De la différence entre écrire des articles et …écrire un livre

Laetitia Vitaud
May 15 · 3 min read

Comme je comprends tous ces pauvres écrivains qui galèrent sur leur livre, et tous ceux dont le livre vient de sortir et qui galèrent pour lui donner de la visibilité ! Il faut bien dire ce qui est : écrire un livre, c’est vraiment dur.

Après avoir écrit des centaines d’articles sur le futur du travail (et sur d’autres sujets), dont certains parfois longs, j’ai naïvement pensé qu’écrire un livre, c’était finalement comme écrire plusieurs articles à la suite, comme écrire un très gros article, quoi. Naïve que je suis !

J’ai eu le bonheur d’être approchée par Calmann Lévy il y a un peu plus d’un an pour rédiger un ouvrage sur le futur du travail (où je parle beaucoup du passé et du présent, pour être honnête). Je n’ai pas hésité une seconde. Bien sûr que oui, je vais le faire ! Il a même déjà un titre (provisoire) dont je ne suis pas peu fière : Du labeur à l’ouvrage.

Après plusieurs mois de travail irrégulier, parfois intense, parfois fait de grandes plages de contemplation par la fenêtre, et d’épisodes de procrastination pendant lesquels j’ai fait beaucoup de ménage et pendu un nombre incalculable de lessives, j’en suis venue à la conclusion, que écrire des articles et écrire un livre, c’est pas pareil.

Voici quelques-unes des différences les plus remarquables :

  • Quand on écrit un article, la barrière psychologique est plus faible : on se lance en sachant que ça sera limité dans le temps. Même si on sous-évalue toujours le travail, on le sous-évalue de quelques heures, tout au plus, pas de semaines ou de mois… Avec un peu de pratique, la barrière psychologique devient de plus en plus faible. On hésite de moins en moins à publier des articles “qui ne cassent pas trois pattes à un canard”.
  • Quand on écrit des articles, on a des preuves visibles de son travail : “tu vois, j’ai pas chômé, y a tout ça en ligne.” On construit un lectorat et une réputation au jour le jour.
  • Quand on écrit un article, la “récompense” (qu’il s’agisse d’un paiement ou de la réaction des lecteurs) est quasi immédiate. Peu de gratification différée. Cela ne requiert pas une énorme dose de patience et de maîtrise de soi. Pas besoin de sacrifier le présent pour le futur.
  • Quand on écrit un article, le concept de “plan” n’est pas (nécessairement) ultra-sophistiqué. Du moment que ça ne s’enchaîne pas trop mal, ça passe. Et si les parties ne sont pas parfaitement équilibrées, ça passe aussi.
  • Quand on écrit un article, on peut corriger les coquilles après la publication. On peut même ajouter des idées ou des corrections de fond après la publication. Ce qui fait que la relecture n’a pas autant d’importance. Or la relecture, qu’est-ce que c’est barbant !
  • Quand on écrit un article, on garde plus de contrôle sur la diffusion, le partage, le contenu, etc. On peut même faire revivre des vieux articles en un simple clic. (L’internet est plein d’articles zombies… je vais en mettre quelques-uns ici).
  • Quand on écrit un livre, en revanche, on se pose des questions existentielles, on pense à l’avenir, à la mort…. Sans doute une ruse du cerveau pour mieux procrastiner encore. On met en jeu son identité. On remet en question ses capacités. On risque à chaque instant de sombrer dans le “chuinullisme”…

Alors, à tous ceux qui ont déjà publié des livres, ceux qui sont en train d’en écrire et ceux qui l’envisagent, vous avez mon respect, mon admiration et toute ma sympathie. Quant à ceux qui publient des livres comme on publie des articles, vous avez aussi toute ma jalousie…

    Laetitia Vitaud

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