Macron ou le post-bonapartisme

“Jupitérien”, “Gaullien”, “Mitterrandien”, les épithètes historiques et déistes n’ont pas cessé à la une des journaux pour qualifier le nouveau président. Mais cette nouvelle dimension, cette sacralité prétendument retrouvée, n’est-elle pas le début d’une dérive autoritaire ?

Bienheureux sont les éditorialistes qui voyaient en Emmanuel Macron un “nouvel Obama”. Le reliquat que l’on peut décemment offrir à comparaison entre l’ancien Commander in Chief et le tout nouveau président français, se situerait dans cette nouvelle communication fleurant le bon sentiment et la proximité avec le peuple. (Un enfant serré dans les bras, une joute de boxe, tout est bon dans le storytelling).

Mais ce que les journalistes politiques n’avaient pas anticipé, c’est le bonapartisme aveuglant qui transpire d’Emmanuel Macron. Dans cette révolution de palais qu’à voulu le nouvel élu, il y a une volonté de “re-mystifier” la fonction présidentielle. De contrer les courants d’air, de fermer les fenêtres et de faire valoir l’incarnation plutôt que la vision.

En rabrouant sèchement, lors de son discours à l’Hôtel de Brienne, les desiderata du chef d’Etat-Major De Villiers, Emmanuel Macron se place comme un chef de guerre qui, comme un miroir renversé du Congrès de Vienne de 1815, décidera lui même de l’avenir du monde. Le “Je n’ai besoin de nulle pression” qu’il a volontairement asséné à l’audience médusée aurait très bien pu se retrouver dans la bouche de l’Empereur face à ses généraux.

Emmanuel Macron a donc inventé le post-bonapartisme. Ce culte moderne de la personnalité qui mêle image d’Epinal et sur-émotion numérique. Cette volonté farouche de renouer avec une tradition perdue durant les mandats de Nicolas Sarkozy et François Hollande, quand politiques extérieures ET intérieures s’entremêlaient, ce goût immodéré pour la mise en scène cinématographique et romantique de la vie de président.

Il se veut être une figure de son temps, avec une envie (ir)raisonnée de se créer un mythe, une aura. Il reçoit les dirigeants qui, comme lui, se taille une réputation à leur hauteur (Poutine, Trump, Nethanyahu entre autres). Il est le Bonaparte des temps modernes, se jouant de l’Histoire et de l’alignement des astres.

Mais ce chemin gaullien qu’il trace n’est-il pas (déjà) le commencement de sa perte ?

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