L’innovation est complètement à l’Ouest et c’est tant mieux

Là où les choses se font sans prétention de racolage ni flatterie perverse, les innovations poussent, enracinées dans un terreau au sens profondément légitime, comme des aigrettes essaimant vers de nouveaux univers.

Après une semaine en immersion et résidence à Concarneau, je donne à lire ici mon ressenti sur un lieu atypique et sa communauté.

Il en est ainsi une réalité en éclosion à l’ouest de ceux qui vivent à l’ouest, à Concarneau en Cornouaille bretonne, la base Explore, sur le port du Moros, pourrait salutairement inspirer nombre d’incubateurs, accélérateurs ou espaces de coworking. Ils sont légions ces espaces qui promettent le “bien ensemble” et une mise sur orbite façon NASA. Plus rares sont les écosystèmes pensés comme tels et développés autour d’une culture commune centrée sur l’humain.
Ce qui se passe à Concarneau, dans et autour de cette Base Explore avec l’utilisation de concepts nomades (je reviendrais plus bas sur ce concept), est une belle preuve que les innovations naissent et grandissent dans les terres fertiles jardinées avec bienveillance et collaboration. 
Roland Jourdain a créé un lieu où cohabitent son entreprise Kairos (course au large et R&D sur biocomposite) avec des start-up (inoblock, EpOh…) et les projets soutenus par le fond Explore (Nomade des mers, UTP…)

COMPRENDRE
 Il nous faut mieux comprendre le fonctionnement de notre planète.
 Pour cela l’exploration nous invite à sortir des sentiers battus pour produire de nouveaux savoirs.
INNOVER
 Il nous faut innover pour apporter des solutions technologiques qui réduisent l’impact humain sur la nature.
 Résoudre les problèmes de demain est un champ d’exploration illimité où l’audace peut s’exprimer concrètement.
SENSIBILISER
 Il nous faut partager avec le plus grand nombre pour devenir tous acteurs du changement.
 Car dans un monde qui change il faut apprendre à s’adapter et collaborer pour relever les défis à venir.
A lire sur : www.explore-jourdain.com

Qui sont ces explorateurs? Et pourquoi ça marche?

Après plusieurs passages sur places, quelques collaborations avec certains d’entre eux et une semaine passée en résidence chez eux, je crois avoir flairé quelques parfums d’innovations. Je vais tenter de vous en donner la recette.

QUI?
L’exploration serait le fait de chercher avec l’intention de découvrir quelque chose d’inconnu, un mot provenant du latin exploratio: observation, examen.

Dans ce petit bout de monde cohabitent, et surtout vivent ensemble, start-ups performantes, associations et projets atypiques, nomades bienveillants, scientifiques de passages, collaborateurs de grand groupe en escale.

Point besoin d’être en bord de seine pour attirer ceux qui font aujourd’hui et inventent demain, les bords du Moros savent tout autant se muer en un pôle d’innovation.

Dans les joyeux explorateurs que vous pourriez croiser citons Ino-Rope, une start-up qui ne cesse de grandir et de franchir les paliers économiques.

Citons également ePoH, autre start-up de la mer dédiée à la conception pour la pratique et l’expérience de nombreux sports de glisse

Ces infatigables passionnés de nautisme croisent régulièrement Nomade des Mers: une aventure d’association collaborative sur les Low-techs.

Nomade des Mers - Low-tech Lab
3 ans d’expéditions autour du monde et un plateforme pour co-créer un catamaran laboratoire des lowtechs. Pour aller à la rencontre d’inventeurs géniaux et d’initiatives inspirantes tout en se confrontant à l’autonomie en mer

Low-tech?

Utile et accessible
Par définition, une low-tech est un système simple qui répond à des besoins de base (accès à l’eau et à l’alimentation, production d’énergie et de matériaux, etc). Elle doit donc être accessible, c’est à dire peu coûteuse et réalisable avec les ressources locales.
 Respect de l’environnement
Afin de servir l’Homme, mais également son environnement, la low-tech est un système qui utilise peu de ressources lors de sa fabrication et de son utilisation. Elle privilégie également les ressources renouvelables et locales et réduit ainsi son impact environnemental au minimum

Pour continuer la liste des ingrédients qui font la saveur de la base Explore, il y a l’éuipe Kairos, permis, sur le trimaran Gwalaz, de valider le remplacement des composites classiques (fibre de verre, âme PVC) par des matériaux biosourcés : fibre de lin, liège, balsa et une résine avec 30% de molécules végétales.

Toujours plus loin dans l’intention de découvrir quelque chose d’inconnu, il est passionnant et enrichissant d’être au contact de ceux qui ont marché sous les pôles. Une performance technique, humaine et scientifique qui ouvre des chemins d’innovations encore trop peu empruntés.

La liste des explorateurs composants l’écosystème d’Explore s’enrichit avec:

  • Va’a motu, projet expérimental de construction de bateau de travail à la voile respectueux de l’environnement en Polynésie
  • Jute Lab, fibre de jute pour des applications composite au Bangladesh
  • robot sous-marin open source : l’OpenROV Explore

Si vous êtes attentifs lors d’un passage dans ces murs accueillants, vous aurez le plaisir de croiser Jean Pierre Nicolas, ethnopharmacologue qui partage volontiers ces savoirs et ses plants; des collaborateurs d’ Eurolarge est venus découvrir les biocomposites; la fondation du Crédit Agricole réalisant son AG pour respirer l’ambiance Explore; un groupe de collégiens en formation sur les sciences marines participatives, Lost in the swell, l’aventure maritime de 3 surfeurs bretons; et certainement bien d’autres faiseurs de demain.

Pourquoi ça marche?

Innover n’est un pas un mot que l’on jette au vent sans avoir pris la peine de le comprendre. Pour qu’il puisse servir de voile dans le vent, il faut connaitre les vents et avoir des voiles.

le mot latin “Innovare” signifie « revenir à, renouveler ». Ce mot se compose du verbe novare et de la racine novus, qui veut dire « changer », « nouveau », et du préfixe in-, qui indique un mouvement vers l’intérieur

L’innovation ne peut être confondue avec l’invention, qui propose ce qui n’existait pas. 
L’innovation part de l’existant qu’elle réorganise dans sa structure interne. Radical quant à lui vient du latin “radix”, la racine. L’innovation radicale est donc la réorganisation profonde, à la racine même du système, d’éléments qui existent déjà.

Chez Explore ils innovent radicalement et partent à la découverte de ce qui n’est pas encore connu.

Pour rendre cette utopie concrète, ces explorateurs font une cuisine simple, évidente et efficace:

  • Cohabiter et vivre ensemble dans un même espace et des ateliers communs de prototypage. 
    Il ne s’agit pas ici d’occuper simplement un bureau ou de louer un box coupé du monde. Les échanges de bon procédés, de services se passent sur les canapés dans l’espace commun d’accueil ou dans les bureaux des différentes structures.
  • Manger. Exit le sandwich triangulaire, ici vous êtes dans le même bateau, vous manger donc en équipage tous ensemble en convivialité. Il y a des business et des contrats qui se crée et s’échange autour d’une assiette.
  • Une Culture Commune.
    Vous serez vite frappé par l’envie des start-ups présentent, des associations, des personnes de passages, de résoudre de grands défis avec des résultats probants dépassant les grands discours.
    Ensuite la mer et plus largement les problématiques environnementales sont bien présentes dans le socle commun. 
    Chacun vient d’univers différents avec des spécialités différentes et des mots techniques différents pourtant il y a un langage commun entre ces différents acteurs qui dépasse les spécialités. Cela permet de faire vivre la communauté. 
    Faire. “Celui qui fait est légitime” écrivait Michel Lallement, ici la transdisciplinarité n’est pas loin des seuils de chacun, car tout le monde s’affaire, s’entraide sans hésiter en se lançant dans une collaboration sur un univers qui n’est pas le sien au départ. Et ça prototype dur dans les murs d’ Explore.
  • Transdisciplinarité et concepts nomades. Le 1er processus d’intégration et de dépassement des disciplines vise la compréhension de la complexité du monde moderne et présent. Ce processus qui transpire chez Explore est assez bien illustré par la position et les action d’Emmanuel Poisson Quinton. Un ingénieur agronome, responsable des projets chez Explore, rompu aux sciences marine participatives, aiguisé et avisé sur les Low-techs, bricoleur de drone sous marin high-tech, n’occupe pas un siège de chef d’orchestre mais un rôle de catalyseur inter-projet, de bâtisseur de futurs et communs souhaitables. Le tout est cultivé dans une transversalité qui permet la circulation des concepts nomades.
    Un concept est une représentation générale et abstraite de la réalité d’un objet, d’une situation ou d’un phénomène (dans le cas présent, l’objet et la situation sont les disciplines et leurs pratiques). 
    Le nomadisme est un mode de vie fondé sur le déplacement ; il est par conséquent un mode de peuplement (matériel, immatériel, intellectuel, culturel..). Les concepts nomades sont ainsi des ensembles connaissances/savoir-faire/capacités que l’on déplace d’une cellule technique ou d’une discipline à une autre. 
    C’est un phénomène naissant sur la base explore mais qui a l’avantage de se dérouler naturellement grâce à un bon travail de conception de l’écosystème.
    NB: Conceptus (qui signifie « contenir, tenir ensemble », dérivé du verbe concipere signifiant « concevoir »)
  • Expérimenter, se planter, recommencer, tester, améliorer, itérer, partager et tout ça pas forcément de le même ordre.
  • Le chemin est plus enrichissant que l’arrivée… Conserver cette philosophie d’entrepreneuriat n’est possible que par le soutien à l’individu par la communauté peuplant les lieux. La communauté permet la mise en capacité de l’individu, sa résilience et par corollaire la communauté profite des mêmes processus. Bottom Up is beautiful

Ce qui n’empêchera pas de faire une belle fête à chaque arrivée et à chaque objectif d’exploration atteint.

Les apéros entre Exploreurs, start-upers, scientifiques, nomades, institutionnels jouent également un rôle dans cette délicate cuisine sociale. Je vous laisse en haleine de le découvrir par vous même plutôt que de la raconter ici.
Confidences personnelles après expérimentation

Je dois l’avouer, j’ai pris un grand plaisir lors de cette semaine de février à vivre ces choses de l’innovation et de l’exploration depuis l’intérieur. Cela m’a permis d’avancer à grande vitesse dans mes travaux professionnels sur le Biomimétisme, les pratiques collaboratives et la genèse et entretien de communauté. 
Si l’on ajoute à cela le cadre de vie assez exceptionnel à Concarneau, il ne teindra pas à un fil que certaines et certains aient envie de s’y installer. Si vous le faites pas, je risque de vous griller la politesse car honnêtement quelques mois sur place me tentent de plus en plus.

Que vous soyez ou non une start-up, une associations ou une idée naissante avec des projets fous pour le monde demain, prenez quand même le temps de passer à la Base Explore, rue de senneurs, sur le port du Moros à Concarneau.

Si vous êtes un hubTech, un accélérateur, un incubateur, laissez de coté vos bâtiments amiraux ou totems (Capital Factory à Austin fait ça très bien, mais le Texas c’est pas la Bretagne et les USA c’est pas la France…) et venez prendre une rasade d’embruns qui vous aidera à progresser dans vos ambitions et vos concrétisations.

Si vous avez des velléités d’investissements financiers pour co-construire un nouveau modèle, un nouveau monde où l’homme et la nature ont toute leur place, vous savez désormais où vous adresser et surtout que les résultats sont déjà au rendez-vous.

Enfin, si j’étais un peu moins rêveur dans l’âme, je viendrais la prochaine fois installer des cultures d’OpenBioFabrics chez Explore pour que des tissus (vêtements, équipement de mobilier ou bateaux…) poussent depuis des bactéries et des levures (une exploration que nous mettons en place avec Sabrina Maroc, Charleyne Terry et moi même). Je trouverais cela drôlement intéressant les frottements des univers avec Combios, Kairos et ce projet. 
J’en profiterais pour développer les recherches sur la production de latex à partir de pissenlit et je testerais des algues productrices d’électricité.

J’aime être à l’Ouest, j’aime les gens à l’Ouest… ils ont le regard tourné vers la mer, vers l’horizon qui annonce un renouveau toujours les soirs, ils ont le regard tournée vers l’avenir.

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