La fin du tétraèdre — partie 2/2

Quand la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, la production et les métiers se fondent et disparaissent dans l’entreprise digitale

La première partie de notre article consacré à la fin du tétraèdre informatique a mis en lumière comment l’entreprise digitale, la plateforme, a atomisé le mode projet et relégué au rang de superflu la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, la production et jusqu’aux métiers en tant que porteurs du besoin. C’est loin d’être suffisant pour comprendre comment la disruption positive porte en son sein la fin de l’entreprise traditionnelle. Voici comment.

Les squads, les embryons de vos nouvelles entreprises digitales

Les squads (tel est le nom que nous leur donnons mais nous ne sommes pas rigoristes) sont un groupe pluridisciplinaire de personnes travaillant ensemble pour créer une application, la mettre en production automatiquement, la tester en mode CAdre, et répéter l’opération autant de fois que nécessaire jusqu’à ce qu’on obtienne des résultats.

C’est donc une entité unique intégrant ceux qui imaginent le besoin, qui l’implémentent, qui le testent et qui accélèrent, pivotent ou abandonnent, en fonction. Cela suppose donc de pouvoir fabriquer un logiciel très rapidement, sur pari, et l’expérimenter dans la foulée. Une squad s’est donc bien débarrassée de tout ce qui pourrait la ralentir, le tétraèdre en premier.

Ces squads sont installées au cœur du métier, lequel, dans une entreprise digitale, n’est rien d’autre que la plateforme. Il n’y a plus qu’un pas à faire pour comprendre que la plateforme, indépendante de l’entreprise traditionnelle, va bientôt pouvoir se suffire à elle-même. Elle porte en son sein le germe de votre entreprise digitale. Selon vous, qu’est-ce que Orange Bank si ce n’est une plateforme issue du software et du modelage de la data, née des expérimentations d’une squad ?

Rien ne vous empêche en outre de lancer plusieurs squads, dans tous les domaines et les secteurs qui vous chantent.

La DSI, ancêtre de la DSF

Du coup, la DSI de ce monde digital change. Euphémisme ! 
Dans le cadre de l’entreprise conventionnelle, peut-être aura-t-elle gardé la main sur la sécurité et l’infrastructure (une bien bonne idée pour conserver son sigle, n’est-ce pas ?) Mais dans le cadre des entreprises digitales en émergence, certainement pas, le cloud y pourvoit bien mieux qu’elle ne pourra jamais le faire.

En revanche, la sécurité fonctionnelle d’une application ou d’une plateforme vient au premier plan des exigences de sécurité qu’implique un tel business model. C’est déjà la préoccupation n°1 d’une plateforme ayant réussi. Il s’agit de s’assurer que l’application ne présente “aucune” faille fonctionnelle susceptible de détourner l’objet de ladite application.

Concrètement et par exemple, si le public est autorisé à opérer des virements, il faut s’assurer qu’il n’existe pas de faille capable de transformer ce débit en une opération de crédit. Ce serait mal venu, n’est-ce pas ?

Si l’entreprise digitale n’a effectivement plus besoin d’une DSI, elle a en revanche besoin d’une direction de la sécurité fonctionnelle.

Le devenir de l’entreprise traditionnelle et de ses métiers

Évidemment, ce déferlement digital interroge le devenir de l’entreprise traditionnelle. Si on l’imagine encore socle ou pivot, c’est qu’on refuse de reconnaître sa fin annoncée. Au demeurant, rien ne sert de se précipiter et la transition en douceur dispose de son mode d’emploi.

Premier acte, l’entreprise traditionnelle est pourvoyeuse d’utilisateurs finaux. Dans notre article Comment assurer la succession du modèle d’affaire vers le digital, nous parlions de la façon dont l’entreprise digitale capte la valeur de l’entreprise conventionnelle. Cette valeur, ce sont évidemment ses clients et par extension, son capital de marque.

Deuxième acte, l’entreprise traditionnelle apprend de l’entreprise digitale. Elle questionne la capacité des développeurs à aimer assez les métiers pour parvenir à les softwariser. Autrement dit, comprend-il et aime-t-il assez le métier d’un magasinier cariste pour le fondre au sein d’une application jusqu’à sa complète disparition ?

Troisième acte, l’entreprise traditionnelle se révolutionne. La DSI n’était déjà pas au contact des métiers, ce n’est pas maintenant que cela va changer. Alors, fin du tétraèdre si bien implanté, l’entreprise envoie ses développeurs auprès des métiers. Experts techniques et sachants fonctionnels explorent le besoin et accélèrent au cœur même des bureaux. Les métiers ne sont pas observateurs passifs. Ils contribuent à la disruption à venir.

Quatrième acte, la transformation des métiers s’opère. L’entreprise ne s’en cache pas et la célèbre au contraire. Chacun comprend et embrasse cette transformation en étant acteur, d’abord impliqué dans le processus de softwarisation puis acteur de sa propre reconversion.

Vous avez tout compris. Si l’entreprise digitale est une plateforme née du software et de la donnée, elle revendique l’être humain au centre de sa réussite.

Par Habib Guergachi, CEO de Zengularity

Lire la 1ère parti ici

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