Sahel : après plusieurs années de crise, le Programme Alimentaire Mondial s’efforce de redonner espoir dans la région

La région du Sahel s’étend du Sénégal au Tchad sur 4 000 km. En 2010, la région a subi une violente sécheresse dont une grande partie de la population a eu du mal à se relever, jusqu’à ce qu’une seconde sécheresse fasse irruption récemment, rendant l’accès à la nourriture de plus en plus difficile. La production de céréales est bien en-dessous de la moyenne quinquennale en Mauritanie, au Tchad, au Burkina Faso et au Niger. La situation s’est aggravée avec le conflit en Mauritanie qui a forcé le déplacement de plus de 300 000 personnes. La crise affecte tous les pays de la région et constitue pour le Programme Alimentaire Mondial une zone d’intervention prioritaire. A travers différents types d’aide, l’agence des Nations Unies s’attache à construire des systèmes durables et résilients, mais aussi plus inclusifs.

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Au Niger, l’égalité hommes-femmes comme moteur du changement

Au Niger, les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes par la pauvreté et sont faiblement représentées dans la vie économique, politique et administrative du pays. Ces inégalités trouvent leur source, entre autres, dans la sous-scolarisation des jeunes filles. En effet, en 2014 le taux de scolarisation des filles était de 65% contre 78% pour les garçons. Pour combler ces inégalités, le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) distribue des bourses scolaires aux filles afin d’encourager leur maintien à l’école dans la région de Zinder.

« Avant, bon nombre de filles de mon village ne partaient pas au collège après l’école primaire à cause de la longue distance à pied. Malheureusement, la plupart des parents n’ont pas les moyens d’envoyer leurs filles en ville » explique Oumey Issa, 14 ans. Afin de corriger les inégalités de genre, le PAM soutien les adolescentes pour leur éducation et pour une meilleure nutrition, deux éléments indissociables afin de briser le cycle intergénérationnel de la malnutrition. Abou Zawarou, une collégienne de 16 ans, originaire de Dangueza est animée d’un souffle nouveau. « A travers les différentes sensibilisations, nous avons découvert certains droits qui sont les nôtres en tant que femmes mais que nous ignorions. » Le PAM est convaincu qu’un monde sans faim est un monde dans lequel les femmes, hommes, filles et garçons ont un accès égal aux opportunités, aux ressources et tiennent chacun un rôle important dans la transformation active de leur futur.

Au Mali, venir en aide aux familles des enfants malades

Au Mali, si le coût de la prise en charge hospitalière des enfants sévèrement malnutris est couvert grâce à l’appui des partenaires humanitaires, l’hospitalisation des enfants entraine des frais annexes pour les accompagnants, en particulier pour se nourrir. Ces frais peuvent être rédhibitoires pour une famille pauvre et souvent les parents refusent d’accompagner leur enfant ou décident de rentrer à la maison et d’interrompre la prise en charge avant son terme parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers suffisants.

A côté de ses efforts pour lutter contre la malnutrition chronique, le PAM fournit chaque jour trois repas à l’adulte qui accompagne l’enfant, durant toute la durée de l’hospitalisation. Ces repas jouent un rôle déterminant dans la décision des parents de faire hospitaliser l’enfant ou non et font chuter les cas d’abandon.

Kadia Dembelé, infirmière, confirme : grâce aux repas offerts aux accompagnants, les mamans — qui souffrent souvent de malnutrition elles aussi — prennent du poids. C’est un autre effet positif du projet d’appui aux « caretakers » : il n’encourage pas seulement la prise en charge des enfants sévèrement malnutris mais il permet aussi aux accompagnants de manger des repas variés et suffisants pendant la durée de l’hospitalisation.

Au Tchad, autonomiser les réfugiés pour leur donner une vie aussi normale que possible

Le camp de Kerfi a été établi ici en 2014 pour garder les réfugiés à l’écart de la frontière soudanaise. Beaucoup d’entre eux ont fui le Soudan il y a plus de 10 ans. La situation géographique du camp, dont les routes sous souvent impratiquables, rend difficile la distribution de vivres. Pour cette raison, le PAM s’est engagé à développer, au Tchad et dans beaucoup d’autres pays, un moyen plus flexible d’aider les populations : des transferts d’espèces. Dans le camp de Kerfi, la première distribution de bons d’achat a eu lieu au début de l’année 2017. 410 ménages, qui représentent 1 363 habitants, sont concernés : en échange de ce bon, qui vaut 6 000 francs CFA, les hommes et les femmes qui se sont inscrits au préalable peuvent choisir les produits qu’ils veulent.

Kada Ahmat Mahamat était professeur au Soudan avant d’arriver à Kerfi. Dans le camp, elle enseigne parfois, et lors des distributions, elle est bénévole et s’assure que tout se passe bien : “C’est très agréable de pouvoir avoir le choix. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l’atmosphère est différente par rapport à une distribution classique : c’est un peu comme être au marché.”

Le PAM s’efforce d’apporter une aide durable et de rendre à la population une part de son autonomie en offrant des choix nutritifs variés et adaptés. Le procédé ressemble plus à une visite au marché qu’à une distribution de vivres, et vise à rendre certains repères aux réfugiés.

Au Soudan du Sud, apporter un soutien à ceux qui sont revenus chez eux après avoir été contraints de fuir leurs foyers

Nyankeich Wieu est retournée au Soudan du Sud en 2016, après avoir été réfugiée à Khartoum, au Soudan, pendant plusieurs années. Quatre mois à peine après son retour, son mari est décédé. Cela a fait d’elle la seule source de revenus de la famille, composée de cinq jeunes enfants. « Après mon retour au Soudan du Sud, la vie était difficile — j’ai essayé de travailler en tant qu’ouvrière occasionnelle chez mes voisins, mais obtenir ce type de travail était difficile », explique Nyankeich Wieu. “J’ai décidé d’aller dire au chef de mon village que ma vie était insupportable en tant que rapatriée et que je préférais retourner au Soudan pour redevenir une réfugiée.” Mais avec un peu d’aide de sa communauté, Nyankeich est restée à Kuom et ne regrette pas sa décision. « Quand le projet est arrivé, j’ai été sélectionnée comme bénéficiaire et j’ai reçu des terres et des semences », explique-t-elle. Avec des outils agricoles et une formation en agriculture, Nyankeich cultive maintenant sa propre nourriture.

Nyankeich est l’une des 16 000 agriculteurs du pays qui bénéficient de la deuxième phase du projet Renforcement de la résilience par la création et la valorisation d’actifs (BRACE II), mise en œuvre par le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les agriculteurs ont créé une parcelle de démonstration pour permettre l’apprentissage de nouvelles techniques agricoles telles que la plantation en rangs, l’espacement des cultures et la culture intercalaire. Nyankeich dit qu’elle a appris de nouvelles façons de planter qui ont contribué à augmenter ses rendements.

Grâce à ce programme, de nombreux agriculteurs peuvent cultiver leur propre nourriture, mais aussi vendre l’excédent et ainsi développer l’économie locale.

En Mauritanie, combattre l’insécurité alimentaire

L’année 2018 s’avère particulièrement difficile pour la population mauritanienne. En effet, le pays fait face à une saison de soudure particulièrement précoce, et est confronté une raréfaction de l’eau et des pâturages, due à une distribution temporelle et spatiale des précipitations insuffisante. La situation des agriculteurs et éleveurs pastoraux s’est rapidement dégradée. La baisse de la production des produits de première nécessité ne permet plus à ces populations d’être auto-suffisantes.

L’argent des villageois, autrefois consacré à l’achat de fourrage et d’aliments à bétail, est désormais entièrement consacré à l’achat de la nourriture pour le foyer.

« Plus notre bétail diminue, moins nous avons d’argent. Or, ces derniers mois, nous avons été obligés de vendre plusieurs têtes afin de rembourser nos dettes et d’acheter des produits de première nécessité”. Un Plan de Réponse Intégré a été élaboré pour l’année 2018, avec comme objectif de contribuer à sauver des vies et à aider les ménages vulnérables. Les besoins sont énormes et les ressources ne sont pas toujours suffisantes. Le PAM va mettre en place une batterie d’activités d’urgence pour soulager les populations touchées. Cette réponse va s’étaler sur 9 mois et se fera en deux phases. Un travail de priorisation a été fait afin de déterminer les régions, villages et ménages les plus vulnérables. La situation pourrait se détériorer si des actions rapides et efficaces ne sont pas mises en œuvre.

Chacun des pays du Sahel relève de besoins spécifiques. La réponse du PAM se veut la plus adaptée possible afin que l’aide soit pertinente et contribue à aider les pays qui sont en situation de crise depuis plusieurs années, et dont les ressources sont limitées. En adaptant l’aide au contexte et en étant aussi proche des bénéficiaires que possible, le PAM a pu faire une réelle différence dans les vies de ceux affectés par la crise.

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