Législatives : le scénario noir du Parti socialiste

A trois semaines du premier tour des élections législatives, qui auront lieu le dimanche 11 juin, la tectonique des plaques électorales se précise et s’avère annonciatrice d’un scrutin à la fois de validation et d’amplification de la présidentielle. A condition de ne commettre aucun faux pas d’ici là, le nouvel exécutif pourrait obtenir la majorité des sièges au sein d’une Assemblée nationale profondément renouvelée. Le Parti socialiste pourrait en être la principale victime, enregistrant à cette occasion une défaite historique.


Préambule. Avant d’aller plus en avant, il convient d’avoir à l’esprit deux éléments de prudence à l’égard des enquêtes d’intentions de vote nationales réalisées jusqu’à présent. Premier angle mort : elles postulent une offre homogène à l’échelle des circonscriptions législatives. Or le rapport de forces national issu des urnes dépendra de la capacité de chaque force politique à couvrir un maximum de circonscriptions. Second angle mort : ces enquêtes sont réalisées sur la seule base des étiquettes politiques. Elles ne prennent donc pas en compte l’équation personnelle des candidats en lice, les effets de notabilité à l’échelle locale pouvant prendre le-dessus sur le poids des étiquettes politiques.

Ces précautions utiles rappelées, ces enquêtes apportent toutefois des enseignements importants à trois semaines du scrutin.

Emmanuel Macron peut gagner son pari. Crédités de 32% des intentions de vote dans la dernière enquête réalisée par Harris Interactive, “La République en marche !” (LRM) et le MoDem apparaissent en mesure d’emporter les élections législatives de juin. Leur potentiel électoral a sensiblement progressé depuis le second tour de l’élection présidentielle, confirmant l’appréciation positive que portent une majorité de Français sur les premiers pas d’Emmanuel Macron, en tant que Président de la République.

L’électorat de la droite se fracture. La stratégie du nouvel exécutif visant à fracturer la droite aux législatives semble porter ses premiers fruits, notamment auprès des électeurs de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle, une fraction non négligeable n’étant pas insensible à la nomination d’Edouard Philippe au poste de Premier ministre et à l’arrivée de personnalités de droite dans le premier gouvernement du quinquennat. Dans un sondage Elabe publié cette semaine, 60% des électeurs de François Fillon le 23 avril se disent ainsi satisfaits de la composition du nouveau gouvernement. Et dans l’enquête Harris Interactive mentionnée plus haut, 25% des électeurs de François Fillon pourraient voter pour un candidat LRM / MoDem au premier tour des législatives.

Le grand retour de la prime au vainqueur. L’analyse de la dynamique LRM / MoDem depuis le second tour de la présidentielle confirme de surcroît la logique qui avait prévalu lors des précédents scrutins législatifs, à savoir que le camp des vainqueurs bénéficie d’une prime assez sensible. Dans l’enquête Harris Interactive, les candidats LRM / MoDem sont ainsi crédités d’un score de 8 points supérieur à celui obtenu par Emmanuel Macron le 23 avril.

L’effondrement des grands partis de gouvernement. La totalisation des intentions de vote en faveur du PS — associé au PRG — et de LR — associé à l’UDI — atteint seulement 25%, alors qu’ils atteignaient environ 60% des suffrages au premier tour des législatives de 2012. Mais encore faut-il distinguer ici LR/UDI du PS/PRG, cette dernière alliance apparaissant en bien plus mauvaise posture que la droite.

Le Parti socialiste, victime expiatoire. Avec seulement 6% des intentions de vote, PS et PRG pourraient, en théorie, être rayés de la carte électorale à l’issue du scrutin. Ce cas de figure apparaît en pratique peu probable, en raison des effets de notabilité locale soulignés plus haut et qui devraient permettre à plusieurs candidats de contrebalancer la faiblesse inédite de leur famille politique d’origine (selon Harris Interactive, 18% des électeurs de Benoît Hamon pourraient voter pour un candidat LRM / MoDem). Toutefois, dans un contexte de fort renouvellement de l’offre politique —notamment sous l’effet de la mise en oeuvre de l’interdiction du cumul des mandats — , le Parti socialiste devrait payer un lourd tribu, et ce dès le premier tour de scrutin en étant éliminé dans de nombreuses circonscriptions. En 1993, le Parti socialiste n’était parvenu à sauver que 57 sièges. Gageons que les effectifs socialistes pourraient être encore moins nombreux au soir du 18 juin.