Un docteur lutte contre la crise nutritionnelle et sanitaire au Kasaï

D’abord la violence, et maintenant la faim

En ce chaud début d’après-midi, une quinzaine de femmes avec leurs jeunes enfants se pressent à l’extérieur du centre de santé de Tshiyama, un village situé à 30 km au nord-ouest de Mbuji-Mayi, pour recevoir de la nourriture thérapeutique.

Des familles en fuite suite aux violences

Parmi elles, Hélène, 34 ans, est venue avec ses deux enfants, Alain (14 mois) et Régine (3 ans), souffrant de malnutrition. Hélène vivait à Kangu, un village situé à 18 kilomètres de Tshinyama, qu’elle a dû fuir en janvier 2017.

« J’ai dû abandonner mes champs. Je ne peux pas retourner vivre à Kangu car il n’y a plus rien à manger. Pour survivre, je fais le transport entre ici et mon village, 18km que je parcours à pieds en 6 heures de temps, pour la somme de 500 francs congolais (0,35 dollars américains). Depuis janvier, je nourris mes enfants exclusivement de manioc et de feuilles de patates douces ».

Ntumba, une autre mère venue avec son fils de 3 ans, témoigne également.

« Mon mari travaillait à la mine mais à cause des attaques elle a fermé en décembre. Il ne travaille plus et nous manquons d’argent pour nourrir nos enfants. Moi, je cherche du bois mort et le vends au marché. Ça me rapporte 7000 francs congolais (5 dollars américains) par semaine, alors qu’avant mon mari me donnait 20000 francs congolais (14 dollars américains) par semaine ».

Une augmentation alarmante du nombre de cas de malnutrition

Le nombre de cas de malnutrition enregistrés par le centre de santé a augmenté de 65% depuis le début des violences entre les milices et les forces de sécurité en octobre 2016.

« L’hôpital a été épargné, mais 8 de mes 15 centres de santé ont été pillés lors des affrontements », se plaint le docteur Moïse Kalondji, médecin chef de zone de la zone de santé de Kabea Kamwanga, situé 40 kilomètres plus loin sur la route de Kananga. Pendant cette période, il constate, impuissant, la détérioration de l’état de santé de la population.

L’UNICEF face à l’urgence de la situation

En réponse, l’UNICEF a mis en place un programme d’appui d’urgence à la zone de santé de Kabea Kamwanga dès janvier 2017.

« L’arrivée de l’UNICEF a permis de rassurer la population qui n’osait pas rentrer et restait cachée en brousse. C’est important car la psychose était resté dans la tête des gens ».

Aujourd’hui, il estime que 90 % de la population de la zone de santé est revenue.

« L’appui de l’UNICEF a également permis la vaccination des enfants contre la polio et la rougeole et le dépistage des enfants malnutris, la formation du personnel médical sur la prise en charge des enfants et des femmes enceinte, la réhabilitation d’un centre de santé, l’aménagement de sources et le traitement de l’eau, la construction de latrines, et la distribution de matériel médical, de médicaments et d’intrant nutritionnel à l’hôpital et dans les centres de santé, ainsi que la prise en charge gratuite des patients ».

« Ce dernier point est essentiel car il a permis à la population d’avoir de nouveau accès aux soins. En effet, les produits des récoltes ont été pillés, et des champs brûlés, détériorant non seulement l’état nutritionnel de la population, mais la laissant sans revenus pour payer des soins médicaux ».

Des résultats encourageants

Grâce à la gratuité des soins permis par l’UNICEF, le taux de fréquentation des hôpitaux et centres de santé de la zone de santé de Kabea Kamwanga est passé de 21 % à 65 %.

En 3 mois, la réponse d’urgence de l’UNICEF a permis plus de 20.000 consultations médicales, alors qu’avant la mise en place du programme, moins de 1000 consultations médicales étaient effectuées chaque mois dans l’ensemble des hôpitaux et centres de santé de la zone ; permettant de réduire la mortalité de la population de 53 %, et celle des enfants de moins de 5 ans de 75 %, par rapport à octobre-décembre 2016.


Reportage photo réalisé par Gwenn Dubourthoumieu