Ashoka : le Réseau Secret qui bouscule le Business

Entrepreneurs de la Tech, grands Patrons du CAC40, Banquiers d’Affaires… Comment ce Réseau mondial très Discret a-t-il constitué une Armée Silencieuse de « Changemakers » ?

Une quinzaine de personnalités ont répondu à l’invitation du réseau Ashoka qui soutient les entrepreneurs qui changent le monde

Le rendez-vous a été fixé à huit heures précises, place de la Bourse à Paris. Dans une salle étroite située au sous-sol du café Le Pain de la Bourse sont rassemblés autour d’une grande table en bois débordante de viennoiseries des CEOs, des journalistes, des entrepreneurs de la tech, des intrapreneurs du CAC40 et quelques influenceurs. Bienvenue au « Changemaker journey » organisé par le réseau Ashoka qui soutient les entrepreneurs qui changent le monde.

Pour s’en convaincre, il a fallu se lever très tôt, répondre à des questions très personnelles devant un parterre de personnalités : « Avez-vous envie de rendre le monde meilleur ? », « Quel a été votre déclic ? », « Que faites-vous pour y parvenir ? ». Après s’être allongé sur le divan, il a fallu monter dans un bus où Anne Charpy, la fondatrice de VoisinMalin a bousculé nos idées reçues sur la banlieue en présentant l’efficacité de son réseau d’habitants-leaders positifs. Puis, le bus a marqué un arrêt à la Maison de l’Enfant créée par Véronique Tilly. Là, il a fallu s’asseoir sur des toutes petites chaises pour assister en catimini au Conseil des Sages tenu par des enfants de 4 ans qui ont fait un point sur leurs actions pour sauver les bonobos.

Des enfants de 4 ans ont récolté 2 000 euros pour soutenir l’association Lola ya bonobo de Claudine André

Là, on s’est tous dit en remontant dans le bus « réinventer l’éducation des jeunes générations, c’est possible ! ». Sur le chemin en direction de Simplon, la plus grande fabrique sociale de codeurs, Christian de Boisredon a tracé les contours d’un journalisme d’impact. Après tous, les médias ne sont-ils pas un des ingrédients dans la recette de la sinistrose ? Pour montrer que des solutions existent Sparknews rassemble toute l’information disponible sur les idées qui font avancer le monde… De quoi sérieusement changer le tropisme de la quinzaine de personnalités qui ont répondu à l’invitation d’Ashoka qui signifie en sanscrit : « sans souci ».

Hier encore, la plupart d’entre elles ne connaissaient pas l’existence de ce réseau très discret. Alors pourquoi ont-elles accepté d’embarquer pour ce « Changemaker journey », un mystérieux voyage de sept heures à la rencontre des acteurs du changement ?

« Je veux créer un écosystème de conspirateurs positifs » — Mathieu Baudin, fondateur de l’Institut des Futurs souhaitables

Certains comme le financier Dominique Sarran (ex-directeur associé du fonds Raise) cherche une nouvelle voie professionnelle, d’autres comme Agathe Wautier (fondatrice du think tank d’entrepreneurs The Galion Project) et Marion Moreau (directrice de Sigfox Foundation) sont en quête d’inspiration. « La curiosité », « la nécessité d’être confronté à des gens différents », « l’envie d’avoir un impact » ou « le besoin de comprendre » sont autant de raisons qui les ont poussées à vivre cette immersion au pays des entrepreneurs sociaux. A la clé la découverte des initiatives de terrain. Et derrière qui sait, peut-être l’envie d’agir pour changer le monde ?

La Maison de l’Enfant créée par Véronique Tilly sensibilise la jeune génération à la sauvegarde des bonobos en les faisant chanter et danser.

Frédéric Lopez est de ceux qui ont accepté ce rendez-vous en terre inconnue pour : « Lutter contre la sinistrose et diffuser des bonnes nouvelles ! », explique-t-il à l’ancien directeur de MSN Europe, Alexandre Michelin, nommé récemment à la tête du pure player vidéo Spicee. Ce n’est pas l’écrivain français Alexandre Jardin qui le contredira. L’homme de lettres à l’initiative du mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre confie à Patrice Trapier, le directeur adjoint de la rédaction du Journal du Dimanche : « Je me suis engagé pour endiguer la montée du Front National en France : j’ai peur ».

A côté de lui, Mathieu Baudin explique l’ambition de l’Institut des Futurs souhaitables qu’il a fondé il y a quelques années avec l’idée de créer « un écosystème de conspirateurs positifs ». « Il n’y a pas de petit impact », soutient la journaliste Annabelle Baudin. Effectivement, « rien n’est impossible », assure Jean-Marc Guesné qui a grandi dans une cité à Nanterre et a récemment été nommé à la tête d’Ashoka France.

Ashoka annonce ce qu’elle est : la 17e ONG la plus influente au monde

Pour entrer dans le cercle très fermé du premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux, il faut pourtant montrer patte blanche : y avoir été scrupuleusement invité, y investir en tant que philanthrope, ou avoir été nommé Fellow Ashoka (ndlr : membre) au prix d’un véritable parcours du combattant. Au programme, une série d’entretiens durant lesquels l’histoire des aspirants Fellows est décortiquée, questionnée et analysée par un panel de personnalités mandatées par l’ONG. « J’ai eu la chance de m’entretenir avec l’une des conseillères de Barack Obama », confie Christian de Boisredon.

Dans les locaux de Simplon, la plus grande fabrique sociale de codeurs, les invités d’Ashoka refont le monde.

Cette année en France, plus de 200 entrepreneurs sociaux ont candidaté, seule une quarantaine a été reçue par les équipes et six ont finalement été admis dans le long et rigoureux processus de sélection finale. Verdict en octobre prochain à l’occasion d’une cérémonie très privée.

Pour eux, le jeu en vaut la chandelle. A la clé, une bourse de trois ans (dont le montant est déterminé en fonction des ressources du fellow), l’accès à un réseau de partenaires prestigieux et un accompagnement personnalisé visant à les aider à développer leur business-modèle, leur impact et leur influence dans un secteur d’activité ciblé. Pour y parvenir, l’Ashoka Support Network met à disposition un réseau d’entrepreneurs philanthropes qui soutiennent l’ONG financièrement et collaborent avec les entrepreneurs sociaux. Parmi eux, Grégoire Chertok, le banquier vedette de la maison Rothschild, Christophe Poupinel, le fondateur d’Ooreka et Eric Coisne, business angel au sein du Réseau Entreprendre Paris.

Aussi discrète soit-elle, et même si le port de la cravate n’est pas obligatoire, Ashoka annonce ce qu’elle est : la 17e ONG la plus influente au monde où les entrepreneurs les plus innovants trouvent des solutions pour répondre aux défis sociaux et environnementaux, sous le regard des puissants (patrons et politiques) qui aiment à y traîner pour s’inspirer. Dotée d’un budget annuel de 42 millions de dollars — dont 2 millions d’euros pour la France — et présente dans quatre-vingts pays, la force de frappe de cette organisation internationale créée il y a 35 ans par Bill Drayton dit sa méthode : la discrétion.

A la lumière des projecteurs médiatiques, cette confrérie tentaculaire préfère les coulisses de l’action. Là où son armée silencieuse peut agir à loisir. Et ils sont de plus en plus nombreux à briguer le « Fellowship ». A l’instar de Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, et Kailash Satyarthi, Prix Nobel de la Paix 2015, ils sont plus de 3 000 pionniers de l’innovation sociale à défendre au travers de leurs actions une certaine idée du business au service du bien commun. « Notre vision est celle d’un monde où chacun devient acteur de changement et notre mission est de créer l’écosystème qui permettra à ce monde d’émerger », scande Arnaud Mourot. Lors de ce « Changemaker journey», la petite dizaine d’entrepreneurs sociaux présents ont prouvé par la force de leur impact que la révolution est en marche.

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