Dans l’Androy, les communes sont les ouvrières du développement

Avec plus de 1600 communes réparties dans 119 districts au sein de 22 régions, une bonne gouvernance et une décentralisation effective à tous les niveaux deviennent des impératifs pour Madagascar afin de permettre un développement durable à tous les niveaux et réduire les inégalités. En effet, la Grand Ile de l’Océan indien affiche un indice de développement humain très faible par rapport au reste de l’Afrique, avec de fortes disparités entre les régions. Des indices couplés à un fort taux de pauvreté surtout pour les régions du Grand SUD qui font face à une forte fragilité climatique (plus de 900 000 de personnes ont été touchées, entre 2014 et 2015, par la sécheresse déclenchée par El Niño). Pourtant, les efforts combinés des collectivités territoriales décentralisées, à différentes échelles, contribuent à l’essor du pays. Si les Régions qui possèdent les taux de pauvreté les plus faibles du pays sont l’Androy (96,7%), Atsimo Atsinanana (93,1%), Vakinankaratra (88,6%) et Amoron’i Mania (85,5%)[1], elles font aussi partie de celles à plus fort retard de développement humain. Un double constat qui met en évidence la nécessité pour les collectivités du Grand Sud Madagascar, surtout la région Androy, d’avoir les moyens de relever les défis liés à la croissance locale et régionale, l’insécurité alimentaire, la gouvernance locale, la dégradation de l’environnement, le changement climatique et l’inégalité socioéconomique.

[1] Enquête Nationale sur le Suivi des indicateurs des Objectifs du Millénaire pour le Développement (ENSOMD) 2012–2013

Cet animal ancestral est très prisé dans la région pour sa viande, mais aussi pour son symbole socioéconomique.

Dans la commune de Beloha (Région Androy) des centaines de tête de zébu provenant des sept communes avoisinantes sont mises en vente au marché intercommunal de zébu. Spéculateurs, bouchers, ou encore éleveurs s’y rencontrent pour des transactions financières qui peuvent s’élever à des millions d’ariary en une seule journée. Une aubaine fiscale pour la mairie de cette commune qui est dans le district le plus affaiblit de la région en termes de gouvernance locale. L’appui du PNUD a ainsi consisté en l’aménagement du marché de zébu, permettant une meilleure gestion du flux commercial qui s’y opère. Le nouveau système de balisage, avec une clôture plus solide et des points d’entrée et de sortie officiels, conduit à un meilleur suivi des transactions du marché.

Sur chaque vente de zébu, la Mairie prélève une taxe de 2000 ar qui entrera dans les caisses de la commune de Beloha. En une année, grâce à la réhabilitation du Marché de Zébu, la Commune a connu une hausse de plus de 40% de ses recettes provenant du marché de zébu en à peine une année.

Pour nous les acheteurs, ce nouveau système est la garantie de ne pas acheter une bête qui aurait été volée. Cela nous rassure de faire nos affaires ici car tout est contrôlé.

Un acheteur du réaménagement de son marché de zébu.

« Graçe à la réhabilitation du marché de Zébu de Beloha, nous arrivons enfin à capter les taxes dues aux ventes. Avec ces nouvelles ressources j’envisage d’agrandir le marché de Beloha pour augmenter les flux commerciaux avec les communes avoisinantes. » Maire de la commune de Beloha qui a bénéficié du réaménagement de son marché de zébu

Beloha, fait partie des 58 communes de la région Androy qui sont appuyées par le PNUD en partenariat avec le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation. Dans le cadre de cette approche, l’aménagement du marché de zébus n’a pas été la seule réalisation, les locaux de la Mairie ont aussi bénéficié d’un sang neuf. Les murs fissurés, les armoires en bois, les machines à écrire d’une époque lointaine ont laissé la place à la modernisation pour mettre le cap sur l’efficacité.

Avant la dotation en matériel, l’établissement d’un acte de naissance pouvait prendre une semaine avec l’ancien système de machine à écrire. Désormais, il ne suffit plus que de quelques heures à la Mairie de Beloha pour délivrer un acte de naissance et de nombreux autres services aux contribuables qui permettent d’augmenter les revenus communaux. Par ailleurs, les nouvelles armoires permettent également de protéger les archives des mites et des intempéries.

Des communes plus performantes permettent non seulement de concrétiser les actions de développement, mais également de gagner la confiance des citoyens afin qu’ils contribuent à la vie de la cité.

Les résultats de l’approche du « paquet d’appuis complets » permettent de remarquer qu’avec peu de moyens investis, les communes sont en mesure de devenir plus autonomes et inclusives dans la planification de leurs plans d’actions, la mobilisation de leurs propres ressources, l’amélioration de services aux contribuables, et sont plus aptes à coordonner les initiatives d’intercommunalité telles que les marchés de zébus.

Depuis le début de la crise accentuée de la région Androy en 2016, toutes les 58 communes de cette région ont été regroupées autour de 9 grappes de communes, ventilées elles-mêmes entre les 4 district de la région. Elles ont pu procéder à l’identification d’actions prioritaires et leur mise en œuvre, telles que :

  • L’aménagement des 4 marchés de zébus ;
  • La réhabilitation de 3 communes, (mairies) ;
  • la mobilisation de ressources fiscales (impôts fonciers) ;
  • la dotation des matériels pour les 58 communes.

Des résultats dont l’impact sera désormais mesurable grâce à l’Indice de Gouvernance Locale (IGL) ; un outil lancé en 2018 par le gouvernement, et évalué par le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation[1] avec l’appui du PNUD, afin de permettre aux CTD d’identifier leur performance sur le plan stratégique et fonctionnel. A ce jour, sur les 4 Districts de la région Androy, le District de Beloha est celui qui affiche le plus faible score d’IGL : 1,84 contre 2,24 pour Tshiombe, 2,20 pour Bekily, et 2,21 pour Ambovombe. Grace à l’IGL, les lacunes en gouvernance locale peuvent être identifiées plus profondément et ainsi permettre la mise en place d’actions correctives durables. A ce titre, l’enquête sur l’IGL de 2018 dévoile que des points bloquants persistent au sein des communes de l’Androy dans certains secteurs clés tels que la gestion administrative et financière, la maitrise d’ouvrage communale, ou encore la coordination des services techniques déconcentrés et des représentants de l’Etat. Afin d’y remédier, les réponses envisagées par le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation et soutenues par le PNUD se veulent multisectorielles via des actions telles que la vulgarisation des textes en vigueur sur la gouvernance locale, la mise en place d’outils de gestion du personnel, le renforcement des capacités du personnel communal en développement local et en passation des marchés, ou encore l’accompagnement dans la coordination intercommunale pour ne citer que ceux-là.

Le Plan Régional de Développement de la Région Androy, développé en partenariat avec l’Union Européenne et le Fonds International pour le Développement Agricole, devrait également constituer un important outil de décision pour cette région délaissée. Depuis 2018, les efforts du PNUD et de ses partenaires se portent plus sur l’élaboration d’une stratégie intégrée de développement des 3 régions du Grand Sud de Madagascar, à savoir la Région Anosy, la Région Androy et la Région Atsimo Andrefana. Cette approche intégrée, qui part des déficits identifiés dans les dimensions clefs du développement, propose un ensemble d’interventions qui permettent de sortir des différentes trappes de sous-développement liées à chaque dimension du développement durable. Ainsi, les déficits en eau, en énergie, en routes, en éducation, en formation techniques ou professionnelles, en ressources économiques seront ciblés afin de sortir les communes, ainsi que leurs populations, dans un cercle de pauvreté continue que des actions ponctuelles ne peuvent résoudre.

[1]L’enquête est menée par la Direction Générale de la Décentralisation, l’Office National de la Concertation sur la Décentralisation et L’Unité de Gestion de la Stratégie Nationale du Développement Local,

A gauche, la Mairie de Beloha avant sa réhabilitation. A droite, la nouvelle façade de la commune offre un meilleur cadre d’accueil aux usagers et renforce l’image de la collectivité.

Texte & photos : Ramatoulaye Moussa Mazou