#IntelligenceArtificielle, 5 questions à Cloderic Mars — CTO de craft ai

Bienvenue dans l’ère “zero UI”. Les bots et les objets connectés remplacent peu à peu les interfaces applicatives que nous connaissons. Les services digitaux se diluent dans une intelligence ambiante, présente de façon invisible dans notre environnement et nos conversations. L’intrusion de l’IA dans notre quotidien, capable d’apprendre nos habitudes pour prendre des décisions personnalisées, nous pousse à comprendre comment fonctionne cette “présence”.

Pour nous aider à décrypter les enjeux pour l’utilisateur et les fournisseurs de services, nous sommes allés à la rencontre de craft ai, une start-up parisienne créée en juin 2015 pour mettre l’IA à la portée des développeurs d’applications, services ou d’objets connectés.

L’équipe craft ai est issue de la société MASA Group, une PME spécialiste de l’IA depuis 20 ans. Ce savoir-faire développé pendant de nombreuses années dans les domaines de la défense et du jeu vidéo a trouvé de nouveaux débouchés avec l’émergence des objets connectés ou les assistants virtuels.

Leur offre “AI-as-a-service” est née du constat que les fournisseurs de services ne tiennent que rarement leur promesse d’expérience client personnalisée.

En intégrant l’API craft ai, un moteur d’intelligence artificielle qui utilise le machine learning, les développeurs peuvent facilement améliorer leur service avec des fonctionnalités comme l’automatisation d’actions, l’envoi de recommandations personnalisées ou encore la détection d’anomalies.

Déjà reconnu comme un fleuron de la French Tech, craft ai a été récompensée lors du festival Futur en Seine 2016 du Prix de la meilleure innovation technologique.

Cloderic Mars, CTO de craft ai, nous aide à décrypter les opportunités offertes par l’IA pour personnaliser l’expérience client.


#1 : Quels sont les principaux cas d’usage de votre API ?

craft ai est en beta mais nous l’appliquons déjà à des cas d’usage IoT, principalement Smart Home. Ces projets encore en phase de développement seront opérationnels début 2017. Je ne peux pas rentrer trop dans le détail mais l’un de nos clients, une grande société de services informatiques, utilise déjà l’apprentissage des habitudes permis par craft ai, pour détecter des anomalies, des comportements inhabituels des utilisateurs.

Un dispositif smart home automatisé grâce à craft ai

Nous sommes aussi consultés sur le sujet des bots, et c’est tout à fait naturel, il est important qu’un bot soit capable de s’adapter à son interlocuteur, d’autant plus que la relation entre l’utilisateur et le bot est récurrente. Dans ce domaine, craft ai permet de délivrer une expérience personnalisée en apprenant les habitudes et les goûts de chaque utilisateur, d’après les échanges qu’il a eu avec le bot.

#2 : Les bots ne permettent encore que des interactions bien balisées, d’après vous dans combien de temps l’IA arrivera au niveau d’une intelligence humaine « évoluée » ?

Certains pensent que les ordinateurs pourront être aussi performant qu’un cerveau humain d’ici quelques années ; on peut même dire que c’est déjà le cas dans certains domaines, par exemple Google est beaucoup plus efficace pour trouver la bonne information dans une vaste librairie de contenu. Cependant chaque “IA” reste limitée à une fonctionnalité restreinte, et structurellement est incapable de sortir du cadre qui lui est fixé. Mais pour qu’une IA soit vraiment généraliste, ce qui caractérise l’intelligence humaine, il faudrait qu’elle soit en mesure d’apprendre et de comprendre des domaines et des concepts totalement nouveaux : l’esprit humain n’est pas encore prêt à être détrôné, dans le cas général en tous cas.

Chez IBM on explique à ce sujet que le Watson qui a gagné à Jeopardy est très différent de celui qui assiste les oncologues sur le choix d’un traitement. Il serait déjà difficile d’apprendre à une seule instance de faire les deux, mais c’est encore plus difficile, voire inconcevable pour l’instant, de construire un Watson capable d’apprendre par lui-même un nouveau domaine.
D’ailleurs l’exemple de Watson est très intéressant car il mixe une collection de modules spécialisés qui se complètent, certains incluant du deep learning au niveau de la reconnaissance d’image ou de parole. Si le deep learning est perçu comme une révolution dans ces domaines, c’est surtout parce qu’il existe des bases de données annotées colossales qui permettent d’entraîner ces réseaux de neurones massifs. Dans d’autres domaines c’est beaucoup plus difficile à constituer. Dans tous les cas, il est probable que le deep learning seul ne soit pas la clé de l’intelligence artificielle.

#3 : Pourtant on entend beaucoup parler de deep learning quand il s’agit d’intelligence artificielle, quel type d’approche utilisez-vous ?

Nous utilisons un mix de plusieurs approches (architecture basée agents, classification, gestion de l’oubli) mais pas de deep learning. Cette méthode, peu adaptée au traitement de peu d’informations créée des modèles “boites noires” qui ne sont pas explicables, c’est tout le contraire de ce que nous souhaitons faire.

Arbre de décision craft ai pour un dispositif smart home

Notre principe de fonctionnement en “boite blanche” est important pour nos utilisateurs. Dans beaucoup de domaines, être capable d’expliquer pourquoi une décision a été prise est nécessaire tant pour faciliter la résolution de problème que pour une question de confiance. Cette sensibilité nous la tenons de notre expérience dans le monde de la simulation et des jeux vidéo où, afin de satisfaire aux objectifs pédagogiques ou artistiques, il est indispensable que le comportement des IA soit explicable et contrôlable.

#4 : Pourriez-vous nous expliquer comment votre équipe travaille au quotidien ?

L’équipe de craft ai compte 11 personnes : 5 sur le produit (moteur, infrastructure, plateforme), 3 sur la création de contenu autour du produit (démos & projets) et 3 sur les aspects marketing et commerciaux ; tout le monde est impliqué à tous les niveaux. Nous travaillons dans un mode hybride entre le développement agile et la panique :)

En terme de roadmap produit nous avons suffisamment de travaux définis pour quelques mois et suffisamment d’idées pour quelques années. Nous avons aussi suffisamment d’expérience pour savoir qu’un gros morceau de la roadmap sera sans doute remis en cause dans quelques semaines.

#5 : Comment voyez-vous craft ai dans 5 ans ?

Dans 5 ans, craft ai sera devenu une évidence pour tous les développeurs ayant besoin de personnaliser leur service pour améliorer l’expérience de chaque utilisateur. A la manière d’un Twilio pour l’envoi de SMS, ou d’un Algolia pour le search, nous supporterons une communauté de développeurs internationale depuis la France, les US et pourquoi pas l’Asie.

Notre vision est d’être un “enabler” pour les développeurs, de leur permettre de créer des produits plus aboutis, d’imaginer des fonctionnalités plus innovantes ; ce sera toujours notre priorité. À cette échéance, craft ai sera encore plus simple à utiliser, plus rapide à prendre en main et intégré à plus de plateformes de développement, des plateformes de Smart Home, de création de Bot, d’assistants ou de coachs virtuels mais aussi de robotique. Le moteur sera aussi capable de plus de choses: prise en compte de plus de types de données, raisonnement sur la causalité entre actions… Notre mission est d’avoir un coup d’avance sur les besoins des développeurs et des utilisateurs finaux !

Propos recueillis par Clément Aincy, Practice Manager chez Novedia

Plus d’infos sur l’offre craft ai : www.craft.ai

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