Deo, héros de la vaccination contre la polio

Le quotidien d’un mobilisateur communautaire

Le soleil vient à peine de se lever lorsque Mbutu Mbuzamabe Deo ferme son atelier de réparation de motos. Avec son mégaphone en bandoulière, l’homme de 45 ans se lance dans la cité de Kipaka pour sensibiliser les membres de sa communauté à faire vacciner les enfants contre la poliomyélite.

« J’ai décidé d’être mobilisateur communautaire au bureau central de la zone de santé de Kunda parce que je suis, d’abord, un homme influent du milieu. Quand je parle, on m’écoute facilement. Je me suis engagé à mobiliser les gens, parce qu’auparavant, il y avait beaucoup de résistance à la vaccination »

Réparateur un jour, mobilisateur le lendemain

En temps normal, Deo travaille comme réparateur d’engins à deux roues pour nourrir sa famille et payer la scolarité de ses enfants. Il est aussi correspondant local de la radio communautaire « Sauti Ya Mukaji » (La Voix des Paysans), basée à Kasongo, à 45 kilomètres au sud de Kipaka. Pendant les campagnes de vaccination, le père de six enfants doit faire un choix.

« La poliomyélite est une maladie très dangereuse. Si elle ne tue pas l’enfant, elle peut le paralyser à vie. L’enfant deviendra alors, un fardeau pour sa famille. Pour l’intérêt de nos enfants, je dois tout laisser pendant la campagne pour ne m’occuper que de la sensibilisation et de la mobilisation communautaire. »

Durant la première phase de la campagne de riposte qui a eu lieu du 27 au 29 juin, le message des mobilisateurs comme Deo a eu un écho positif dans la communauté.

Vacciner pour sauver

« J’ai dit à ma femme : si les agents vaccinateurs passent, il faut faire vacciner tous nos enfants parce que quand un seul enfant tombe malade à cause de la polio, ce sont tous les enfants du village qui risquent d’être contaminés » a témoigné Jafar Muneya, habitant du village de Lububula dans le territoire de Kasongo.

Au premier jour de la campagne, Feza, l’épouse de Jafar, est allée elle-même à la rencontre des vaccinateurs : « Je veux que mes enfants soient vaccinés parce que la vaccination les protégera. Si les enfants sont vaccinés, ils ne tomberont pas malades » a-t-elle déclaré après que ses deux enfants aient reçu, chacun, deux gouttes de vaccin.

A l’instar des enfants de Feza et de Jafar, plus de 278 000 enfants de moins de 5 ans ont été vaccinés dans les zones de santé d’Alunguli, Kailo, Kampene, Kasongo, Kibombo, Kindu, Kunda et Samba grâce au travail des mobilisateurs communautaires soutenus par l’UNICEF.

Le rôle des mobilisateurs communautaires

Désigné au sein de sa communauté, chaque mobilisateur communautaire travaille dans une aire de santé bien déterminée et a pour rôle de sensibiliser au moins 50 ménages sur la nature et les bienfaits de la vaccination, la population cible, la date, la méthodologie et les partenaires impliqués dans la campagne de vaccination.

« Je salue le courage et la détermination de tous les acteurs impliqués dans la mobilisation sociale et communautaire en faveur de la vaccination. Nous restons convaincus que l’implication de la communauté, quelle que soit sa forme, constitue l’un des facteurs les plus porteurs pour garantir que chaque enfant du village, du quartier ou du campement ait reçu tous les vaccins recommandés pour sa survie » a déclaré Anne Daher Aden, cheffe de bureau intérimaire de l’UNICEF pour la Zone Est RDCongo.



Par Djaounsede Pardon Madjiangar, spécialiste de la communication à l’UNICEF RDC

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