My readings #3 : L’armée romaine : une armée modèle ?

Le Livre : L’armée romaine : une armée modèle ? — Catherine Wolff

Ce livre constitue très certainement l’un des meilleurs livres sur le Management que j’ai eu l’occasion de lire. Le prisme d’étude de l’armée romaine qui est choisie est celui de la gestion humaine des hommes d’une armée. Comment les grands chefs Romains parvenaient-ils à s’assurer l’engagement des hommes qu’il avait sous leurs ordres ? Comment les motiver ? Que faire pour empêcher les trahisons et limiter le nombre de déserteur ? Le parallèle avec le management et le monde de l’entreprise est tout trouvé.
Et on se rend très vite compte que toutes les techniques actuelles de management étaient déjà employés à l’époque du grand Empire Romain.

Les traîtres et déserteurs au sein de l’armée Romaine (et d’ailleurs de n’importe quelle armée de l’époque) étaient en fait une vraie problématique.

Plusieurs raisons pouvaient pousser un soldat à déserter une armée : la peur de la mort, la peur de perdre de la bataille ou encore une récompense à la clef jugée trop maigre. Certains n’hésitaient pas à rejoindre les rangs ennemis : raisons politiques (notamment pour les guerres civiles), volonté de se trouver dans le camp vainqueur, appât du gain … Quand plusieurs soldats quittaient une armée pour rejoindre l’ennemi, un déséquilibre mécanique se créait. Une armée perd des hommes tandis que l’autre se renforce.

Mais quelle position devait adopté un chef quand des soldats ennemis décidaient d’abandonner leur étendard de façon spontanée pour venir se rallier à sa cause ? D’un côté, ces soldats constituaient une force supplémentaire et surtout une source d’information extrêmement précieuse sur l’armée ennemie (qu’ils venaient tout juste de quitter) puisqu’ils en connaissaient parfaitement le fonctionnement. Mais de l’autre côté, le fait d’accepter ces soldats représentait un risque. Était-ce des espions faussement repentis ? Devait-on les punir et les tuer parce qu’il s’agit de lâches susceptibles de recommencer à nouveau ? Choix cornélien, si tant est que ceux-ci ne s’étaient pas fait tuer en tentant de rejoindre le camp adverse. Hannibal, grand ennemi de Rome, était d’ailleurs particulièrement doué dans l’art d’envoyer des soldats faussement déserteurs dans le camp ennemi pour récupérer des informations ou tenter de monter une mutinerie.

Les liens entre les soldats et leurs chefs étaient un véritable rapport de force, que les chefs se devaient d’équilibrer sous peine d‘une révolte ou d’une trahison. Les chefs devaient se montrer ferme : la peur de se faire tuer par son propre chef pour trahison devait être plus forte que la peur de la mort au combat. La désertion était pratiquement devenue un moyen de chantage dans le but d’obtenir plus d’avantages. Certains chefs Romains n’hésitaient pas à massacrer leur propres soldats en place publique pour en faire un exemple et dissuader les autres d‘imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, de le trahir. L’exemple était, par ailleurs, une valeur fondamentale de l’armée Romaine. Et à l’époque les anciens s’offusquaient déjà d’un relâchement de la morale, d’un oubli de la discipline et d’une perte des valeurs …

Malgré tout, un chef se devait d’être bon avec ses soldats. Ne pas te gaver de festin quand tes hommes crèvent de faim. Ne pas vivre dans l’abondance et la richesse quand tes hommes vivent dans la misère, la tente juste à côté. En Afrique le commandant Marius dormait avec ses hommes par terre sur de la paille pour montrer sa solidarité et partager leurs conditions de vie. Hadrien faisait exactement les mêmes exercices que ses soldats, veillait sur les malades … Tout était une question d’équilibre, un chef devait inspiré la crainte et le respect.

Les premières aspirations des soldats étaient avant tout matérielles et l’appât du gain était la principale source de motivation. Les récompenses qui leur étaient faites devaient être à la hauteur de leur engagement et année de service. S’ils jugeaient que leur chef ne distribuait pas le butin d’une bataille de manière équitable, la probabilité qu’ils se retournent contre lui était forte. Les récompenses pouvaient être nombreuses : argent, protection de l’armée, terres, objets de valeurs mais aussi promotions et distinctions militaires. Sous la République et sous l’Empire dans une moindre mesure, les distinctions militaires ont pris une place importante, elles avaient une très forte valeur symbolique et sociale. Elles pouvaient s’obtenir après divers faits d’armes courageux au cours d’une bataille, plus d’une dizaine de distinctions différentes existaient (exemple : 1er soldat à monter sur un mur ennemi, 1er soldat à monter à bord d’un navire ennemi, soldat ayant sauver un autre citoyen Romain …). Première démonstration des besoins que Maslow définira dans sa pyramide, 20 siècles plus tard.

Quoi qu’il en soit, la plus grande force de l’armée romaine et des soldats qui la composaient reposaient avant tout sur la discipline. La discipline que l’on opposait à la fougue et la désorganisation des barbares. La raison contre la passion. César disait à ce propos : « les germains combattent une témérité et en désordre, alors que les romains le font avec un courage réfléchi et en bon ordre».