Affiche de l’exposition Persona, étrangement humain

Exposition Persona: rendez-vous obligé dans la Vallée de l’étrange au Quai Branly

Jusqu’au 13 novembre 2016 au Musée du Quai Branly, Persona vous propose de remettre en question votre conception de l’humain. De la cuillère vomitive aztèque anthropomorphe à la poupée japonaise en silicone, vous déambulerez dans cette exposition de curiosité en curiosité, pour mieux comprendre comment des objets du quotidien, des robots ou encore des ordinateurs acquièrent pour nous le statut de quasi-personne. N’ayez pas peur, courrez-y!

Un voyage initiatique dans les domaines de l’étrange et du fantastique

C’est en arrivant à la mezzanine Ouest du Musée du Quai Branly qu’on commence à ressentir ce mélange d’appréhension et de curiosité. Quand on remonte le courant de la rivière de mots de Sandison, puis qu’on gravit le petit escalier bleu pour pénétrer dans l’obscurité des volumes obscures de l’exposition, on croit à une forme de voyage initiatique pour accéder au domaine de l’étrange et du fantastique. C’est le cas.

On est accueilli par le film d’introduction de Mathias Thery, où Denis Lavant, seul sur scène, grimé en homme invisible, révèle au visiteur les grands thèmes de l’exposition :

« Je suis une présence limite : parfois il suffit d’un rien pour me ressentir, une forme, un mouvement, un bruit, une ombre… Le monde grouille de créatures comme moi que vous ne soupçonnez pas. Certaines sont visibles, elles ont la solidité de la pierre, l’apparence d’être familier, d’autres évoluent aux limites du perceptible, dans l’infiniment petit, dans l’infiniment grand, dans les plis du vent, et parfois nous logeons à jamais dans votre esprit à votre insu ».

A la découverte des « présences-limites »

Le propos de l’exposition est de donner une idée de la variété des formes de manifestations d’une présence, qu’elle soit humaine ou non. Les présences-limites, comme celle dont se proclame Denis Lavant, sont ces formes de présence ambiguë qui passent par des degrés variables d’intensité. Le parcours de l’exposition montre les mille et une manières de considérer des objets comme des personnes, des fétiches aux humanoïdes en passant par Eliza, la première intelligence artificielle psychothérapeute et le Buddha à cent bras de Wang Zi Won (présenté sur l’affiche de l’exposition), tout en brouillant la frontière entre l’humain, le robot, l’animal et Dieu.

Persona fédère les univers et procède à des rapprochements entre civilisations et époques, ce qui permet de suivre le fil rouge de l’anthropomorphisme dans l’espace-temps.

Robots et anthropomorphisme

Cette confusion entre l’humain et le non-humain prend tout son sens lorsque, au détour d’une vidéo du roboticien japonais Masahiro Mori, nous apprenons la signification de la théorie de la Vallée de l’Etrange. Selon Mori, un robot anthropomorphe est censé générer de l’empathie, mais lorsque les caractéristiques du robot se rapprochent trop de la physionomie humaine, cela dégage un sentiment de répulsion. Cette partie de l’exposition nous amène à nous questionner sur l’apparence que nous souhaitons donner à ce que nous créons et quelles présences-limites nous voulons animer.

Car si les formes les plus évoluées de robots anthropomorphes nous répulsent, quelles extensions de nous-mêmes allons-nous créer ? Des intelligences artificielles sans apparence comme Samantha dans Her (le film de Spike Jonze)? Des hommes-robots comme l’Ava d’Ex Machina [ALERTE SPOILER] qui finiront par se retourner contre leur créateur pour être traités comme des humains et non comme des sujets d’expérimentation ? On en vient à se demander alors si l’homme ne serait pas enfermé dans le complexe de Dieu, celui de tout créer à son image et donc d’être sclérosé dans sa capacité à imaginer d’autres formes de créatures animées.

Séléna Coquil, Consultante Marketing Digital, Novedia, Digital Makers

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