Le retour difficile des enfants utilisés dans le conflit du Kasaï à la vie civile

Entre doutes et certitudes

Depuis avril 2017, le centre d’encadrement pour enfants en situation difficile du Bureau National Catholique pour l’Enfance (BNCE), une organisation partenaire de l’UNICEF, a accueilli 90 enfants à Kananga.

La majorité d’entre eux a été retirée de la milice du chef coutumier Kamuina Nsapu, qui sème la terreur au Kasaï, région de la République démocratique du Congo jusque-là épargnée des violences qui ont émaillé le pays ces vingt dernières années. Les autres ont été arrachés des FARDC (Forces Armées de la RDC), qui s’apprêtaient à les intégrer dans leurs rangs.

Un centre pour aider les enfants à se reconstruire

Le BNCE a pu réunifier 51 enfants avec leurs familles. Les 39 restants passent leurs journées au centre, où ils bénéficient d’une aide matérielle et psychologique afin de soutenir leur reconstruction : séances d’études, formations pratiques, écoute et appui psychosocial, prières, repas et activités ludiques.

« Aider les enfants à passer de la vie militaire à la vie civile, éradiquer le sentiment de force qu’il leur a été inspiré par les armes et les pratiques magico-religieuses, faciliter leur réintégration scolaire ou professionnelle et, ultimement, favoriser leur retour sans heurts dans leurs familles, sont les objectifs poursuivis par le centre », résume Pierre Cilengi, le psychologue du BNCE.

Un retour dans leurs familles que beaucoup d’enfants craignent

Dupon, 16 ans, l’exprime ainsi : « Je m’inquiète maintenant. Que va penser ma famille ? Que vais-je leur dire ? J’ai combattu mais l’objectif n’est pas atteint. Je vais rentrer les mains vides ».

Tous les enfants ont en rejoint la milice de Kamuina Nsapu dans l’espoir de sortir leurs familles de la misère, supposant une victoire facile grâce aux pouvoirs mystiques du chef traditionnel. Ces pouvoirs étaient sensés protéger les combattants des balles et leur donner la force de vaincre leurs ennemis à l’aide de « bâtons magiques » qui se transformeraient en armes mortelles.

Dupon avait rejoint le mouvement rebelle à ses tout débuts. Après 10 mois de combat, il est rattrapé par la désillusion : « Il y avait des morts de part et d’autre. Les militaires massacraient nos familles. J’ai pensé que ça n’aurait pas de fin »

Vers une nouvelle vie : entre doutes et certitudes

Ainsi, le 14 avril 2017, Dupon décide de se rendre au stade de Kananga pour déposer ses armes, accompagné de 60 autres miliciens, dont 17 mineurs. Ce seront les premiers enfants accueillis par le centre d’encadrement.

Parmi eux Junior, 15 ans, avait rejoint le mouvement rebelle en novembre 2016 après avoir perdu son grand frère, arrêté par l’armée et, selon lui, probablement assassiné. Junior est encore habité par un sentiment de vengeance et par la dialectique mystico-religieuse de la milice.

Il n’exprime aucun regret à avoir donné la mort : « Ça ne me fait même pas mal car mon frère aussi a été tué par des militaires ». S’il a accepté de quitter la milice, c’est que « le grand chef [le lui] a demandé ».

« Maintenant, si il me le demande, je reprendrai le combat. Je ne peux pas lui désobéir car il a mis sa force mystique en moi. Lui désobéir signifierait l’annihilation de ma puissance ».

Pour autant, avec l’aide du centre, Junior mûrit un projet professionnel : il souhaite rejoindre son père à Kinshasa et devenir « un chauffeur de talent, vraiment expérimenté ». Pour cela, dit-il, « je dois d’abord retourner au village de Kamuina Nsapu pour qu’il me libère de son pouvoir ».

La problématique des enfants soldats en RDC

Selon une étude de l’UNICEF, plus de 20 000 enfants soldats de la RDC ont été libérés des forces et groupes armés au cours de ces 10 dernières années.

Merci aux coopérations suédoise (SIDA), américaine (USAID), canadienne (ACDI/CIDA), japonaise (JICA), néerlandaise, belge ainsi qu’à l’ UNICEF France, l’Amade, UNICEF Allemagne et l’aide antérieure du CERF pour leur soutien aux programmes d’assistance aux enfants anciennement associés aux forces et groupes armés.


Reportage réalisé par Gwenn Dubourthoumieu