A la rencontre de Faux-Cap, la communauté de la Région Androy qui défie les géants de sable

Si la communauté de Faux-Cap, dans la Région Androy, appelle les dunes « rarake » qui veut dire littéralement « pauvreté », ce n’est pas sans raison. Poussés par les vents, ces géants de sable mobiles qui se dressent entre ciel et terre sur des hectares ont déjà envahis cultures, pâturages et habitations, réduisant considérablement les moyens de subsistances d’une population qui doit déjà faire face aux effets du changement climatique.

Depuis que les dunes ont envahis mon champ, mes enfants et moi-même avons essayé de les stopper chaque jour sans relâche. Nous avons perdu des portions de cultures qui étaient déjà semées. Je dois partager mon champ entre mes 13 enfants, pourtant, la part de 5 d’entre deux a été déjà ensevelie. Mais maintenant, les dunes ne nous menacent plus.
Rezahana, propriètaire d’un champ envahi par les dunes.
Rezahana se tient dans son champ. Derrière lui, les dunes qui jadis menaceaient ses terres, sont désormais stoppées.

1670 hommes et femmes ont pris d’assaut ces géants de sable qui meublent le littoral de la commune de Faux-Cap, dans la Région Androy, avec une détermination commune : fixer les dunes et en finir avec la pauvreté.

Avec des armes les plus vertes : des plants de sisal, de lalanda (ipoméa) et de filaos, ils ont travaillé pendant 120 jours afin de fixer 75 hectares. Une fois fixées, les dunes ne constituent plus une menace pour leurs moyens de subsistance.

La vulnérabilité de Faux-Cap, n’est pas une exception dans la Région Androy. Depuis 2016, le phénomène El Nino a engendré un cycle de sècheresse à répétition dans cette région qui présente le taux de pauvreté le plus élévé de Madagascar. Le PNUD et ses partenaires ont ainsi déployé une approche intégrée de développement permettant une sortie durable de la pauvreté tout en instaurant une adapatation au changement climatique et une bonne gouvernance communautaire.

Les efforts combinés des Ministères de l’Economie et du Plan, et de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts, ont répondu aux besoins en reboisement et en amélioration des revenus des populations vulnérables.

Argent + Epargne = une équation durable pour bâtir la résilience et promouvoir le relèvement

L’étape première est de fournir une rémunération de 192 000 Ar (environ 60 usd) pour un cycle de 60 jours de travaux liés à la fixation des dunes. Cette somme, qui permet aux bénéficaires de subvenir à leur besoins quotidiens, est couplée a une épargne du même montant remise à la fin des travaux et qui sert de fonds de démarrage pour une activité lucrative de leur choix. La fixation des dunes a ainsi permis à la communauté la plus pauvre de Faux-Cap de se mobiliser pour une cause environnementale commune tout en développement des activités génératrices de revenus tels que l’élevage de petits ruminants ou volailles, le petit commerce ou la pêche. A termes, c’est la résilience de 1670 ménages, dont plus de 50% de femme cheffes de famille, face à la sécheresse qui est améliorée.

Pour Soanarivoe, le choix a été clair, elle voulait lancer un élévage d’ovins avec son épargne; un rêve qui s’est réalisé. Un an apres le lancement de son activité, elle montre fièrement les petits de sa brebis. Pour elle, il s’agit d’un investissement conséquent pour les mauvais jours. Pour la communauté, elle a contribué a sauver des hectares de cultures.

Education financière pour une meilleure gestion des activités génératrices de revenus

L’éducation financière des bénéficaires est introduite à la seconde étape de l’approche, juste avant la remise de l’épargne et le lancement des activités génératrices de revenus. Dispensée sous forme de formation grace a un partenariat avec l’ Institution de Microfinance OTIV — Tana, l’éducation financière donne aux bénéficaires les bases de la gestion d’une activité lucrative telles que : la budgétisation, la gestion d’une petite exploitation, ou encore l’investissement.

Gestion communautaire pour une meilleure appropriation

Pour assurer la pérennité des activités, des KOMPIFY (Komity Mpandrindra Ifotony) sont également mis en place par les communautés avec à leurs têtes des leaders choisis sur des critères basés sur la compétences ou le rôle/statut social. En bout de chaîne, le role des KOMPIFY est d’accompagner les bénéficiaires, aprés avoir été formés par le PNUD en suivi des activités génératrices de revenus, à savoir le suive des exploitations, la gestion communautaires des matériels dotés, le renfrocement des capacités techniques des bénéficaires, et enfin assurer le rôle d’interface entre les différents acteurs de développement (ONG ou encore le secteur privé). Concrètement, cette gestion communautaire permet aux KOMPIFY de s’assurer que les activités choisies par les bénéficaires sont viables tout en apportant un soutien en conseil le cas échéant. Par exemple, ils s’assurent que les bénéficaires ayant choisis l’élévage comme activité vaccinnent régulièrement leurs cheptels afin d’éviter les pertes.

Pour Gervais, un autre bénéficiaire, l’épargne a servi à l’achat de son matériel de pêche.

Ma vie s’est améliorée, ma famille et moi n’avons plus à nous inquiéter de problemes d’alimentation ou de santé car nous avons désormais une source de revenus avec mon projet de pêche.
La pêche est désormais la nouvelle source de revenu de Gervais. Ses prises journalières, qu’il vend au sein de la communauté, se sont accrues; ses revenus le sont aussi désormais.

D comme durabilité. La fixation des dunes a débuté en 2017 dans le cadre du Plan de Relèvement et de Résilience 2017–2019 élaboré par le Gouvernement en appui aux districts les plus affectés par le sécheresse. Un an après, les résultats de ce combat prennent de l’ampleur. La couleur verte de la végétation devient le nouveau manteau de ces géants de sable qui sont désormais cloués au sol. Leurs mouvements ne sont plus qu’un mauvais souvenir pour Faux-Cap et sa population qui devient plus résiliente.

Texte et Photos : Ramananjafy Randrianandrasana & Ramatoulaye Moussa Mazou/ PNUD Madagascar