléter notre approche de lutte contre le terrorisme avec un élément plus proactif et plein d’espoir.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Merci beaucoup pour votre participation.

SEWALL : Merci de m’avoir reçue.

LE DÉLÉGUÉ DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT ADJOINT WHELAN : Pour plus d’informations sur la lutte contre l’extrémisme violent, restez engagé sur les médias sociaux en suivant USA en Français sur Twitter.


Pour écouter plus d’épisodes de la série “Combattre l’extrémisme violent” du Département d’État, trouvez une liste de lecture ici.