Adyen, Stripe & PayPal : les nouveaux leaders du paiement ont braqué la banque. Comment ont-il fait ?

“Sans arme, ni haine, ni violence” — 2007

Les banques sont les acteurs dominants historiques dans le marché du paiement. C’est vrai pour l’émission et le contrôle du moyen de paiement, permettant d’initier un paiement (payer par carte bancaire, effectuer un virement, faire un chèque). Mais c’est aussi vrai pour l’exécution du paiement, permettant au destinataire de recevoir son argent.

Or, cette domination bancaire est bousculée depuis quelques années par trois évolutions complémentaires, rebattant les cartes du marché du paiement :

  1. L’évolution de la réglementation
  2. L’évolution des usages
  3. L’évolution technologique

Alors, comment on est-on arrivé là ?

1. L’évolution de la réglementation 📚

La Commission Européenne considère les coûts élevés du paiement comme une taxe sur les échanges. En 2005, elle estime que le coût des paiements s’élève à 2 à 3% du PIB européen, et se fixe alors comme objectif de diviser ce chiffre par deux. Publiée en 2007, la Directive sur les Services de Paiement n°1 pose les bases réglementaires d’un nouveau marché européen du paiement. Elle établit « l’espace unique de paiement en euros », ou SEPA. Avec SEPA, le coût des paiements transfrontaliers est réduit, et le délai de règlement s’accélère, passant de 3 à un jour.

La Directive sur les Services de Paiement n°1 ouvre aussi le marché du paiement à un nouvel acteur : « l’établissement de paiement ». L’objectif de la commission européenne a été de créer un acteur concurrent des banques, spécialisé dans la fourniture de services de paiement. Et c’est un succès, puisqu’en 2016, on compte 500 établissements de paiement en Europe, dont 45 en France.

D’ailleurs, les plus grandes FinTechs européennes sont des établissements de paiement / de monnaie électronique : Adyen aux Pays-Bas, HiPay en Belgique, Lemon Way en France et MangoPay au Luxembourg.

2. L’évolution des usages 📱

Les consommateurs demandent plus de simplicité et de rapidité dans le paiement. Pourquoi attendre 48 heures le crédit effectif d’un paiement, quand Skype nous permet de discuter en temps réel à l’autre bout du monde, sans frais ?

Avec son porte-monnaie électronique, PayPal a été le premier à répondre à ces attentes. Aujourd’hui, c’est 190 millions de particuliers qui ont ouvert un compte PayPal, et 5 milliards de transactions par an. En 2013, PayPal se renforce dans le paiement via l’acquisition de Braintree (processeur de paiement web & mobile). De nouvelles FinTechs concurrencent PayPal, comme Lydia et ses 500 000 utilisateurs en France

Le développement de l’économie du partage, incarnée par Airbnb, UBER France et BlaBlaCar, a fait exploser le montant des flux de paiements complexes. Ce type de paiement exige une offre dédiée que les établissements de paiement ont su développer, captant ainsi les flux de cette nouvelle économie. C’est par exemple Adyen, et non pas une banque, qui gère les paiements d’Airbnb et Uber.

Autre évolution, le succès des cagnottes en lignes et du financement participatif a permis le développement de FinTechs leaders de leurs marchés, comme Leetchi ou Lendix. Là encore, ces nouveaux flux de paiement sont captés par des établissements de paiement.

Enfin, le business model « par abonnement », adopté par Netflix, Spotify, les Box, les SaaS… a fait émerger des champions du paiement récurrent, comme SlimPay et GoCardless.

3. L’évolution technologique 🤖

La popularité des systèmes de gestion de sites e-commerce, tels que PrestaShop ou Magento, ainsi que l’explosion des applications mobiles, ont forcé le marché du paiement à développer une offre de plugins et d’interfaces (API) adaptées. La page de paiement blanche proposée par les banques n’a plus la côte, les consommateurs et les marchands veulent désormais une expérience de paiement 100% intégrée au site ou à l’application. Stripe et PayPlug sont des exemples de FinTechs répondant à ces demandes.

Par ailleurs, l’évolution des dispositifs anti-fraude, via l’analyse des données, la biométrie et le machine learning, permet aux spécialistes du paiement sachant en tirer parti de détecter les transactions frauduleuses et réduire le taux d’abandon. Un argument de poids pour convaincre les e-commerçants.


Les barrières ont cédées 🌊

Grâce à l’évolution de la réglementation européenne, les barrières réglementaires sont tombées, ouvrant le marché du paiement à une nouvelle concurrence incarnée par les FinTechs. Les nouveaux leaders du paiement s’appellent Adyen, PayPal et Stripe. Plutôt que d’offrir un « simple » encaissement du paiement, les FinTechs du paiement améliorent continuellement leurs services pour une meilleure expérience pour les consommateurs, une simplicité de mise en place et de meilleurs performances pour les marchands.

Et les banques dans tout ça ? Après quelques années d’attentisme, elles réagissent depuis 2015 :

Et demain, en distribuant leurs produits ? 🔮