Mariame Keita, la jeune entrepreneure sociale, au parcours atypique

Mariame Keita

Mariame, mère de deux filles, est une jeune femme entrepreneure sociale guinéenne. Elle faisait partie des cinq jeunes guinéens qui ont récemment participé au sommet Panafricain Youth Connekt tenu du 8 au 10 octobre 2018 à Kigali — Rwanda. Ils étaient encadrés par le Ministère de la jeunesse et celui de l’action sociale grâce à l’appui de l’UNICEF et du PNUD en Guinée.

lors du Youth Connekt Africa à Kigali

Cette participation au Youth Connekt Africa a été pour Mariame une occasion exceptionnelle de voir qu’il est possible de produire un changement et contribuer à la conservation de l’environnement. C’était son premier voyage hors de la Guinée, une belle opportunité de voir comment les autres pays évoluent dans la gestion des déchets plastiques et s’inspirer de leurs expériences, telles que celles du Rwanda où l’on n’utilise plus de sachets plastiques depuis une décennie. « Notre pays ne peut pas aller de l’avant sans la contribution des jeunes femmes et hommes guinéens », souligne-t-elle convaincue.

Très touchée par les problèmes d’insalubrité et d’atteinte à l’environnement dans son pays, Mariame a décidé en 2017 de se lancer dans la gestion des déchets plastiques. En vue de proposer une solution à base communautaire et générer un revenu pour elle et sa famille, Mariame a mis en place sa propre entreprise sociale appelée : Binedou Global services. Celle-ci évolue dans la collecte, le traitement et la transformation des déchets plastiques.

Actuellement, Mariame dirige une équipe de 4 jeunes dont 2 femmes qui s’occupent du tri des déchets plastiques et de la fabrication artisanale des briques. Les déchets sont ramassés avec l’aide de la communauté et de petites entreprises de stockage. En échange, celles-ci perçoivent une motivation financière. A l’avenir, Mariam et son équipe souhaitent professionnaliser et moderniser leur entreprise, tout en gardant l’approche communautaire et le principe de respect et de conservation de l’environnement.

Proactive et dynamique, l’histoire de vie de Mariame est aussi une preuve de courage et de volonté. Comme 54,6% de filles guinéennes, elle a été mariée à 14 ans, et a donc dû précocement faire face aux défis de la vie adulte, notamment la maternité. Sa nouvelle vie a eu un impact sur l’obtention du Baccalauréat qui était pourtant son projet initial. Après deux tentatives et devant assurer la garde de ses deux filles en bas âge et les tâches habituelles du foyer, elle s’est résignée sans pour autant perdre espoir.

Mariame a un allié de taille !

En effet, consciente des contraintes auxquelles elle a dû faire face depuis l’adolescence, son époux l’a encouragée à suivre une formation. Mariame a un allié de taille ! C’est ainsi qu’elle a intégré un programme de formation professionnelle en comptabilité et gestion d’où elle sortira avec un BTS en 2016. Pendant l’épidémie de la maladie à virus Ebola, Mariame devient volontaire à la Croix-Rouge, une ONG Internationale. Suite à cette opportunité, elle a gagné un concours de jeunes entrepreneurs et a mis sur pied son entreprise de gestion de déchets.

A l’occasion de la célébration de la journée internationale de la jeune fille en octobre dernier, Mariam dira qu’« être une fille ,ne veut pas dire, se laisser aller, être une fille ne doit pas être un obstacle, mais une opportunité ! Nous femmes et filles, devons participer au développement de notre pays et jouer un rôle transformateur ».

Elle finit par encourager les filles victimes de mariages et de grossesses précoces ou de toutes autres difficultés de ne point baisser les bras et se cite en exemple « grâce aux défis auxquels j’ai dû faire face, j’ai eu le courage d’aller de l’avant et saisir les opportunités. Être une femme veut dire beaucoup. Nous devons avoir de grandes ambitions et travailler pour y arriver ».

Liliana Liz C. Pardo Guerrero, Gender Program Specialist UNICEF Guinée