Avec le digital, place à l’insoutenable légèreté des soulèvements

Aujourd’hui, les autorités utilisent la technologie à des fins répréhensives (Tasers, drones, gaz sarin, surveillance accrue). Les mouvements de protestation sont régulièrement réprimandés, comme lors du Printemps Arabe, des JO de Sochi, du mouvement des Indignés, du mouvement Occupy, ou plus récemment lors de la prise d’Alep en Syrie. Comment les civils peuvent-ils s’approprier ces technologies pour se défendre et faire valoir leurs droits fondamentaux ? Quels seront les outils de demain pour les manifestations 3.0 ?

Des technologies de pointe au service des puissants

La technologie a joué un rôle de grande ampleur dans les vagues de manifestation depuis 2009. Ces technologies peuvent être divisées en deux catégories : celles utilisées par les autorités (ADS, canons à eau et à son, balles en caoutchouc, Tasers, gaz lacrymogènes, matériel d’espionnage téléphonique) et celles utilisées par les manifestants (réseaux sociaux et matériel de protection « fait maison »).

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Firechat ont eu une importance majeure en offrant aux activistes la possibilité de s’organiser et de s’envoyer des messages. On a constaté d’ailleurs que durant le Printemps Arabe, les plus hauts niveaux d’activité sur ces réseaux ont été observés lors des coupures Internet. En effet, en dehors du fait que le manifestant moderne est un jeune early adopter et digital, pour lui la connectivité est un droit de l’Homme fondamental.

Pourtant, le futur de la technologie au service des protestations semble sombre. En Inde, la police de Lucknow (drôle d’ironie), capitale de l’Uttar Pradesh qui compte deux millions d’habitants, dispose désormais de drones pulvérisateurs de poivre, équipés de caméras HD, qu’elle utilise pour des missions de surveillance lors de rassemblements religieux. Aux Etats-Unis, le Dakota du Nord a été, en août 2015, le premier Etat américain à développer des drones équipés de Tasers, de diffuseurs de gaz poivré ou de canons assourdissants pour aider les policiers dans leur exercice du maintien de l’ordre. Plus les technologies offensives se développent, plus les parades défensives s’amenuisent et plus le Far West juridique s’agrandit.

Peut-on imaginer des dispositifs pour aider les manifestants à communiquer durant ces périodes de blackout ou simplement à éviter le conflit avec les autorités ?

Quels outils pour les manifestations 3.0 ?

C’est le pari relevé par deux designers new yorkais, Pedro G.C. Oliveira et Xuedi Chen qui ont mis au point un kit baptisé Backslash. Ce kit contient entre autres des bandanas à motif flashcode permettant de communiquer des messages codés ne pouvant être décodés que grâce à l’application Backslash. Aujourd’hui, des activistes iraniens sont condamnés à la prison à perpétuité pour avoir parlé à des journalistes occidentaux durant les manifestations qui ont suivi les élections de 2009. Ce dispositif permet donc de communiquer avec le monde sans être intercepté par les autorités locales.

Source : Backslash

Oliveira et Chen ont également conçu un brouilleur couplé à une prise USB : en l’enclenchant, toute ligne téléphonique ou connexion internet qui essaie d’accéder à la communication est immédiatement coupée. Cette création part du constat que, de plus en plus régulièrement, les autorités bloquent les connexions internet et procèdent à des écoutes illégales de militants. En effet, durant les Jeux Olympiques d’hiver de Sochi en 2014, le gouvernement russe a enregistré toutes les données des téléphones portables des manifestants, ce qui a permis à la police de procéder à l’arrestation des opposants.

Les créateurs de Backslash n’ont pas commercialisé leur kit (les brouilleurs de communication étant interdits), souhaitant avant tout lancer le débat sur les technologies utilisées par les forces dominantes lors de grands rassemblements. Il s’agit avant tout de lutter pour la protection des données personnelles des manifestants tout en leur offrant la possibilité de se défendre face au Léviathan armé, sans enfreindre les législations locales.

Séléna Coquil, Consultante Innovation VISEO Digital

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