Village Colèyadi 2/Yogontamba à Kindia. Credits photos: UNICEF /Justin Morel Jr

Campagne d’enregistrement des naissances

“Aboubacar Camara : « Je ne veux plus que mon enfant reste invisible…”

Depuis deux mois, le village de Colèyadi 2, situé à 5 kilomètres de la ville de Kindia, au pied de la chaine du mont Gangan (1117m), traversé par la rivière Gadawawa, plus connu sous le nom de Yogontamba, est en mouvement. Ici vivent quelque 3006 personnes dont 1776 femmes. L’actualité pour cette population, c’est la question de l’enregistrement des naissances. A propos, toutes les familles s’affairent. Timides au départ, quelques-unes mêmes cachotières, mais grâce aux conseils des membres du comité local pour l’enfant et la famille (CLEF), ces familles ont fini ici et là, par déclarer leurs filles ou garçons, qui n’étaient pas encore enregistrés dans les cahiers d’état civil.

Facinet Camara, un des responsables du CLEF avait dit aux familles : « Quand l’enfant nait, au-delà de la joie de la famille, le père ou la mère doit tout faire pour avoir l’acte officiel qui témoigne de son existence. Ne pas le faire, c’est faire mal à votre enfant, car il restera inconnu, invisible aux yeux du pays ». Aussitôt Malick Camara, un riziculteur avait réagi : « Rassurez-vous, jamais je n’accepterai que mon homonyme, ce beau bébé reste invisible !..» Et de présenter fièrement l’enfant. Un bébé de trois mois, fils d’Aboubacar Camara et de Mamadama Sylla, sont un de ces couples venus assister à une de ces journées de la campagne d’enregistrement des naissances au niveau rural.

Malick Camara présentant fièrement son homonyme. Credits photos: UNICEF /Justin Morel Jr

Ici, le sensibilisateur a été écouté, mais ce n’est pas toujours le cas ailleurs. En Guinée, avec une norme nationale autour de 57,9% de taux d’enregistrement, la situation est vraiment préoccupante. C’est pourquoi les autorités nationales, en collaboration avec l’UNICEF, ont déjà depuis plusieurs années initié des activités de mobilisation pour changer cette situation.

Mamadou Lamarana Ditinn BARRY, le chef du SERACCO, (Service régional d’appui aux collectivités et de la coordination des ONG et coopératives), est de l’équipe de ceux qui sont engagés sur le terrain pour faire évoluer les choses. Pour cette année, il explique : « Les rencontres préparatoires se sont déroulées conformément aux programmes qui ont été partagés et validés, du 14 au 20 juin 2016, avec l’appui de la radio rurale, en présence des 45 Communes rurales de développement.»

Les outils de gestion composés de fiches d’identification des enfants et de registres de collecte de statistiques des causeries éducatives, ont été mis à disposition à tous les utilisateurs. La campagne d’identification des enfants vise à enregistrer et à régulariser les cas de tous ces enfants ‘’invisibles’’. Actuellement à Kindia, le traitement des 4500 copies des jugements supplétifs au niveau de la justice est achevé, et les dossiers seront déposés au niveau des collectivités, pour une distribution effective au niveau des familles. Cela grâce à la collaboration des membres des comités villageois de protection de l’enfant, ces indispensables intermédiaires de proximité.

L’objectif de 2016 est d’atteindre les 60%, d’où l’impérieuse de continuer la régularisation des enfants ; c’est-à-dire leur dotation en jugements supplétifs. Selon M. BARRY : « Le service a pu réaliser 200% par rapport à la prévision de 2250. Ceci se justifie par le nombre d’enfants non enregistrés pendant les 5 dernières années par rapport à la norme nationale. La région de Kindia était à 56% d’enregistrement des enfants en fin 2015 »

Une femme du village venue faire enregistrer sa fillette. Credits photos: UNICEF /Justin Morel Jr

Au total, pour les préfectures de la Région administrative de Kindia, Coyah, Dubréka, Forécariah et Télimélé, sur une population globale de 1.227.999 personnes, ce sont 149.187 enfants qui n’ont pas été enregistrés ces dernières années pour diverses raisons : ignorance ou refus des parents, laxisme de l’administration, maladie à virus Ebola, pauvreté, éloignement des centres d’état civil, etc.

Autant de raisons et bien d’autres qui ne pourraient éternellement justifier cette ‘’invisibilité’’ des enfants des villages et villes de Guinée, pour qu’ils puissent participer effectivement au développement du pays.

Pour aider la Guinée à changer cette regrettable situation, depuis 2014, le Comité National Suisse pour l’UNICEF a rejoint les rangs des partenaires qui financent cette noble activité.