Epidémie de choléra à Goma : l’UNICEF appelle à la vigilance

Au cœur d’un centre de traitement du choléra

Goma, Nord Kivu - Il était midi, ce mercredi 12 juillet 2017. Un silence lourd et empreint d’émotion règne sous une tente bien isolée au centre de santé de Majengo, au nord de la ville de Goma.

On y voit une vingtaine de personnes, en majorité des enfants, chacune, couchée dans son lit, en état d’affaiblissement avancé. A leur chevet, des hommes et des femmes en blouse blanche, portant des gants et des bonnets de protection, s’activent sans relâche. Il y a urgence. C’est une épidémie de choléra.

Pour accéder au Centre de Traitement du Choléra (CTC), les semelles de mes chaussures et mes mains sont désinfectées au chlore avant qu’une infirmière me remette un masque de protection jetable. « Protèges-toi, sois prudent ! Le choléra est très contagieux » m’a-t-elle prévenu, s’empressant de remplacer un sérum de réhydratation orale chez un tout jeune patient de quatre ans.

«Cet enfant est arrivé ici ce matin, et il ne bouge toujours pas » me dit Marie Kyahi, infirmière titulaire du Centre de santé de Majengo. « Mais il va bientôt récupérer dans les heures qui suivent. Car, soixante-douze heures c’est le temps maximum que prennent la réhydratation et la stabilisation d’un patient » m’a-t-elle rassuré.

Comme ce petit garçon, plus de 20 autres malades sont dans une situation similaire. Tous sont épuisés et déshydratés suite aux vomissements et aux diarrhées incessants.

« En une semaine seulement, nous avons pris en charge plus de 90 cas. La plupart provient des zones de santé de la partie nord et périphérique de la ville de Goma : Binza, Karisimbi et Nyiragongo » a déclaré l’infirmière. « Je pense que le manque d’eau potable dans la ville est l’un des facteurs clés de cette flambée de choléra » a-t-elle ajouté.

En raison du dysfonctionnement du système d’approvisionnement en eau potable causé par de longues et intempestives coupures d’électricité, une majorité de familles de Goma se rue vers le lac pour s’approvisionner en eau.

Le spectacle est désolant au niveau d’un des points de collecte d’eau appelé communément « Plage du Peuple » en plein cœur de la ville de Goma, à quelques mètres seulement du bureau du Gouverneur de la province.

Dans un désordre bien organisé, piétons, cyclistes et camionneurs se bousculent pour collecter l’eau du lac (pourtant très polluée par les déchets municipaux et les matières fécales) parce que l’eau potable de la ville n’arrive plus dans les robinets depuis plusieurs semaines.

Les ménages avisés font purifier l’eau du lac aux points de chloration soutenus par l’UNICEF et ses partenaires sous la supervision des bénévoles de la communauté.

À la fin de ma visite, l’infirmière me fait découvrir un lot de matériels de promotion de bonnes pratiques familiales qui préviennent le choléra. Ce sont des affiches, des boites à images et des livrets fournis par la Division Provinciale de la Santé (DPS) pour la sensibilisation des communautés.

« Ces supports de sensibilisation ont été produits grâce au soutien financier de l’UNICEF qui a toujours été à nos côtés dans la prévention et la riposte contre les épidémies de choléra » a déclaré Marie. « Pour la prise en charge des malades, nous avons aussi bénéficié des équipements et de l’accompagnement de MSF » a-t-elle précisé.

Bien que plusieurs équipements et intrants de première nécessité aient été fournis, le défi reste de taille. Le centre de traitement n’a qu’une capacité d’accueil de 12 malades seulement alors qu’il en reçoit en moyenne 18 par jour. L’infirmière pense aussi que le personnel soignant, ces hommes et ces femmes qui travaillent jour et nuit ne sont malheureusement pas rémunérés à la hauteur de leur prestation.

Du côté de l’UNICEF, Anne Daher Aden, Cheffe de bureau intérimaire de la Zone Est, se montre rassurante.

« Nous sommes mobilisés aux côtés du gouvernement provincial et des acteurs communautaires dans la coordination de la riposte en soutenant la prise en charge des malades, la sensibilisation et la mobilisation sociale à grande échelle afin de mettre fin au cycle de transmission du choléra »

Depuis le début de cette épidémie qui a déjà fait 1.091 victimes et 11 décès dans la province, l’UNICEF a mis à la disposition de la Division Provinciale de la Santé et de Médecins Sans Frontières, les premiers intrants qui ont servi à la riposte, notamment 1200 litres de Ringer Lactate, une tente pour élargir le CTC à l’hôpital provincial de Goma, des bladders pour l’approvisionnement en eau et des Aquatabs pour la purification de l’eau dans les ménages affectés par l’épidémie.

Même si la réponse semble se mettre en place de façon progressive et coordonnée, la fin effective de cette épidémie ne sera possible qu’en combinant le traitement précoce et complet des malades avec des mesures de prévention comme l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène au sein des familles et l’accès de la population à l’eau potable et à un environnement assaini.


Reportage réalisé par Jeannot Kassa, consultant en communication

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