Des briques de confiance à la congruence

La quête de solutions satisfaisantes et simples à des problèmes complexes est un mélange de sprint et de marathon. Je dirais que c’est un trail extrême dans ce qui est parfois appelé l’innovation. 
Depuis le 2012, j’utilise très régulièrement le terme de congruence lorsque j’aborde les besoins d’innovation, ainsi de nombreux amis me demandent ce que ce mot signifie. 
En tentant une explication de ce concept, je vais essayer d’allumer quelques étincelles dans vos réacteurs d’innovations.

Le mot latin “Innovare” signifie « revenir à, renouveler ». Ce mot se compose du verbe novare et de la racine novus, qui veut dire « changer », « nouveau », et du préfixe in-, qui indique un mouvement vers l’intérieur.
Photo credit: Profound Whatever via VisualHunt / CC BY-NC-SA

Pour voyager et explorer dans les univers et les cultures de l’innovation il faut de grandes capacités en carburant. Un trail extrême cela puise dans vos réserves. Essayons donc de vous trouver des ressources soutenables et non finies de matières premières. Idriss Aberkane parle et écrit bien mieux que moi (étant souvent en critique et désaccord avec lui) sur la connaissance comme atout :

“La connaissance est comme la connerie : elle est infinie. Cela change tout. Si les matières premières sont finies, la connaissance est infinie. Donc si notre croissance est basée sur les matières premières, elle ne peut pas être infinie. Si elle est basée sur la connaissance, une croissance infinie est très facile à atteindre.”

Je vous propose ici de parcourir la possibilité d’un autre filon complémentaire pour composer votre essence hybride d’innovation : La confiance, comme un nouveau mouvement vers l’intérieur de ce qui fait de nous une humanité. 
Pour construire un système de congruence il faut des briques, essayons de comprendre ses briques. Cela nous permettra de mieux comprendre le concept puis ensuite appréhender son utilité pour résoudre des problèmes.

“La confiance est une nouvelle forme d’énergie”. Frédéric Mazzella, pdg BlablaCar

CAS DE CONFIANCE en 3 expériences

Je suis en recherche de la compréhension des interactions de confiance entre les humains depuis le début des années 2000. Je travaillais alors dans le secours d’urgence à personne, la protection des biens et de l’environnement contre les catastrophes.

Cas d’urgence
Il faut une infinie dose de confiance réciproque pour accoucher un femme en situation illégale sur le territoire nationale au cœur de l’ hiver à 4h du matin dans un appartement squatté avec 2 autres hommes en uniformes sombres.
Cette femme avait confiance en nous, nous avions confiance en elle. Nous ne pouvions nous comprendre par la langue, ce qui ajoutait à la nécessité d’interactions basées sur d’autres composants. Nous étions 3 pompiers à viscéralement lui confier nos espoirs d’un accouchement sans complication, elle était seule à remettre entre nos mains sa vie et celle de son enfant.

Pourquoi nous faisait-elle confiance ?

  • Parce que nous représentions une institution de confiance ? 
    // Fonctionnalité de tiers de confiance entre une personne et un besoin vital
  • Parce que nous avions les compétences apprises par la pratiques et la formation pour générer cette confiance? 
    // Mise en œuvre de savoir-faire spécifique dans une requête précise
  • Parce que le dénuement lié à l’urgence favorisait cette condition ? 
    // Contexte non modifiable et paradigme singulier d’interaction

Pourquoi nous lui faisions confiance ?

  • Car nous avions besoin de son lâcher prise pour faciliter le travail ?
    // Flux d’information Ad-Hoc
  • Car nous elle nous confiait sa vulnérabilité pour prendre soin du futur nouveau né ?
    // Abnégation
  • Car nous avions une obligation juridique de mise en œuvre de moyen et pas résultat mais une obligation morale de résultat ?
    // Paradigme de l’urgence : système de représentation permet de définir l’environnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire d’essayer de le comprendre ou de le prévoir.

Dans ce cas relevé depuis une expérience singulière plusieurs fois répété la confiance s’établit dans un interstice entre deux espaces culturels physiques par :

  • Un contexte d’exécution créant une forme d’obligation
  • L’ expression au delà du langage des besoins réciproques
  • Le don de ses qualités sans contreparties pour son intérêt personnel

Voici donc quelques grains, que j’avais perçu à l’époque, me semblant rentrer en compte dans la composition des interactions de confiance. 
J’ai encore matière à explorer et comprendre dans ces situations singulières répétitives surtout depuis que je suis de l’autre coté du miroir. Cela renforce ma conviction que la compréhension de ces briques de confiance est utile à la résolution de défis sociétaux et à l’amélioration de systèmes de chaines de transmission d’information, transparentes, sécurisées et fonctionnant sans organe central de contrôle.

License: CC0 1.0 Universal (CC0 1.0) Public Domain Dedication

Cas de l’effort
Dans une autre typologie d’urgence, et pour faire court, lorsque qu’une équipe de 8 à 15 personnes se met en action dans un appartement ou un entrepôt en feu pour rechercher d’éventuelles victimes et maitriser un sinistre, cela nécessite :

  • Synchronisation des actions et cohérence des décisions
    // Sécurité individuelle et collective
  • Un système de communication robuste et permanent
    // Feedback et réactivité élevée ; mise à niveau égal de disponibilité de l’information
  • Culture commune avec un langage commun
    // Espace immatériel d’expression collective

Dans la pratiques du sport à haute intensité ou à haut niveau, que ce sport soit collectif ou individuel, aucun athlète n’atteint un palier de performance satisfaisant sans :

  • Une confiance en lui-même et son organisme
    // Connaissance de soi — anthroposhère
  • Une confiance dans son équipement
    // Connaissance technologique — technosphère
  • Une confiance dans son système de préparation et d’exécution
    // Connaissance de son écosystème et de ses niveaux d’interaction (humain, matériel, immatériel) — ecosphère
“La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information.” Albert Einstein

Dans ce nouveau cas la confiance s’établit dans un espace dactivités socio-professionnelles par :

  • Un contexte d’exécution nécessitant une très haute implication
  • L’ expression des expériences accumulées
  • La visée d’un objectif défini avant la mise en action
Photo credit: USACE Europe District via Visualhunt.com / CC BY

Cas numérique

Je reprends ici mot à mot en fil de cas un échange mail de février 2016

Je m’interrogeais à l’hiver dernier, lors d’un tour de France sur le transmission des savoirs, sur les espaces non conquis par les sites internets et apps tels que, par exemple, couchsurfing.com, Mon petit voisinage (pour les régionaux BZH), Peuplades, la famille des covoiturage et j’en oublie.

Pas d’économie collaborative, pas d’échange sans confiance. 
Je m’explique :
 Si l’on prend le cas du couchsurfing pour les nomades, aucun des exemples cités ci dessus ne permet une réelle situation de confiance et ne permet une liste simple de solution satisfaisante à un problème, se loger chez l’habitant sans frais lors de déplacement divers.

Côté marchand et déplacement, blablacar ou Uber le font très bien. Effectivement, le couchsurfing est basé sur du non-marchand. La comparaison reste donc superficielle.

Autre cas, toujours dans le nomadisme, se rendre dans une ville pour y donner conférence ou autre prestation et chercher à rencontrer des pairs ou des “communautés” connexes à nos intérêts n’est aujourd’hui, il me semble, réellement faisable que par jeu de réseau personnel ou par recensement de l’écosystème local. 
 Là encore, il semble qu’un espace est laissé vide par les exemples cités plus haut.

Troisième cas, nomade toujours, en se trouvant dans la position de catalyseur de synergies entre différents acteurs, ex: sur le grand Ouest, je ne vois actuellement que la solution de provoquer ou organiser des rencontres physiques par méthode de la bonne vieille huile de coude, pas par la technologie.
 Ici encore un espace non conquis?

Je te sollicitais alors l’ingénieur social, sociologue Nathan Stern (qui a collaboré à la plateforme Peuplade) pour éclairer mes lanternes.

Je posais trois questions sur les sujets abordés :

1/ Quels sont les obstacles à la conquête de ces espaces par les sites internets et apps?

Nathan Stern : La notion d’espace ne me paraît pas très claire. Parle-t-on de territoires où il y a peu de membres ? D’aspects de la vie qui n’ont pas été colonisés par les plateformes collaboratives ? Si c’est la seconde définitions, ces espaces mériteraient d’être distingués les uns des autres selon moi, parce que ce ne sont pas les mêmes freins qui entravent les rencontres entre entrepreneurs et le couchsurfing à Rennes.

Mais parmi les raisons qu’on peut envisager :

Pas de modèle économique. Trop peu de contributeurs (masse critique impossible à trouver). Usage trop peu fréquent pour qu’on se souvienne que ça existe.

2/ Il y a t-il des études, investigations, réflexions profondes sur le sujet?

Nathan Stern : Je ne saurais dire… Sorry !

3/ Faut-il une révolution culturelle plus qu’une évolution technologique pour engendrer des solutions à ses problèmes?

Nathan Stern : Sans doute, mais en moyenne, il suffit de faire gagner ou économiser de l’argent aux gens et de jouer le rôle de tiers de confiance en se donnant une image glamour pour que la révolution culturelle ait lieu. AirBnB nous fait accueillir des gens qu’on ne connaît pas dans notre baraque quand on n’y est pas… Si c’est pas de la révolution culturelle, ça :-)

Un papier dans le blog de Welp où je m’étends un peu là dessus : https://www.welp.fr/blog/post/trois-questions-a-nathan-stern

Merci Nathan
Ps : La prochaine fois, j’attacherais plus d’attention à définir ces fameux espaces que je perçois par empirisme mais dont j’ai encore des difficultés à modéliser le concept et à les expliquer en écrits concis.

Si aujourd’hui la technologie et le numérique nous abreuvent de belles promesses renforcées de stratégies de communication habile, je conserve la certitude par l’expérience du vécu que ces outils n’ont pas encore apporté de solutions satisfaisantes et simples à des problèmes ennuyeux. 
Pour résumer, il y a de la place pour innover, renouveler, inventer ou disrupter à condition de choisir des carburants à base de confiance et de connaissance.
Il en demeure donc toujours plus d’espaces d’interactions matérielles et immatérielles à explorer qui nous sont ouverts chaque jour un peu plus par l’évolution technologique.

L’ exemple de The DAO et Ethereum pourrait ravir à certain l’envie d’apposer un exemple de briques de confiance orchestrées en chaine efficiente par la technologie. Je trouve dans ce cas que nous sommes encore dans un paradigme de comptabilité, certes augmentée, qui permet de crypter et sécuriser des échanges mais pas encore complétement dans une chaine de briques de confiance.
C’est une interprétation, je ne suis pas expert, je peux me me tromper et je laisse le champ exploratoire de l’évolution et diversification technologique ouvert pour prochainement apporter des réponses plus satisfaisantes, Hard Fork.

Photo credit: Toban B. via Visualhunt.com / CC BY-NC
L’ exploration serait le fait de chercher avec l’intention de découvrir quelque chose d’inconnu, un mot provenant du latin exploratio: observation, examen

Les lieux de fabrication (FabLab, Hackerspace…) et de travail communautaire (coworking, tiers-lieux…) n’échappent pas aux défis des interactions de confiance. Éluder cette épreuve en la masquant par des objets technologiques hypes ou des bâtiments totems est l’une de causes principales d’échec dans ses aventure naissantes et foisonnantes. Il s’agit ici avant tout de culture qui s’exprime par un langage qu’il faut comprendre pour interagir, d’usages et de pratiques, auxquels il faut s’acculturer, qui se développent bien au delà de 4 murs et un toit pour grandir.
Il nous faut concevoir des briques de confiances avant d’installer une imprimante 3D et cultiver les interactions avant courir après un taux de remplissage ou visibilité (So 90’s comme metric au passage (ーー;) ).

Nourrissez vous de l’intervention de l’ami Yann Heurtaux à Nantes avec un quelques bonnes vibes sur les intérêts de la confiance et l’utilisation du “Co” dans le langage:

Dans ces cas liés au numérique la confiance s’établit dans un espace dématérialisé et acentralisé (schéma B souvent ou C parfois) par :

  • Un contexte d’exécution entropique
  • L’ expression de langage commun dans des usages spécifiques
  • Les échanges pair à pair facilités par l’outil
Je tente d’approfondir la compréhension de ces cas d’études avec des spécialistes des humanités numériques. Il semble que je ne parle pas assez leur langage et ne maitrise pas assez leurs pratiques pour créer un espace de confiance et des temps d’interactions. Si vous avez un ou une collègue dans ces univers … envoyez lui un message avec cet appel…

Au détour de quelques expérimentations et explorations, nous avions, avec Nicolas Loubet, assisté à une conférence de Carlos Moreno sur la ville intelligente à l’automne 2015. Après sa conclusion autour des algorithmes reposant sur la modélisation des comportements psycho-sociaux en milieu urbain (Uber, Air BnB, Amazone…)et son appel pour une ville humano-centrée, j’avais posé une seule et unique question en toute fin de parole publique :

“ Où et comment naissent les interactions de confiance ? ”

Le Bretagne Lab Tour 2015

Sa réponse fut une invitation à discuter hors des cadres conférenciers. Nous en avions profité pour lui transmettre un artefact issu de la fabrication numérique facilitant l’accès a de très nombreuses collaborations par interactions de confiance documentées en intelligences collectives. 
Ce moment singulier permit d’établir les premiers ingrédients d’une autre brique de confiance, Carlos Moreno deviendra en mai 2016 le Parrain du LabOSE (que j’ai déjà évoqué plus haut).

La singularité, ici son analogie depuis la physique et la cosmologie, est un bon ingrédient pour concevoir des briques de confiance.

“Distinguer le «raisonnable» et le «rationnel». Le premier inclut l’intuition et l’affectif. Le second n’implique qu’un déroulement correct du processus logique.
L’ Espace prend la forme de mon regard” Hubert Reeves

Passer des cas à la construction
Ce n’est pas la panacée d’avoir une idée des ingrédients qui composent un matériaux de construction. Sans savoir-faire pour les cuisiner puis les imbriquer, sans vision à long terme et sans culture c’est juste une information de plus dans un nouveau monde qui en déborde déjà.

Une start-up qui disrupte n’est pas que le simple enchainement de Lean canvas ; une entreprise qui innove n’est pas qu’une structure en couche agile ; un territoire résilient n’est pas qu’un point d’attraction économico-touristique ; une ville intelligente n’est pas qu’un empilement d’objets connectés énergivores ; une communauté créative n’est pas que du fun et des outils high-tech.
Toutes ses volontés d’innover ne pourront devenir réalité que dans un espace-temps basé d’abord sur des interactions de confiance fortes et entretenues entre humains, dans un espace-temps de libre circulation de la connaissance. Du point de vue éthique comme du point vue stratégique (stabilité et durabilité du modèle), il me semble que c’est pas trop mal comme conception de paradigme. Concevoir et rendre opérationnelle une nouvelle zone d’innovation est un beau challenge qui mérite application et sérieux.
 L’ humain d’abord est certainement le meilleur conseil à porter aux yeux et oreilles de celles et ceux qui veulent combler les besoins en innovation. La conception d’un système d’interaction et de circulation de la connaissance est incontournable.


LA ZONE DE CONGRUENCE

Si vous n’avez pas abandonné la lecture et que vous arrivez jusqu’ici je serais flatté de la confiance que vous m’accordez déjà.
Je n’ai plus qu’a tenir ma promesse de tenter une explication de la congruence compréhensible par vous et mes amis.

Maintenant que nous avons légèrement parcouru les briques de confiance et leurs ingrédients, il est en enjeu d’utiliser cette ressource pour construire quelque chose de désirable, soutenable, frugale, répondant à un ou plusieurs problèmes complexes n’ayant pas trouvé de solutions satisfaisantes. Une forme d’expérimentation radicale comme certains l’écrivent.

Large Hadron Collider — Photo credit: Jody Art via Visualhunt.com / CC BY-NC-ND

Au détour d’une anecdote

Suite au précédent article Medium sur un Summer Camp, une amie me demanda ce qu’était la congruence. Comme elle n’était pas la première personne à m’interroger sur ce concept que j’essayais d’essaimer, je décidais d’y aller avec des images et de l’explicite pur lui répondre.

Depuis quelques années, le terme de convergence est utilisé pour parler et définir l’innovation, notamment depuis le rapport Nordmann. C’est un peu comme concevoir un entonnoir dans lequel on invite les personnes et organisations à se précipiter plus ou moins volontairement, puis on presse tous cela pour obtenir quelques gouttes de hectare concentré, très rare, très cher et très “innovant”, tout en laissant écrasés sur les parois de l’entonnoir celles et ceux qui ont servit à produire ce nouvel or. Évidemment ces gouttes profitent à ceux qui ont poussé le pressoir et qui n’étaient pas dans l’entonnoir.

Ouais, parfois je suis provocateur…

La congruence est un système d’innovation basé sur la confiance dans lequel on conçoit un espace-temps, non contraignant mais avec des bords permettant le rebond, pour mettre en mouvement, donc en énergie, des acteurs dont on espère qu’ils vont se rencontrer, se collisionner, pour offrir des résultats en chaine qui profiteront à tous. Il n’existe pas de certitude sur les retombées mais une confiance très élevée sur l’atteinte des objectifs visés et surtout une presque certitude que les résultats non prévus de ces collisions amèneront tout autant, si ce n’est plus, d’innovation et de solution. 
Une métaphore très rapide du Large Hadron Collider (en détail photo ci dessus).

Ouais, parfois je suis utopiste….

Cette amie m’a confié avoir mieux cerné ce que je voulais exprimer à travers l’utilisation du mot congruence appliqué à l’innovation et la pensée que je voulais démocratiser.

A gauche une gouvernance pour entonnoir, à droite une gouvernance pour congruence

J’avoue volontiers qu’au delà du jeu léger des images fortes et du discours engagé, le sujet est plus complexes, comporte plus d’enjeux et se compose de beaucoup plus de couleurs que le clair et l’obscur.

Du concept…

D’où vient cette idée de sortir du paradigme de convergence ?
Disons simplement que je ne trouvais pas raison de croire, de m’épanouir et de cultiver dans le paradigme qui existe toujours dans l’innovation de convergence. Il me fallait rechercher un système dans lequel les briques de confiance et la libre circulation de la connaissance servait de matière première ( The resource-based view)

Use congruent triangles to prove that he was correct.

Congruence :

  • Littéraire. Fait de coïncider, de s’ajuster parfaitement.
  • Qualité d’une articulation ou d’une anastomose dont les deux parties s’adaptent parfaitement.
Sciences humaines et sociales, selon wikipédia :
En psychothérapie, congruence est le terme employé par Carl Rogers pour indiquer une correspondance exacte entre l’expérience et la prise de conscience.
En géographie, la congruence est « l’adaptation réciproque »2.
En sémiotique, on parle de congruence lorsque des homologies partielles peuvent être établies entre différentes couches de signification, au sein d’un système pluri-isotopique. On parle, en littérature, de congruence entre isotopies ou entre schémas narratifs, ou encore de congruence énonciative 3
Biologie
En anatomie, on parle de congruence des surfaces articulaires. Deux surfaces sont congruentes lorsqu’il y a un emboitement parfait, c’est le cas de l’articulation coxo-fémorale. Contrairement à l’articulation du genou où les surfaces articulaires sont rendues congruentes par les ménisques.
En phylogénie, on parle de congruence entre deux arbres lorsqu’ils sont symétriques et montrent une coévolution entre deux groupes

La congruence peut être envisagée comme un système de transformation pur résoudre simplement et efficacement des problèmes complexes sans alternatives satisfaisantes.

Congruence Model Nadler Tushman : for Organizational Behavior is a classic open-system fit model.

La découverte de la congruence, c’est pour moi une rencontre en 2012, ou plutôt une collision, qui m’amena à lire Perceived Value Congruence and Team Innovation et m’interroger profondément sur le monde que je voulais voir advenir alors que je quittais les pompiers pour l’entrepreneuriat et “l’innovation”.

« A horizon 2040 : à quoi ressemblera l’écosystème numérique ? Joël de Rosnay

En 2013, la commission innovation 2030 présidée par Anne Lauverjon a sélectionné les 7 secteurs de croissance de l’économie nationale qui servent de cadre au lancement du premier Concours Mondial d’Innovation :

  • Stockage d’énergie
  • Recyclage des matières
  • Valorisation des richesses marines
  • Chimie du végétal, protéines végétales
  • Médecine individualisée
  • Silver Economie
  • Big Data

La convergence de ces 7 domaines et des tendances technologiques pointées par les études publiées était parfaite. Presque trop et surtout révélatrice d’une carence de vision à long terme.
La nécessité d’une acceptabilité sociale des innovations technologiques est certes en accélération mais reste longue à supporter pour une économie pétro-sourcée et un paradigme en disparition, ce rapport proposait alors une vision congruente de ces technologies, non seulement leur interaction entre elles, mais aussi leur impact sur une utilité sociale redécouverte.

J’y voyais là, et maintenant je le touche du bout des doigts, l’ouverture à des champs exploratoires des interactions de confiance, l’ouverture d’une société où l’économie et la biosphère serait réconciliées, des domaines d’innovation basés sur d’autres ressources telles que la connaissance et la confiance. Des matériaux nouveaux pour construire un paradigme nouveau dans la congruence.

Photo credit: Ars Electronica via Visual Hunt / CC BY-NC-ND

… A l’application de la Congruence

Par curiosité et par plaisir, je me suis rapidement intéressé à l’institut des futurs souhaitables et surtout à Joël de Rosnay.
“ En ce temps de grands bouleversements, l’Institut des Futurs souhaitables propose de s’extraire des contingences d’un monde qui finit pour explorer les réalités d’un monde qui s’annonce” IFSouhaitables.

Je découvrais alors 5 fusions technologiques fondamentales à venir par effet de congruence :

  • Une fusion de l’espace et du temps d’Internet. Sa dimension “spatiale” (toile, page, lien, adresse,site) va évoluer vers une troisième dimension engendrant un flux ininterrompu mêlant passé, présent et futur.
  • Une fusion du numérique et de l’énergétique, avec la création du smart grids (ou réseaux intelligents) et le développement d’EnerNet : un Internet de l’énergie en peer to peer.
  • Une fusion du numérique et du matériel, avec la réalité augmentée et le développement rapide de l’industrie 2.0 et l’incrémentation des d’imprimantes 3D, l’explosion de l’autoproduction.
  • Une fusion du numérique et du biologique avec la e-santé (la santé 2.0) : possibilité de partager en temps réel un tableau de bord santé avec son médecin. Va modifier radicalement la stratégie de l’industrie pharmaceutique grâce à une “prévention quantifiable”.
  • Une fusion du corps lui même avec la totalité de l’écosystème numérique : après la “réalité augmentée” et “l’environnement cliquable”, le Symbionet (ou Web 5.0) représente une étape de l’évolution massive d’Internet avec des interfaces directes entre cerveau et ordinateurs, transformant les humains en “neurones” d’un macro-organisme planétaire.

Vertigineux est l’avenir lorsque tu tentes de t’y plonger. La congruence à l’état de matière brute qu’il reste à travailler est étourdissante. Cet amas cosmiques d’opportunités, de promesses, de potentiels, de risques m’effraie. Rien d’étonnant, nous avons très souvent peur de ce que nous ne connaissons pas. La peur de l’inconnu frein à la confiance qu’il faut apprendre à dépasser.

Je ne tiens pas céder ma liberté et celle des générations futures à la paresse face à ces enjeux, je préfère bien plus explorer, expérimenter, cultiver autour des briques de confiance et de la libre circulation de la connaissance pour permettre à de nouveaux paradigmes d’éclore sans même que je ne puisse avoir la certitude du résultat final ni le posséder.

Capter, ordonner, gérer dans la douceur nourrie de nos désirs disparates sur un lit d’angoisse homogène: vouloir le contrôle de nos vies dans l’optique de les rendre améliorable. Ceci n’est pas souhaitable.
Il nous faut nous affranchir de notre fonction d’humain-machine héritée des révolutions industrielles du 20e siècle, il nous faut nous désincarcérer de l’affrontement avec le logiciel. Dans le cas contraire nous serions recyclés ou dévorés. ( Je recycle ce que j’avais écrit dans Le logiciel dévore le monde, marchons dans le Dehors)

Exemple de congruence appliquée à la connaissance liquide et passeurs de savoirs

Construire des briques de confiance et faire circuler la connaissance est un travail de longue haleine, une course de fond.
C’est une temporalité lente de flux qui s’entrechoque avec l’accélération exponentielle des flux technologiques, notamment de l’information et de la donnée. Une coévolution entre deux groupes…

Ouverture

Une autre piste importante pour l’application de la congruence est la possibilité d’anticipation des interactions, des croisements, des hybridations.
Plus attractif encore pour des entreprises et des décideurs, il s’agit d’apercevoir avant leur occurrence les chocs entre les innovations proposées par certaines technologies de rupture et leur acceptabilité sociale. Un peu comme un LHC…

La blockchain est cas d’étude intéressant. Son rejet épidermique par certain et corporatiste par d’autre pourrait retarder son développement sur des applications industrielles strictes, et il nécessitera X années de plus pour en dégager des applications utiles et acceptées par les professionnels de terrain et les « end users ». 
OU pas du tout de retardement…

“Une approche outillée de la congruence incite à rechercher les tendances technologiques que ni se parlent pas, mais aussi à s’interroger sur les zones à venir de choc, d’affrontement entre ces technologies et les montées en force des sociétés civiles, des autres formes de démocratie sociale et politique qui émergent dans d’autres lieux, dans d’autres temps, et qu’il faudra bien apprendre à lire et à anticiper.” — Jean-Philippe MOUSNIER,

Est-ce que Nuit Debout ou Kickstarter as public-benefit corporation ont surpris tout le monde ? 
Ce qui a surpris, c’est la capacité de juxtaposition à un moment singulier de courants d’opinions et de cultures différents, voire contraires qui se sont fusionnés. 
Une illustration d’un nouveau modèle qui oblige à élargir le « périscope » d’une prospective trop spécialisée et trop ciblée. Il faut même sortir du sous-marin étanche d’experts pour comprendre ces nouveaux modèles.

Ah, oui, petites questions de fin :

Ai-je posé assez de grains de confiance dans ces lignes pour mériter un intérêt d’interaction de votre part ? 
Si oui, pourquoi ne franchissez-vous pas le pas en ouvrant le débat sur cet article ou m’envoyant en message ?

Ressources sur ces sujets

Photo credit: anjan58 via Visualhunt.com / CC BY-NC-ND

Ps : petite blague pour Maxime Lathuilière “La congruence modulo n de deux entiers relatifs… FizzBuzz”