L’eau potable : une affaire de femmes

Les Mamans réparatrices de Babondika

À Babondika, une petite localité située à 12 kilomètres au nord de Kisangani, capitale de la Province de Tshopo, le comité villageois se mobilise pour entretenir la pompe à eau du village avec des moyens locaux.

Une chambre à air pour 10 ans

Avec un compas, Salimboko trace avec attention deux cercles concentriques sur un morceau de la chambre à air d’un pneu de camion, puis, à l’aide d’une lame de rasoir, il la découpe, écartant tour à tour l’extérieur du cercle le plus large et l’intérieur du cercle le plus étroit, jusqu’à obtenir la forme d’un anneau.

« Nous fabriquons nous même les joints d’étanchéité. À l’aide d’une seule chambre à air, je peux fabriquer 45 joints. Lors de la formation, l’UNICEF nous a laissé une chambre à air entière, ce qui devrait nous permettre d’entretenir la pompe pendant presque 10 ans ».

«A l’avenir, nous achèterons nous même les chambres à air, en nous cotisant. On en trouve à 10 USD à Kisangani ».

Des Mamans Réparatrices pour assurer la durabilité des installations

Salimboko fabrique ses joints pour les Mamans Réparatrices, chargées de l’entretien de la pompe à eau. Chaque trimestre, ces trois femmes, « choisies parmi les plus courageuses du village », démontent la pompe afin d’en nettoyer les tuyaux, graisser les engrenages et changer les joints d’étanchéité.

Tout comme Salimboko, c’est un travail qu’elles effectuent bénévolement pour le bénéfice de la communauté « car l’eau nous appartient à tous ».

Les Mamans Réparatrices ont suivi une formation de 3 jours dispensée par l’ONG locale PPSS (Programme de Promotion des Soins et Santé primaire). Elles ont également participé à un atelier de renforcement de capacités organisé par la Lutheran World Federation.

L’objectif poursuivi est que chaque communauté villageoise puisse se prendre pour entretenir son puit, sans devoir attendre l’intervention d’un partenaire extérieur. Dans le passé, de trop nombreuses pompes à eau dans la Province ont été abandonnées faute de moyens, de pièces de rechanges et de compétences pour les entretenir localement.

Les femmes plus impliquées dans la gestion de l’eau potable

Depuis 2008, dans la Province de la Tshopo, l’UNICEF a financé l’installation de 150 pompes à eau spécifiquement choisies pour leur facilité d’entretien et a formé 70 personnes à leur entretien.

« Bien que les formations soient ouvertes aux femmes comme aux hommes, une majorité de femmes se sont portées volontaires. Elles sont enthousiastes à entretenir les pompes étant donné qu’elles en sont les premières utilisatrices », analyse un responsable de l’ONG PPSS.

Un comité mobilisé pour le bien-être des habitants

L’UNICEF a également encouragé la création de comités villageois chargés des questions relatives à la propreté et l’assainissement du village.

À Babondika, le comité supervise l’entretien de la pompe à eau et organise chaque semaine l’entretien des espaces collectifs et des parcelles de personnes malades ou trop âgées pour s’en occuper elles-mêmes.

Dans un proche avenir, le comité envisage de créer un jardin communautaire et d’investir les bénéfices afin d’acheter des chèvres. Posséder des chèvres, c’est constituer une épargne.

« En cas de panne sérieuse de la pompe, nous aurons la possibilité de vendre une chèvre pour financer la réparation », explique Akilimali, le président du comité villageois.


Reportage réalisé par Gwenn Dubourthoumieu