L’affaire Etienne Klein : Réécriture des mythes à l’heure du tout-numérique

C’est l’histoire d’un mec que l’on a tous encensé et que nous nous apprêtons à descendre en flammes, tel Icare s’étant trop approché de l’astre solaire. Ce “mec”, c’est Etienne Klein. Multi-chroniqueur scientifique, on retrouve sa bonne bouille de professeur Tournesol dans les meilleurs canards de la cité. Il a été, pour moi, un précurseur dans mon envie de littérature scientifique. Mieux, il m’a ouvert à des contrées d’astrophysique inexplorées.

Ce n’est pas sans risque que l’on s’attaque à Klein. Il est aimé autant qu’il est vilipendé par une partie de la communauté scientifique, qui pointe ses approximations notoires et sa vulgarisation bancale.

Résumons la situation : Dans un article paru dans l’Express et signé Jérôme Dupuis, on relate ses multiples copier-coller, non-assumés, et qui relève à de nombreuses reprises, du plagiat total. Et quand on est — comme moi—un admirateur de ce-dit Monsieur, on tombe carrément des nues. Et c’est là qu’une réflexion sur la construction des mythes dans notre univers 2.0 doit se faire.

Le charisme de Klein est indéniable. Avec sa voix basse, ses octaves ondulées, Klein est une machine à conter. Alexandre Astier en a fait un de ses conseillers pour l’Exoconférence, et c’est à la radio qu’il a connu ses lettres de noblesse donnant à l’auditeur, la joie de toucher de près les plus belles énigmes de la Science.

Le problème ici ne vient pas que de lui. Il vient également de nous. Grâce à l’émergence des podcasts, des vidéos, et des pastilles sur toutes les sciences, nous en avons oublié le fondement même de notre rapport à ses supports numérique : L’analyse critique. Qui remettrait en cause aujourd’hui les dires d’un homme à qui toutes les portes médiatiques s’ouvrent ?

Le cas Etienne Klein est à rapprocher sensiblement de celui d’Idriss Aberkane, ce faussaire de génie à qui les paillassons des studios télé ont fait la révérence pensant qu’il allait révolutionner le mode de fonctionnement de notre cerveau. Ce n’est que quelques semaines, voire quelques mois après sa valorisation télévisuelle, que de vrais scientifiques et experts en neuro-sciences se sont penchés sur son cas et ont analysé finement la supercherie.

Il devient indispensable dès lors de se soumettre à un examen critique poussé. Les algorithmes qui nous proposent des vidéos, des écrits, des supports scientifiques ne doivent pas penser à notre place. La popularité ne doit pas forcer la légitimité à se rendre clandestine.

Non, Etienne Klein n’est pas un ignare. Il n’est pas idiot. Mais il n’est pas celui que nous croyions. Celui que nous avons voulu voir à travers le prisme d’une réalité biaisée par les suggestions, les likes et les passages télés. Etienne Klein nous a déçu. Grandement. Mais il nous permet de nous replacer, nous internaute lambda, dans une réalité saine.

Celle du recul, de l’esprit d’analyse, de la nécessité d’une lumière critique sur toutes choses émanant du Web.