Les électeurs de la gauche non-socialiste seront-ils les arbitres des « Primaires citoyennes » ?

Arrivé en tête au premier tour, Benoît Hamon doit désormais transformer l’essai pour s’assurer de sa participation à la présidentielle. Si le député de Trappes part favori, un second tour s’apparente toutefois à une nouvelle élection, parfois propice à quelques surprises. La virulence des attaques dont il fait l’objet depuis dimanche soir en témoigne, Manuel Valls et ses partisans abattant logiquement leurs dernières cartes pour chercher à déstabiliser l’adversaire, espérant ainsi faire évoluer le rapport de forces en leur faveur.

Pour y voir plus clair, il faut notamment s’attarder sur un sujet peu traité, lequel mériterait pourtant davantage d’attention pour comprendre les dynamiques à l’œuvre : la structuration des choix — et donc du rapport de forces politiques — en fonction de l’orientation partisane des votants. Il s’avère en effet que cette dimension constitue sans doute une clé de compréhension majeure des résultats du premier tour et, si cela se confirme le 29 janvier, de l’issue des “Primaires citoyennes”.


Score des candidats au premier tour des “Primaires citoyennes” selon l’orientation partisane des votants le 22 janvier 2017 (source : sondage Elabe / BFMTV)

Pour y voir plus clair, il faut se plonger dans la ventilation des votes au premier tour selon l’orientation partisane des votants, ce qu’illustre le graphe présenté ci-dessus et présentant des données inédites extraites du sondage « jour du vote » réalisé par Elabe. Les dynamiques à l’œuvre apparaissent alors évidentes : si Manuel Valls arrive nettement en tête des votes auprès des seuls sympathisants socialistes et radicaux ayant participé au scrutin (44% contre 28%, l’écart de 17 points étant statistiquement significatif, à 99%), l’ancien Premier ministre est largement devancé par Benoît Hamon parmi les électeurs venant des autres composantes de la gauche (essentiellement composées de sympathisants Front de gauche et EELV). Benoît Hamon obtient alors 61% des suffrages exprimés, contre seulement 13% pour Manuel Valls (soit un écart de… 48 points !), au même niveau qu’Arnaud Montebourg (15%).

Ces résultats illustrent la singularité de la structuration des votes aux « Primaires citoyennes » par comparaison avec que l’on avait observé au premier tour de la primaire de la droite et du centre, le 20 novembre. La performance de François Fillon reposait en effet non seulement sur sa capacité à fédérer sur son nom près de la moitié des suffrages en provenance des sympathisants LR (49%), mais aussi ceux issus des autres composantes de la droite et du centre (47%) selon le sondage « jour du vote » réalisé par Elabe à cette occasion.

Un phénomène comparable à celui observé à gauche dimanche dernier apparaissait toutefois à droite, en faveur d’Alain Juppé et au détriment de Nicolas Sarkozy… ce dernier devant son élimination dès le premier tour au rejet dont il pâtissait auprès des composantes de la droite et du centre hors LR. En d’autres termes, si les seuls sympathisants LR avaient participé au scrutin de novembre, le second tour aurait opposé François Fillon à l’ancien Président de la République. Il apparaît toutefois assez peu probable que ce scénario aurait changé quoi que ce soit à l’issue de la primaire de la droite et du centre, compte-tenu du succès rencontré par l’ancien Premier ministre auprès des sympathisants LR dès le premier tour (49% contre 31% pour Nicolas Sarkozy, soit un écart de 18 points difficile à rattraper en quelques jours).

Score des candidats au premier tour de la primaire de la droite et du centre selon l’orientation partisane des votants le 20 novembre 2016 (source : sondage Elabe / BFMTV)

Tel n’est pas le cas pour les « Primaires citoyennes » organisées par le Parti socialiste et ses alliés. Et c’est, sans doute, ici que réside la principale incertitude sur l’issue de ce scrutin.

Sur le papier, l’avantage de Benoît Hamon est incontestable, et dans l’hypothèse où les dynamiques à l’œuvre au premier tour devaient se vérifier au soir du second tour, sa victoire s’avère hautement probable ; mais elle serait alors le fruit de la mobilisation d’un électorat fréquemment issu de la gauche non socialiste. Selon ce scénario plausible mais pas certain, la primaire déboucherait alors sur un paradoxe, à savoir la désignation d’un candidat issu du Parti socialiste devant avant tout sa victoire aux électeurs non-socialistes.

En revanche, dans l’hypothèse d’une démobilisation des électeurs de la gauche non socialiste ou d’un surcroît de mobilisation des électeurs se réclamant du Parti socialiste, le jeu apparaît plus ouvert : nous l’avons vu, Manuel Valls dispose d’un avantage auprès des seuls sympathisants socialistes ayant voté au premier tour. Et c’est sans doute à travers ce prisme qu’il convient d’appréhender la stratégie de campagne mise en oeuvre par le candidat.