Voyage au pays de la science-fiction

Coups de cœur et considérations sur un genre à part

Rapt d’une vache

La bibliothèque de mon père est peuplée de bouquins de science-fiction. Asimov, K. Dick, Le Guin, Gibson… Les maîtres du genre sont présents par milliers de titres. Aux murs, des tableaux, affiches représentant des ouvrages, revues sur les robots, l’immortalité et le cosmos. Ce décor donne au salon un esprit rétro-futuriste.

La science-fiction m’a toujours fasciné. J’en ai vraiment pris conscience au cinéma, avec Star Wars de George Lucas, quand j’étais ado. J’ai vécu La Revanche des Siths comme une tragédie grecque. Tout y était : la bataille spatiale, les duels épiques au sabre laser, la quête de pouvoir d’Anakin, sa rébellion contre son mentor et ami Obi-Wan, sa trahison des Jedi, la perte de Padmé, son amour.

Plus récemment, j’ai été surpris par la fougue d’Edge of Tomorrow, de Doug Liman. Puis Interstellar, de Christopher Nolan et Mad Max : Fury Road, de George Miller, m’ont mis une claque, réveillant pour longtemps mon goût pour la science-fiction. Il y a quelques mois, j’ai vu Coherence, de James Ward Byrkit, film à la production minimaliste mais dont les étrangetés métaphysiques m’ont troublé comme rarement je l’ai été devant une fiction. Aussi c’est avec grande impatience que je guette la sortie au cinéma de Premier contact, de Denis Villeneuve, le 7 décembre. En voici la bande-annonce :

Bande-annonce de Premier contact, de Denis Villeneuve

La science-fiction est un plaisir à double tranchant. Elle nous parle de voyages dans le temps pour s’adresser à notre nostalgie, à notre difficulté à vivre le moment présent. Elle nous parle d’exploration spatiale et d’extra-terrestres, et nous donne envie de découvrir des paysages et des cultures exotiques, de faire la connaissance de formes d’intelligence insoupçonnées. Elle nous parle de transhumanisme et d’immortalité, et nous nous demandons ce qui chez nous appartient au banal, au sublime.

Mais voilà, la science-fiction requiert un effort à celui qui s’y risque, en particulier en littérature. Il faut supporter un jargon technophile, imaginer un monde qui n’existe pas, accepter d’abandonner des repères connus. Je n’ai jamais eu qu’un coup de cœur, pour La Nuit des temps, de René Barjavel, à l’adolescence. Le roman raconte la découverte par une équipe scientifique, dans une chambre enfouie à 1 000 mètres sous les glaces du pôle sud, d’un homme et d’une femme endormis, seuls survivants d’une civilisation disparue il y a 900 000 ans.

L’Antarctique se réveille

Il est rare que je tombe sur un livre de cette trempe. J’ai lu Ubik, de Philip K. Dick, une histoire de précognitifs, des individus capables de connaître l’avenir et d’influer sur le temps. Je n’ai pas été satisfait. Je n’ai pas trouvé le souffle mystique que j’attends d’un chef-d’œuvre de science-fiction.

Ma collègue est dingue de science-fiction. Son truc, c’est la hard science, un genre de SF très documenté qui colle au plus près au vraisemblable. Elle m’a conseillé de lire Les Affinités de Robert Charles Wilson. On y suit Adam Fisk, graphiste un brin solitaire et sans emploi, qui trouve dans un test cognitif truffé d’algorithmes de quoi relancer sa vie sociale. Après avoir passé l’examen, le héros est inclus dans une Affinité, une communauté d’individus triés sur la base de critères scientifiques. Rapidement, il y découvre un confort affectif qu’il n’imaginait pas, adopte une vie de libertin, se voit même confier une mission risquée.

Les Affinités est à lire. D’abord, il est écrit dans un style limpide et accrocheur. Ensuite, il donne à réfléchir car il nous concerne. L’histoire se déroule dans un avenir proche. Les Affinités forment des tribus où ne se fréquentent que ceux qui se ressemblent et partagent les mêmes traits particuliers, discréditant les autres groupes de socialisation, au premier rang desquels la famille, matrice par excellence de l’apprentissage affectif. Elles sont aussi des réseaux d’influence qui subvertissent le jeu politique traditionnel.

À mes yeux, la question essentielle et passionnante que pose Les Affinités est celle du déterminisme. Quelle marge de liberté nous reste-t-il quand la science pourvoit à nos amitiés ? Connaîtrons-nous un temps où les algorithmes décideront de nos relations d’après nos goûts, nos dispositions mentales, nos comportements antérieurs ? La vie de seconde main que nous connaissons sur la toile, sur les réseaux sociaux, n’est-elle pas une prison ouverte dont nous refusons de sortir, et nos envies, un simulacre de liberté qu’orientent les ingénieurs de la Silicon Valley ?

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