Nous sommes tous des intelligences artificielles

Peut-on encore penser par nous-mêmes en 2016 ? C’est une question lancinante qui bouscule les idées reçues sur notre capacité à garder une critique constructive face au numérique et à ses enjeux. A l’heure où le géant américain Google promeut une réponse rapide, efficace et pertinente à toutes vos questions, les êtres humains lambda que nous sommes doivent se poser en gardien du temple des questionnements les plus profonds sur notre existence.

Il n’est pas évident aujourd’hui de se défaire des attaches numériques qui forgent notre quotidien. Un petit tour sur ce site e-commerce, un autre sur un moteur de recherche très connu, puis on va scruter avec peur et angoisse notre compte en banque. Nous vivons Internet comme une microscopie, sans jamais vouloir prendre un recul nécessaire. Pour sortir par le haut de cette situation, il faut échapper au cadre stricto sensu du numérique et se rapprocher des sciences humaines et d’une certaine philosophie de vie.

Prenons l’exemple du mythe de la caverne de Platon. L’allégorie de la Caverne donne une représentation imagée de l’état de notre nature relative à la connaissance et à l’ignorance. Elle n’a pas seulement une valeur didactique pour tel point particulier de la philosophie. Elle résume, en fait, la condition humaine dans son rapport à la connaissance, mais aussi ce qu’est la dialectique et en quoi consiste la vocation du philosophe dans sa relation aux autres hommes.

Google est notre caverne. Google est l’antre dans laquelle nous nous sommes vautrés par fainéantise d’esprit. Qui peut vous certifier que les réponses de Google à vos questions sont les bonnes ? Et pour qui sont-elles considérées comme efficientes ? Pour vous ou pour le géant des moteurs de recherche ? Dans le livre — “Google Nation” — que j’ai publié au début du mois, je propose une étude de cas sur la dialectique de Google et sur sa capacité à nous proposer une vision biaisée de la connaissance du monde.

Le géant américain nous confine dans une fausse réalité. Pour de nombreuses requêtes, il ne nous livre qu’une vision partielle, bien à lui. Ces expressions clés, testées sur différentes occurrences linguistiques de Google, sont très souvent reliées à des problématiques complexes (avortement, drogue, conflits armés, etc…). Pour ces dernières, le géant américain apporte des résultats qui ne révèlent qu’une partie de la littérature globale du pays en question sur le sujet, une littérature qui -le plus souvent- sied ses intérêts. L’autre versant étant le plus souvent relégué à la 7ème ou 8ème page

Mais alors : sommes-nous toutes et tous devenus des intelligences artificielles ? Comme le silex était le prolongement de la main des premiers hommes, Google est devenu le prolongement naturel de notre esprit critique. La donnée (ou “data”) est engoncée dans un index qui représente tout sauf de la connaissance.

A nous de reprendre les choses en main. A nous de renouveler notre vision de la recherche en ligne. A nous de privilégier les sources, de tancer Google dans ses résultats pré-mâchés. A nous de proposer des alternatives.

Bref, à nous d’agir.

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