Club de lecture #1 : donner l’envie de lire

Septembre, ses marrons et l’odeur des cahiers neufs. A la rentrée, on a souvent envie de prendre de bonnes résolutions, de troquer ses vieilles habitudes pour s’améliorer et devenir meilleur.

Mon défi à moi cette année, c’est qu’une dizaine de collégiens prennent comme résolution de lire plus et avec plaisir. J’ai envie qu’ils ressentent l’envie d’ouvrir un roman, de s’y réfugier en cas de crise ou d’en ressortir plein d’émotions et avec l’envie de les partager.

Pour qu’ils y arrivent, il faut les aider un peu. Car pour prendre une nouvelle habitude, il est nécessaire d’alimenter régulièrement la motivation de départ, toute fraiche en septembre et qui va decrescendo avec l’avancée de l’automne. Il faut la stimuler, et offrir la perspective de constater ses progrès.

C’est le rôle que j’attribue au club de lecture que j’ai démarré en janvier dernier avec les sixième du Cours Antoine de Saint-Exupéry, école hors contrat de la Fondation Espérance Banlieues. Notre club est sans prétention, il n’a pas d’autre objectif que d’inciter des enfants dont les parents lisent peu, ou dont le français n’est pas la langue maternelle, lisent plus à la maison. Nos petits rdv se déroulent à l’école pour une question de commodité, mais on apporte des gâteaux pour créer une ambiance conviviale et marquer la différence avec les heures de cours. Une fois toutes les deux semaines, on se réunit pour se dire ce qu’on a lu ou pas, pourquoi on a lu ou pas, ce qu’on a aimé et pourquoi, et surtout ce qu’on aimerait lire durant les quinze prochains jours.

Vendredi dernier, j’ai tenté de convaincre les nouveaux sixième de rejoindre notre club. Aux téméraires qui m’ont dit droit dans les yeux « je m’appelle… et j’aime pas lire », sous-entendu « vous êtes bien gentille mais moi j’y crois pas à vos délires d’intello », j’ai répondu que j’espérais pouvoir les faire changer d’avis.

Alors quand même, comme j’ai un peu la pression d’avoir osé dire ça, j’ai repris mon cahier où je note les résumés des livres et les notes que leur ont donné les filles de l’année dernière. Je les ai souvent forcé à détailler les raisons pour lesquelles elles avaient aimé un livre, ou à m’expliquer pourquoi elles n’avaient pas accroché avec un autre. Elles ont révélé des goûts assez différents, acceptant de se démarquer en n’aimant pas toujours les mêmes histoires que leurs copines. Mon job à moi, c’était de récompenser leurs efforts d’argumentation en leur trouvant pour la fois suivante des romans un peu plus en phase avec les goûts qu’elles affinaient peu à peu.

Leurs coups de cœur m’ont permis de dresser une petite liste de hits inter-générationnels de la lecture pour 10–12 ans, histoire de présenter mardi prochain des romans en qui j’ai totale confiance. Ceux dont je suis sûre qu’ils sauront captiver mes nouvelles recrues…et les feront revenir au club !

Voici donc une courte sélection aux petits-oignons de romans pour inspirer la rentrée littéraire de vos enfants/cousins/soeurs/voisins. J’en affectionne certains aussi parce qu’ils ont entrainé une discussion au club, le transformant en lieu d’échange entre les filles et moi, nous liant davantage et m’apprenant à mieux les connaître.

  • 35kgs d’espoir d’Anna Gavalda. Elles ont aimé cette histoire car elles avaient un peu le même âge que le personnage, qui raconte ses difficultés à se concentrer en classe, l’incompréhension de ses parents et son amour pour son grand-père qui le soutient. Les liens familiaux, inter-générationnels, ça marche toujours pour faire parler les enfants d’eux.
  • Susie Morgenstern, et sa Sixième, trône en haut du hit-parade. Celles qui ont du mal à lire se sont plongées dedans avec plaisir, car il est court et l’écriture est dynamique. Nous avons même pu parler de leurs propres appréhensions avant leur rentrée, des raisons pour lesquelles elles se sentent bien dans l’école de la Fondation Espérance Banlieues, de leur uniforme, de leur nouveau rapport à l’apprentissage etc.
  • Ma chère Téo de Anne Vantal : voici un roman très court, empli de réalisme, sur l’histoire d’une petite fille qui s’attache et noue un lien affectif avec la nouvelle copine de son père. Une belle histoire d’aujourd’hui, à contre-courant de tous les portraits de belles-mères marâtres, et qui exprime avec justesse l’impression étrange de trahison que peut ressentir un enfant lorsqu’il fait une place dans sa vie au nouvel amour d’un de ses parents.
  • La boutique Vif-Argent, de Pierdomenico Baccalario. Alors là, je dois vous avouer que j’ai moi-même plongé avec délectation dans ce roman à la frontière entre le fantastique et la magie. Merveilleuse nouvelle, je m’aperçois en faisant des recherches pour cet article qu’il s’agit en fait d’une série de plusieurs tomes !

Bref, c’est le plus gros des livres que j’ai présentés au club, à la fin de l’année scolaire. Finley, un petit écossais découvre une nouvelle maison dans son village natal, qu’il pensait pourtant connaitre par coeur. Dans cette bicoque, il fait la rencontre d’un père et de sa fille qui ont l’étrange manie de se volatiliser et de se téléporter, ou encore d’utiliser des objets dont il ignorait même l’existence. Finley réussit à se faire accepter par la jeune fille de la maison Vif-Argent, et celle-ci l’entraine alors dans une mission réservée aux magiciens.

  • Côté B.D, mes petites lectrices ont adoré Boule à Zéro de Serge Ernst et Zidrou. On y suit les aventures de Zita, une petite fille atteinte de leucémie (et qui n’a pas de cheveux, voilà pour le titre) et devenue la coqueluche de l’hôpital où elle vit depuis neuf ans. Avec beaucoup d’humour et de tendresse, Zita s’entretient avec la Mort pour lui raconter son quotidien. En parallèle je leur avais proposé Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmidt : une des filles m’a fait remarquer qu’on y trouvait quasiment les mêmes personnages.

Je continuerai à alimenter régulièrement cette sélection, n’hésitez pas à partager des romans passionnants pour les 6ème-5ème dans les commentaires, je suis toujours preneuse de nouveaux titres à leur faire découvrir.

Bonne lecture !