Pourquoi suis-je allé au Kirghizistan ?

Ulysse Lubin
Sep 3 · 7 min read

Avant chaque voyage, lorsque j’annonçais que je partais à tel ou tel endroit, je faisais généralement face à des réactions du type :

  • “Ah c’est sympa la Thaïlande ! J’ai un(e) ami(e) qui y est allé(e) l’an passé et qui a adoré.”
  • “Tu verras c’est magnifique le Pérou. Je te conseille d’aller à [insérer lieu stylé].”
  • “Tu as trop de la chance, c’est mon rêve d’aller en Islande !”

Quand j’ai annoncé que j’allais partir au Kirghizistan, j’ai eu cette fois le droit à deux nouveaux types de réactions :

  • “Le Kirghiquoi ? Il existe ce pays ? C’est où ? Est-ce que c’est là où il y a les pays en -stan ?”
  • “Pourquoi est-ce que tu vas au Kirghizistan ?”

Oui ce pays existe. Il est en effet entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, et… la Chine. Quant à pourquoi est-ce que je pars là-bas. Et bien… En voilà une drôle de question.

Oui le Kirghizistan existe : Google it

Comment, mais pas pourquoi

Avant de partir, je n’avais pas la moindre idée de pourquoi j’allais là-bas. Je savais juste comment je m’étais retrouvé dans ce périple. La raison est assez marrante. Je discutais voyage sur Messenger avec Andréa, une amie, en lui proposant de venir en Israël ou en Jordanie avec moi.

Je suis assez difficile à convaincre

Il n’en fallait pas plus. Pour pimenter un petit peu le voyage, on s’est mis d’accord pour inviter chacun une personne que l’autre ne connaissait pas.

Il a dit oui

Andréa a proposé à Pierre-Olivier, alias P-O, de nous accompagner. A ce moment là, j’étais à Alicante, et je me suis amusé a faire une story sur Instagram pour annoncer à mon acolyte Hamza (que vous avez déjà vu sur ma vidéo à Palerme) qu’il partait au Kirghizistan.

Il a accepté, j’ai acheté les billets, et on s’est dit que ce serait bien de se rencontrer au moins une fois avant de décoller. Nous nous sommes donnés rendez-vous à Lyon chez Hamza et nous avons passé un week-end de folie. Le groupe était prêt, mais je n’avais toujours pas la moindre idée de pourquoi on partait.

Pourquoi je suis vraiment parti

C’est l’aventure la plus roots, intense, éprouvante et incroyable que j’ai vécue. C’est pendant le voyage que j’ai découvert le véritable pourquoi.

Les paysages

Tout d’abord, pour les paysages incroyables qu’offre ce pays. J’ai amené mon drone pour vous faire une petite vidéo. Je vous laisse juger par vous-même.

Je suis parti au Kirghizistan pour les paysages

Le challenge

Ensuite, pour le challenge. Lors du premier trek, nous avons marché 60km avec chacun un sac d’une dizaine de kilos dans le dos à travers les montagnes en 72h, en montant jusqu’à 3900m au dessus du lac Ala Kul (dénivelé total : +2000m, -2100m).

Je suis parti au Kirghizistan pour le challenge (photo by PO)

Ce trek est difficile et dangereux, d’autant plus que nous n’étions pas préparés. Nous sommes arrivés à Karakol dans l’après-midi après 6h de bus depuis Bichkek et avons foncé vers la montagne sans se soucier du logement ni de la nourriture. On savait qu’il y avait des camps ici et là sur le chemin. En réalité, il n’y a pas nécessairement de la place et à manger.

Après 5h de marche, nous arrivons de nuit dans un premier camp. Comme prévu, nous avons pu loué une tente pour 4 et il était possible de dîner. Là, on apprend qu’il faut sa tente et à manger pour monter jusqu’au lac. La personne en charge du camp nous lâche alors un petit “You guys are crazy”.

On se retrouve plus tard autour d’un feu de camp, avec une bande de 11 copains kirghizes. Ces mecs là, ce sont des porteurs. Ils étaient avec un groupe de touristes, et ils leurs portaient les tentes et la nourriture tout au long du trek. En apprenant notre problème, ils nous proposent de nous monter une tente en plus, et de les rejoindre pour manger le soir, après les touristes. Ho yeah !

Le lendemain, nous marchons pendant 6h et montons à 3500m d’altitude jusqu’au lac. La montée est très éprouvante, mais la récompense en vaut la peine.

Deux porteurs en pleine préparation du dîner

Une fois arrivés sur place, les porteurs nous installent une tente pour deux dans laquelle nous dormirons à 4, et nous les rejoignons pour dîner. Nous nous retrouvons dans leur tente, au milieu de 11 amis qui plaisantent entre eux dans une langue que nous ne comprenons pas (évidemment, aucun ne parlait anglais). Et nous dînons de ce qu’ils nous servent à la lueur d’une lampe frontale accrochée en guise de luminaire. Nous partagerons le quotidien de ces porteurs jusqu’à notre arrivée à Altyn Arashan.

Les rencontres

En seulement 11 jours, nous avons rencontré tellement de gens incroyables. Le peuple kirghize est d’une bonté immense, et ça fait du bien. À l’image des porteurs rencontrés en allant vers Ala Kul, nous avons partagé la vie de beaucoup de locaux sur notre chemin.

Je pense à Kaku, notre guide à cheval qui nous a invité à Kyzart dans son petit village pour l’anniversaire de son quatrième enfant, Ilyas, 7 ans.

Kaku et Ilyas (photo by Aude)

Je pense à Danil et ses amis qui ont été nos guides dans les plaines du Kirghizistan. Il nous a d’ailleurs invité à venir à son mariage l’année prochaine.

Danil et notre petit groupe dans un taxi

Je pense à Peter, un guide qui a été notre ange gardien pendant le trek Ala Kul, et que l’on a revu complètement par hasard à Bichkek une semaine plus tard.

Dans l’ordre : PO, moi, Peter, Hamza et Andréa (photo by PO)

Je pense à ces jeunes qui nous ont pris en stop de Balyktchy à Kochkor, et avec qui nous avons passé un trajet fou, à 8 dans une voiture, marqué par la rencontre avec des chameaux sur la route.

Un chameau au milieu de la route

Je pense à cet homme rencontré au milieu de nulle part et qui nous a fait monter sur son âne.

Hue Cannabis !

Je pense à toutes ces familles qui nous ont accueillis dans leur yourte le temps d’un thé, d’un dîner, ou d’1, 2, 3…6…10 shots de vodka.

Aman bololo ! (ça veut plus ou moins dire Santé !) (photo by PO)

Je pense à cet homme, lutteur de la famille, contre qui j’ai fait une combat de freestyle wrestling au milieu d’une plaine bordant le lac Song Kul.

Heureusement que j’ai fait 6 ans de judo

Je pense à ces enfants avec qui nous avons joué dans cette même plaine. Balançoire, tir à la corde, lutte, luge tirée à cheval, football, etc. Ils avaient bien plus d’énergie que nous !

Fortnite c’est surfait

Et je pense évidemment à Pierre, Aude, Aya et Ignas, quatre francophones rencontrés à Karakol, avec qui nous avons traversé le Kirghizistan en Marchroutka et à cheval. Je vous kiffe les amis.

On n’est pas synchro mais on sait aller au galop

Revenir à l’essentiel

Je travaille dans une startup qui développe de l’intelligence artificielle à Paris et mon quotidien est majoritairement découpé entre boulot, afterworks et Uber Eats. Je me rends compte que la vie que je mène est superficielle, et aller au fin fond du Kirghizistan m’a rappelé que la vie est bien plus riche que celle que nous expérimentons dans notre cocon parisien.

Les familles kirghizes possèdent très peu de choses et sont d’une générosité incroyable. Lorsque l’on s’éloigne des grandes villes, on se retrouve comme plongé dans un autre temps. Les gens se lèvent et se couchent avec le soleil. Ils vivent proches de la nature et élèvent chevaux et vaches. Ils ne se plaignent jamais et veulent toujours vous resservir du thé.

Le pays est indépendant depuis l’explosion de l’URSS en 1991. Il n’est ouvert sur le monde que depuis peu de temps et pour s’en rendre compte, il suffit de sortir un drone.

La dronite aigüe est contagieuse (photo by Aude)

Lors du retour entre Moscou et Paris, j’entendais déjà des Français se plaindre de ceci et de cela dans l’avion. Nous avons perdu la valeur des choses. La véritable gentillesse désintéressée se faire rare. Et le pire dans tout ça, c’est qu’avec tout ce que nous avons, nous trouvons le moyen de ne pas être heureux.

Voyager au Kirghizistan permet de revenir à l’essentiel. Un sourire. Un thé. Une soupe. Une couverture. Un galop. Je n’ai que rarement été aussi heureux avec si peu.

Je suis parti au Kirghizistan pour revenir à l’essentiel (photo by Aude)

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