« Africa Dialogues » ou quand 8 jeunes nous parlent de l’Afrique qu’ILS veulent !

À l’occasion de la journée mondiale, marquant la date anniversaire de la ratification à la Convention relative aux droits des enfants par les Nations Unies, le bureau régional de l’Afrique de l’Ouest et du Centre de UNICEF, en partenariat avec huit autres bureaux UNICEF a organisé l’évènement « Africa Dialogues » 2017.

Loin d’être un échange ordinaire, le principe novateur de « Africa Dialogues » est de permettre à des Africains ou amoureux de ce continent, de partager ouvertement leurs idées à travers des dialogues entre les orateurs et le public. Inspiré des TED Talks d’origine américaine, « Africa Dialogues », se veut propagateur d’idées et propose un large éventail de sujets, avec une particularité singulière : axer les dialogues sur les défis auxquels l’Afrique doit faire face pour être propulsée et rayonner à travers le monde.

Pour la première fois, les enfants se sont accaparés du micro de « Africa Dialogues » et ont pris en otage la scène du college of physicians and surgeons au Ghana. Âgés de 12 à 19 ans, ce 20 novembre, dix enfants venus de huit différents pays d’Afrique, ont pris les commandes à Accra ! Face à un public de près de 500 personnes, composé d’écoliers, de collégiens et d’étudiants de la place, ils ont partagé la vision de l’Afrique qu’ils veulent.

La présentation de l’évènement a été assurée tout au long par Maxine et Caleb.

Les présentateurs, Maxine et Caleb — © AfricaDialogues

Pour la Guinée, la très engagée Hadja Idrissa Bah, 18 ans, présidente du parlement des enfants et fondatrice du club des jeunes filles leaders de Guinée a « porté la voix des sans voix de son pays et de son continent », dit-elle.

C’est avec confiance, passion et courage qu’Idrissa aborde sur scène le sujet du mariage des enfants contre lequel elle milite. Son récit reviendra sur l’histoire d’une fillette, qu’elle nommera Oumou afin de préserver son anonymat. Âgée d’à peine 13 ans, Oumou a été forcée par ses parents d’assumer le poids d’un mariage sur ses frêles épaules à la place de sa sœur. Cette dernière était l’épouse de cet homme, mais elle a pris la fuite pour de ne pas être contrainte à cette vie et se faire voler sa jeunesse et son innocence. Afin de lever le voile de la honte sur sa famille et ne pas causer le déshonneur, Oumou est devenue victime du mariage d’enfants que dénonce Idrissa.

Idrissa sur scène pendant les répétions (à gauche) et le jour de l’évènement (à droite) — © UNICEF/D. Diarra

Malgré le fait que le mariage des enfants soit condamné par la loi guinéenne, l’histoire d’Oumou, une parmi tant d’autres témoigne de sa persistance sur le continent africain.

Aujourd’hui Idrissa dira qu’elle veut : « d’une Afrique émancipée, d’une Afrique où tous les enfants accèdent à l’éducation, d’une Afrique où nous n’entendons plus parler de mutilation génitale féminine, d’une Afrique où les jeunes filles sont protégées contre le mariage des enfants, d’une Afrique où nous ne parlerons que de comment construire plus d’infrastructures pour les enfants et surtout où le respect des droits de l’enfant est une priorité, d’une Afrique où nous sommes une référence dans le monde ».

Andrew du Ghana (à gauche) et Fatoumata de la Gambie (à droite)

Andrew, 17 ans, originaire du Ghana, a quant à lui évoqué son combat contre la famine et la malnutrition sur le continent africain, il citera la Somalie où à l’âge de 11 ans, il a mis sur pied un projet intitulé « Save Somali children from hunger ». Ce jeune militant engagé depuis son plus jeune âge veut d’une « Afrique dans laquelle tous les enfants mangeront à leur faim et sainement, une Afrique où aucun enfant ne connaîtra la sensation de faim ».

Fatoumatta féministe de 18 ans, venue de la Gambie a quant à elle évoqué les mutilations génitales féminines qui doivent être « de lointains souvenirs ». Dans son poignant dialogue, elle évoque les graves conséquences que cette pratique entraîne et raconte l’histoire de sa propre mère excisée, qui a perdu sa petite sœur en lui donnant naissance sans même avoir eu le temps de lui donner un prénom. Fatoumatta, veut « d’une Afrique dans laquelle sa petite sœur aurait survécu ».

Élie de la Côte d’Ivoire (à gauche) et Hama du Burkina Faso (à droite) — © UNICEF/D. Diarra

Élie de la Côte d’Ivoire a 18 ans, il évoque une Afrique où règne la paix et dans laquelle les enfants n’ont jamais faim. Il nous parle du retard sur la santé en Afrique à travers l’histoire d’un garçon brillant, avec un avenir prometteur qui meurt banalement de la rage, car aucun vaccin n’était accessible pour le soigner. Élie veut d’une « Afrique où les structures sanitaires seront à la hauteur et dans laquelle les vaccins et soins seront à la disposition des populations ».

Hama 18 ans, a fait voyager le public dans son village de Soffokel dans le Sahel au Burkina Faso. Il nous raconte qu’il mendiât dans les rues pour avoir les moyens d’aller à Dori, où les services sociaux l’aiderait à être scolarisé. Il voulait aller à l’ecole. Par son histoire, il nous transmet un message dans lequel le droit à l’éducation est respecté, et par lequel « les parents devraient comprendre l’importance de l’éducation et inscrire leurs enfants à l’école », car pour lui, l’Éducation est primordiale et permettrait de contribuer au développement du continent. Hama veut d’une Afrique « vivante, une Afrique qui offre une égalité des chances à tous les enfants ».

Victoria du Ghana (à gauche) et Rosaline du Togo (à droite) — © UNICEF/D. Diarra

À 19 ans, Victoria aborde quant à elle les négligences par rapport aux enfants, qui ont des conséquences innombrables et néfastes sur le futur des enfants et laisse des séquelles psychologiques irréversibles. Dans l’Afrique que Victoria veut, la couche juvénile ne doit plus être négligée, elle « doit être au cœur des stratégies politiques et projets, car les jeunes d’aujourd’hui sont les futurs leaders du continent ».

Venue du Togo, Rosaline 19 ans évoque une Afrique où la sécurité alimentaire n’est plus une préoccupation, car elle est assurée par la maîtrise des techniques agricoles pour que les enfants arrêtent de mourir de faim sur le continent. Elle veut d’une « Afrique qui produit tout ce dont elle a besoin, d’une Afrique qui s’auto suffit, une Afrique souveraine en matière d’agriculture, une Afrique où la sécurité alimentaire ne sera plus un mythe ».

Fatima du Nigeria (à gauche) et Rebecca de la Sierra Leone (à droite) aux commandes à Accra ! — © UNICEF/D. Diarra

Fatima, Nigériane de 17 ans livre un captivant et bouleversant message sur la situation des filles du nord-est du Nigeria, victimes depuis 2010 de Boko Haram, pour qui l’éducation occidentale est un péché. Fatima nous raconte : « elles ont entre 12 et 17 ans et sont nombreuses à vivre en captivité depuis des années. Assassinées, violées, violentées, ou encore mariées de force à des hommes froids et sanguinaires. Leur tort ? Vouloir s’ouvrir au monde et apprendre ». Fatima veut d’une Afrique où « les filles ont le droit de s’instruire, d’une Afrique où elle se réveillerait et trouverait que Boko Haram n’est qu’un mauvais songe, d’une Afrique ou le slogan “ramenez nous nos filles’’ n’a jamais existé ».

Un des objectifs de l’ambitieuse Rebecca, 18 ans, venue de la Sierra Leone, est de rendre l’Afrique meilleure. Dans son dialogue, elle parle de la nécessité et des bienfaits de l’éducation pour les enfants, car selon elle, l’éducation est la clé de la réussite et l’essence du développement du continent africain ». Rebecca veut d’une Afrique : « qui place l’éducation au cœur des priorités ».

Natasha du Ghana — © UNICEF/D. Diarra

Natasha, la plus jeune oratrice de cette édition, a tout juste 12 ans, vêtue de son uniforme de scout elle nous parle avec beaucoup d’assurance de l’Afrique qu’elle veut. Très active dans l’atteinte des objectifs de développement durable, elle évoque le sujet de la propreté et de l’assainissement. Au Ghana d’où elle est originaire, selon une étude réalisée par l’UNICEF, 1 Ghanéen sur 5 n’a pas de toilettes chez lui et est obligé de déféquer à l’air libre. De plus, de nombreuses rues et plages sont envahies par les déchets. C’est pour ces raisons que Natasha veut d’une Afrique « où les rues sont propres, une Afrique où les gens sont informés sur les dangers de l’insalubrité, une Afrique où nous nous donnons la main et rendons l’Afrique belle, je ne veux pas que ceci soit un rêve, mais une réalité, c’est l’Afrique que je veux ».

À l’issue de leurs prestations, les dix orateurs ont laissé la place au public qui a également partagé sa vision de l’Afrique qu’il veut.

Prises de paroles de Jessica et Gary lors des échanges avec le public— © AfricaDialogues

Par ce dialogue qui innove et ces discours accrocheurs « Africa Dialogues » 2017 a permis à ces enfants de s’affirmer en parlant de l’Afrique qu’ils veulent et en dénonçant les maux dont doit guérir leur continent afin de s’imposer, et de s’élever. Car ils sont conscients d’être les acteurs de l’Afrique de demain.

Pour Emmanuel, fondateur de la people initiative foundation, cette première fois avec des enfants en cinq ans d’existence a été une expérience très enrichissante et fructueuse. Il rêve « qu’Idrissa, Andrew, Fatoumata, Élie, Hama, Victoria, Rébecca, Rosaline, Fatima et Natasha se retrouvent avant 2063, (conformément à l’agenda pour la transformation structurelle de l’Afrique approuvé par le sommet de l’Union africaine en mai 2013), sur cette même scène et qu’ils nous parlent de l’Afrique qu’ils ont voulue et qu’ils ont obtenue ».

Les participants de l’Africa Dialogues 2017 réunis — © UNICEF/D. Diarra

Djontan Diarra, UNICEF Guinée

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