Tribune : L’humain au cœur de la disruption positive

Les nouvelles technologies, mal du XXIe siècle ? Les Français sont pour le moins réservés quant à leur valeur ajoutée : 58 % déclarent que les nouvelles technologies, loin de contribuer à leur bonheur, rendent certaines tâches plus stressantes (étude Opinionway pour Zengularity). La digital detox est même devenue une revendication pour un nombre croissant d’actifs !

Le constat est paradoxal, car ontologiquement, une technique (et a fortiori une technologie) est un moyen conçu en vue d’une fin, généralement la résolution d’un problème. Comment les nouvelles technologies peuvent-elles servir l’humanité et, plus encore, contribuer à son bien-être ?

Remettre l’humain au coeur de l’écosystème digital

Il existe peut-être autant de définitions du bonheur que de personnes, mais deux critères semblent s’imposer universellement : l’ataraxie, ou absence de pensées, gestes et habitudes parasites, ainsi que le volet social, ou capacité à nouer des liens enrichissants avec les gens. Dans cette perspective, les nouvelles technologies ne semblent pourvoir au bonheur de l’humanité que très imparfaitement.

Certes, plus d’un Français sur deux estime qu’elles renforcent les liens entre les individus, mais huit Français sur dix éprouvent le sentiment que les technologies font perdre plus de temps qu’elles n’en font gagner ! Pire, nombreux sont ceux qui ont déjà été désespérés par la complexité d’un logiciel grand public (83 %) ou professionnel (70 %). La lourdeur de ce qui devrait être simple nous renvoie à une conception alarmante de la technologie : celle d’une domination institutionnalisée de la machine sur l’homme.

Or, on peut et on doit considérer les technologies autrement : non comme un moyen d’asservir les individus, mais comme des dispositifs à leur service. Pour contribuer au bien-être de l’humanité, les logiciels doivent entrer dans une nouvelle ère et cesser d’être, pour certains, des outils réservés à une élite technophile. Par essence, le digital désigne moins une technologie particulière que la création de valeur grâce à la maîtrise des interconnexions de tout entre tous, notamment entre les individus. Mais pour que le digital puisse remplir pleinement sa fonction, on doit permettre aux acteurs clés de l’économie numérique -développeurs, concepteurs, designers… — de libérer sa créativité.

Respecter, renforcer et diffuser les cultures locales

Le digital a la capacité de créer de la valeur à plusieurs niveaux. L’amélioration des services, grâce à l’interprétation des multiples jeux de données dont nous disposons, constitue le premier niveau. Au-delà, il est possible d’utiliser les nouvelles technologies pour augmenter le bien-être d’une population et faire vivre sa culture avec plus d’intensité, mais aussi pour protéger les données personnelles et vies privées.

La France doit prendre garde à rester souveraine de ses projets de transposition de sa culture dans le numérique, pour ne pas subir une vision du monde et une utilisation de la donnée imposées par les géants du web. Cela suppose que la législation agisse en faveur des innovations digitales qui exaltent la culture française. Il faut d’autre part garder nos ingénieurs en France, en leur offrant les conditions adéquates pour leur développement professionnel.

Valoriser les compétences des individus

Au-delà de l’utilité générée en termes de confort de vie, les nouvelles technologies peuvent contribuer au bonheur de l’humanité. Selon un sondage IFOP réalisé en 2015, les Français se considèrent comme maîtres et acteurs de leur bonheur ; pour eux, le bonheur se construit au quotidien.

Dans cette perspective, les nouvelles technologies ont le pouvoir d’accroître le bonheur des individus, car elles permettent à chacun d’exprimer et de valoriser ses compétences propres — notamment au travers de plateformes. Si le monde du travail d’aujourd’hui est un système asymétrique qui ne met pas employeurs et employés sur un pied d’égalité, les plateformes de demain reposent sur des effets de réseaux vertueux propices à l’épanouissement individuel !

Ainsi, les nouvelles technologies ont en elles-mêmes le potentiel de servir les individus à plus d’un niveau, tout comme elles ont le potentiel de les rendre malheureux. Pour qu’une technologie contribue au bien-être de l’humanité, elle doit être conçue selon un principe simple : l’humain et la simplicité d’utilisation comme finalité de toute action.

Publiée le 21/12/2016 dans Les Echos : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-164133-lhumain-au-coeur-de-la-disruption-positive-2052118.php#xhXTFUkvYc8iTPKp.99