La fin du tétraèdre partie 1/2

Quand la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, la production et les métiers se fondent et disparaissent dans l’entreprise digitale.

Mais enfin, c’est quoi la transformation digitale d’une entreprise ? Quelles sont ses conséquences les plus concrètes ? Quels sont ces aspects que nous voulons ignorer parce qu’ils semblent nous bouleverser ? Pour une fois, nous irons jusqu’au bout de la logique de transformation, car nous voulons que vous compreniez. Asseyez-vous, ça va secouer.

Le tétraèdre informatique : lier lenteur et incompréhension

Revenons aux bases. Dans une entreprise dite traditionnelle, la pratique veut que l’on danse à 4 la danse traditionnelle du projet informatique. 
Les métiers ont un besoin concret, qu’ils expriment autant qu’ils le peuvent à la maîtrise d’ouvrage, laquelle transmet ce qu’elle en a compris à la maîtrise d’œuvre, qui en fera ce qu’elle même en aura compris, pour passer ensuite le bébé à la production qui l’exploitera sans que personne n’ait vraiment songé à lui expliquer à quoi le logiciel doit servir. D’ailleurs, quelqu’un le sait-il vraiment ? 
 
Voilà le tétraèdre en mode projet lancé sur la piste, et attention aux figures imposées. Définition des besoins et assurance de leur caractère réaliste (une machine à barbe à papa numérique a-t-elle un caractère réaliste ?), budget prévisionnel et risques, charte d’objectifs techniques, délais, coûts, qualité. Le moindre faux pas est sanctionné à coup de fouet. Voilà qui donne envie n’est-ce pas ? C’est évident, nous nous levons tous pour la conception informatique en mode projet. 
 
Évidemment, nous tirons sur l’ambulance. Il fut une lointaine époque où la DSI devait informatiser toute l’entreprise et où les métiers n’avaient pas encore de culture informatique. Il fallait bien une bonne âme pour traduire leurs activités en langage fonctionnel. 
C’est une époque révolue. Alors, pourquoi les méthodes ne changent-elles pas ?

Parce qu’il ne s’agit pas de méthode. Il s’agit de vision

Parce qu’au-delà de méthodes nouvelles, qui sommes toutes, pourraient fort bien trouver leur place au sein de l’entreprise traditionnelle, la transformation bien faite est une disruption positive. Une disruption avez-vous dit ? Oui. Majestueuse, fulgurante, sournoise et cataclysmique. Rien que ça.

D’accord, voilà qui peut effrayer. Au demeurant, l’économie française est déjà passablement effrayée par son uberisation forcée. Alors, fiez vous à Maupassant, et rappelez-vous que l’on n’a vraiment peur que de ce que l’on ne comprend pas.

L’entreprise devient plateforme

Qu’est-ce qui change dans une entreprise digitale ? Tout. Absolument tout. A commencer par les métiers, auprès de qui on ne vient plus recueillir le besoin puisque le besoin n’est plus entre leurs mains mais entre les mains de l’utilisateur final. C’est-à-dire, vous et moi qui utilisons quotidiennement les applications gracieusement mises à notre disposition. Pour gérer notre compte en banque, signer un nouveau contrat, en modifier certaines dispositions…

Souvenez-vous, nous le martelons à longueur d’article. L’entreprise digitale est une plateforme, née de sa softwarisation totale et du modelage des interactions et des liens à son profit.

Cette plateforme, c’est elle le business de l’entreprise. Elle engrange avec elle le chiffre d’affaires, la Data, la réputation et les erreurs que vous ne referez plus, ce C.A.d.r.e. profitable que le mode pari a su faire émerger et que le mode projet n’a jamais qu’étouffé.

Si vous pensez avoir compris, vous n’avez rien compris. Pour l’instant

Poursuivons la démonstration. Où sont les clients ? Qui sont-ils ? Il est entendu que ce ne sont plus les métiers. L’entreprise digitale traite l’expérience d’utilisateurs. Mais elle ne les connaît pas. Elle connaît des personae, dont elle va chercher à imaginer le besoin.

Prenez-vous la mesure du fossé ? Le tétraèdre informatique impose un maître d’ouvrage dont la mission est de définir une solution. Comment, dès lors que le besoin est encore inconnu ? Cette inconnue, c’est celle que l’on cherche dans l’équation résolue par le mode pari. 
Il devient évident que le maître d’ouvrage ne trouve plus de raison d’être dans cette équation.

Mais alors, la DSI ? Et bien, vous pouvez choisir de suer sang et eau pour lui conserver encore une place mais se rendre à l’évidence sera sûrement le plus court chemin vers la réussite. Non, dans le mode pari, il n’y a plus de DSI. Surtout si elle a bien fait son travail, en d’autres termes, celui d’organiser sa disparition. Si la DSI a bien travaillé, elle aura préparé le terrain aux squads, ces équipes pluridisciplinaires implantées au cœur de l’usine, au cœur du métier, au cœur… de la plateforme. Voilà vous commencez à saisir.

Elle aura notamment compris que le cloud n’est pas un moyen mais une nouvelle façon de faire du logiciel et aura à ce titre réussi à automatiser de façon totale le processus de mise en production… bing, voilà un autre acteur majeur du tétraèdre qui saute.

Résumons-nous :

Dans une entreprise digitale, le business est drivé par le chiffre d’affaires, la Data, la réputation et les erreurs sources de connaissance. Le besoin n’est plus exprimé mais imaginé et testé. Le métier se fond dans la conception logicielle, ce qui conduit à la disparition du maître d’ouvrage et de ses missions. La DSI a élagué l’infrastructure et la sécurité via le cloud (lire “La méprise cloud”, dans lequel nous expliquons que le cloud n’est pas nécessairement à l’extérieur de l’entreprise), et n’est pas partie prenante des squads. La production est automatisée.

Le tétraèdre n’est plus. 
Mais, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Dans notre deuxième article nous traiterons la transformation. À suivre …

Par Habib Guergachi, PDG de Zengularity