Entreprises : les freelances ne sont pas des “fournisseurs” !

Aujourd’hui, on reconnaît volontiers que les freelances sont des “ressources humaines” précieuses. Ils viennent compléter ponctuellement ou régulièrement une équipe interne avec leurs talents pointus. Parfois, on ne fait appel à eux que pour une formation, l’animation d’un atelier, la réalisation d’un logo ou encore une conférence. Malheureusement, du point de vue administratif, quelle que soit la mission pour laquelle on fait appel à eux, ces ressources humaines d’un nouveau genre dépendent des départements des achats et sont donc des “fournisseurs”.
En tant que “fournisseurs”, les freelances ont parfois le plus grand mal à se faire payer ! Délais de 3–4 mois, formulaires interminables… les services comptables de certaines entreprises semblent parfois prendre un malin plaisir à tout mettre en oeuvre pour retarder les paiements le plus possible :
- en demandant de remplir et envoyer PAR COURRIER PAPIER PAR LA POSTE les formulaires et factures (vraiment, les emails, c’est trop high tech ?)
- en répondant après plusieurs relances qu’en fait, le freelance n’est pas référencé comme fournisseur auprès des achats et qu’il doit d’abord entamer des démarches pour se faire référencer (même si la facture n’est que de quelques centaines d’euros) avant d’espérer qu’on daigne mettre sa facture en traitement.


- en vous donnant 3–4 interlocuteurs différents pour le traitement de la facture pour mieux noyer le poisson.
Ces techniques pour retarder les paiements (voire ne pas payer du tout, quand le freelance renonce à faire ces démarches pour des petites sommes) sont caractéristiques des organisations bureaucratiques et empruntent toutes à la “maison qui rend fou”.
Si jamais, vous n’avez pas récemment révisé les 12 travaux d’Astérix, regardez la maison qui rend fou :
Certaines entreprises ont su faire évoluer leurs processus d’achats pour traiter avec les freelances via une plateforme (comme Malt), dont la promesse de paiement fluide et les garanties de paiement sont une immense valeur ajoutée pour les freelances. Mais pour toutes les transactions hors plateforme, les freelances ne sont que des “fournisseurs” auxquels on se permet d’infliger des délais de paiement très longs et de la paperasse abrutissante d’un autre âge.
Pendant longtemps, la distinction entre “ressources humaines” et “fournisseurs” était pertinente : les premières avaient besoin d’un salaire à la fin du mois pour payer leur loyer et nourrir les familles, les seconds étaient eux-mêmes des entreprises, avec des services comptables qui avaient eux-aussi les moyens d’optimiser leur trésorerie et de gérer une paperasse chronophage. Les relations entre clients et fournisseurs étaient souvent des relations de long terme, et les paiements arrivaient après ceux des salariés. Et c’était acceptable : après tout, les salariés sont des personnes tandis que les fournisseurs sont des entreprises.
Mais cette distinction est-elle encore pertinente aujourd’hui ? Les fournisseurs peuvent encore être des entreprises “classiques” (comme celles auxquelles vous achetez vos ramettes de papier), mais ils peuvent aussi être des individus. Les fournisseurs peuvent être des micro-entrepreneurs, des entreprises individuelles, ou toute sortes de petites entités sans équipe administrative à leur service pour gérer la paperasse pour eux, bref, des individus qui doivent payer leur loyer et nourrir leur famille, … des “ressources humaines”, quoi.
Les catégories de “fournisseurs” et de “ressources humaines” se brouillent à mesure que davantage de valeur se créé en dehors des organisations. Savoir devenir plus agile dans la manière d’appréhender ces catégories est devenu un enjeu essentiel pour les entreprises qui veulent se “transformer”. Pour avoir accès aux talents, pour soigner leur marque freelance (l’équivalent de la marque employeur pour recruter des freelances) et leur image de marque en général (car un freelance maltraité est aussi un influenceur, souvent adepte des réseaux sociaux), il est important de faciliter la vie des freelances le plus possible. Etre payé dans des délais acceptables et sans une montagne de paperasse, c’est certainement la chose la plus fondamentale.
Une idée pourrait être de créer un label “freelancer-friendly” qui permettrait aux entreprises vertueuses et respectueuses des freelances, moins sclérosées par la bureaucratie, de le faire savoir.
Quel que soit le contexte, la maison qui rend fou devra être retournée contre elle-même.

