Comment assurer la succession du modèle d’affaire vers le digital

Il n’y a plus de position dominante parmi les anciens modèles d’affaires. Les magasins se font et se défont en fonction des besoins. Les chaînes de valeurs sont réactives, liquides, dynamiques. Elles se composent et se recomposent sans inertie aucune. Il est encore temps de préparer la relève et de dire adieu à votre entreprise. Pour mieux la retrouver, plus humaine, plus profitable et plus résistante à l’économie digitale d’aujourd’hui.

Fêtons le renouveau

Célébrant la continuité monarchique, dans le souci d’éviter une guerre de succession, « le roi est mort vive le roi » acclame un trône qui ne restera jamais vide. Une analogie quasi évidente se fait dans nos esprits pratiques et optimistes avec l’état fébrile de notre économie française. 
Parce qu’il n’est plus l’heure de se croire encore à l’abri d’une disruption soudaine et toujours violente, tous les secteurs économiques devraient adopter cette nouvelle ritournelle : l’entreprise est morte, vive l’entreprise ! Et tous devraient s’apprêter à fêter l’avènement de leur nouveaux modèles économiques plutôt que de s’attrister de la disparition des anciens.

Au demeurant, l’économie ne dispose pas du si commode (mais très discuté …) principe héréditaire de transmission des pouvoirs. En cette époque de haute technologie, c’est donc à une formule aux allures mathématiques qu’il faut s’en remettre pour assurer une digne succession des modèles d’affaires.

C(t) = E + T(t)

C représente la cible à atteindre, une vérité contingente et mouvante qui ne doit être considérée qu’en fonction de t, l’instant donné. E — l’existant, ce stock dont l’entreprise dispose et doit se défaire par consumation progressive. T — la trajectoire, que l’on ne peut visionner qu’approximativement en fonction de t. Vous avez 4 heures.

Pour certains, il leur reste quelques mois avant d’être disruptés

Vous disposez d’un peu plus de temps que cela, mais pas autant que vous le voudriez. Si vous êtes dans l’immobilier, vous avez peut-être déjà constaté que les acheteurs se passent de vous pour visiter leur futur logement. Si vous êtes dans l’éducation, rassurez-nous et dites-nous que vous doutez, au moins, de savoir former les créateurs de demain. Si vous êtes dans l’agriculture, avez-vous remarqué que les géants se numérisent déjà ? La liste est interminable.

Alors oui, vous disposez de plus de 4h mais pas plus de deux ans pour faire émerger votre nouvelle entreprise. Et encore… ici, notre optimisme vous fait peut-être prendre un risque.

C(t) = Cible = la plateformisation

Décrire C ne peut se faire que dans son concept, non pas dans sa réalité. Le concept cible n’a de sens qu’à un instant t car la concurrence est vive et l’obsolescence rapide. Le vainqueur remporte toute la mise. “The winner takes it all”. Qui aurait annoncé qu’Apple fonde son business sur l’appstore alors qu’il fabriquait des machines ? Netflix sur le streaming puis la production de séries alors qu’il envoyait des DVD par la poste ? 
Au demeurant, et ce pour tout secteur cherchant à se disrupter, C partage toujours un certain nombre de points communs. 
A commencer par une augmentation sans précédent de la quantité de software dans les chaînes de valeur.

Attention ! Nous ne parlons pas de reproduire l’économie réelle par le fait de la dématérialisation mais bien de réinventer la chaîne de valeur par le software.

Autre élément partagé, la maîtrise totale des liens et des relations, par l’effet du logiciel. Audit et transparence de la data, compréhension des phénomènes… quoiqu’on en dise, la catastrophe subprimes n’aurait pas eu lieu si les banques s’étaient sues si exposées. C’est l’opacité des choses informatiques qui mènent à l’ignorance et au risque.

Enfin, la plateformisation, résultat de la softwarisation et de la compréhension des effets de causalité, est la résultante de l’apparition du nouveau modèle d’affaires. L’entreprise est en position de mettre en relation demandeur et créateur de façon légale, sécurisée et automatisée… voire même éthique.

T(t) = trajectoire temps = l’indispensable

La trajectoire T n’est pas une route tranquille. C’est même la vallée du désespoir pour beaucoup d’experts en gestion du changement. Notamment parce que tout au long de ce voyage, personne n’aura quasiment aucun signe de la cible C. Viennent donc s’ajouter à la formule des aspects de frustration, de doute, de peur et de reculs face à l’échec avec lesquels il faudra accepter de composer. 
En revanche, la méthode et les pratiques pour survivre durant la trajectoire sont aujourd’hui bien maîtrisées, et pour qui s’y intéresse, il suffit de lire nos derniers articles sur notre méthode Fast Design & Delivery et le mode pari
C’est aussi là qu’intervient le paramètre t (temps). On le confond trop souvent avec le terme, qui n’est qu’une donnée liée à l’objectif atteint. Ici, nous parlons de l’instant t, celui qui permet d’estimer la trajectoire à parcourir à sa juste valeur. Imaginons que les taxis G7 aient eu l’idée de Uber. Elle ne serait pas apparue de manière instantanée n’est-ce pas ? Il aurait nécessairement fallu une trajectoire, composée d’instants t, de pas à pas très concrets afin que chacun soit compris, reconnu et adopté par les collaborateurs. Autrement dit, l’idée n’aurait jamais pu être concrétisée si du jour au lendemain, G7 avait annoncé que désormais tous les taxis seraient gérés par un algorithme (et plus encore).

D’ailleurs, elle n’est même jamais apparue. Pourquoi ?

E = l’existant = tout doit disparaître

Tout le paradoxe se situe là. Votre entreprise, si bien maîtrisée, comprise de tous vos collaborateurs, aux processus exemplaires, est une machine parfaitement rodée, ronronnant au rythme des rentrées et des sorties, des bilans et des dashboards, des fiches de postes et des objectifs. Bref, tout le monde pédale dans la descente. 
Mais elle ne pourra jamais absorber sa propre disruption. Les métiers, jamais, ne se réinventeront d’eux-même. Et ni vos fournisseurs, ni vos partenaires, n’appuieront votre véritable transformation.

Cet existant va aussi fatalement et irrémédiablement s’éteindre à tous les niveaux. Chaque instant t verra la destruction des positions business dominantes, du prestige de la marque conventionnelle, les compétences et les hommes… qui fatiguent. Cette destruction progressive est une fatalité qui ne pourra se faire sans violence. Aussi, plus vite une cible digitale concrète et consistante sera atteinte, moins il y aura de souffrances et plus la disruption sera positive.

Oui, vous avez bien compris.

Il est urgent de créer, aux côtés de votre entreprise, une structure en devenir.

Voyez-la comme votre laboratoire de nouveaux business, mais aussi comme le futur trou noir qui captera toute la valeur de votre première entreprise à son profit, dans un modèle de plateformisation que vous n’imaginez pas encore à cet instant t. Mais de software en software, ça viendra. 
L’entreprise est morte, vive l’entreprise.

La chronique de Habib Guergachi, PDG de Zengularity via Journal du Net. Paru le 13/06/2017.