VAUCLUSE

CANTON de BONNIEUX


BONNIEUX, 127,70 km2 : Bonnieux — Buoux — Lacoste — Ménerbes — Oppède — Sivergues

Bonnieux

Bonnieux oppidum ou village fortifié habité dès l’époque néolithique et à l’âge du bronze. A l’époque Gallo-romaine, le village est situé au pied de son emplacement actuel, et les riches domaines sont nombreux.

L’ancien nom du village de Bonnieux, Mitrone (4es.), rappelle-t-il le souvenir de saint Mitre ? Certains l’affirment, considérant que ce prénom de Mitrone fut très répandu autour d’Aix à la fin du 15e s. On rapproche cette étymologie de l’aspect naturel du vieux village, perché comme une mitre, sur une haute colline proche du Luberon. De toute manière, le nom de Bitrona semble prévaloir, sans qu’on puisse établir clairement le passage de Bitrone à Bonnieux. Toutefois le celte donne : bona, rempart + ialos, clairière cultivée, qui est une hypothèse très sérieuse. Le castrum médiéval a probablement pris la place d’une motte gallo-romaine. Au premier siècle, le vaste territoire de Bonnieux est traversé par la voie romaine de Cadix à Milan, une des plus importantes voies de l’Europe occidentale à la circulation très dense. Le Pont-Julien est situé sur le territoire de Bonnieux.

Buoux

Cité en 1042 : Biol, et en 1274 : Buols (en celtique, Olr ubull Apfel, les pommiers). Seigneurie successivement des Pontevès, puis des Galliffet. Fief érigé en marquisat en 1650 en faveur de Louis de Pontevès. Lors des guerres de Religion, le célèbre fort de Buoux revient aux catholiques après avoir changé plusieurs fois de mains ; finalement, il est rasé par Louis XIV vers 1660.

Lacoste

Cité en 1056 : Costa, le côteau, fief des Simiane, puis des Sade au 18e s. En 1545, le village gagné à la Réforme est assiégé par les catholiques qui massacrrent les habitants. A la Révolution, le château est vandalisé et en partie détruit ; il a été habité quelque temps par le marquis de Sade.

Ménerbes

Cité en 1081 : Menerba. Territoire habité dès le néolithique, sans discontinuité jusqu’au Moyen Âge : âge du Bronze, période romaine, invasions saxonnes du 6e s. Le vieux village s’étend sur un éperon allongé, en forme de vaisseau, avec sa proue et sa poupe.

Ménerbes, dont le nom rappelle celui de Minerva, la déesse romaine au casque d’or, est habité dès le paléolithique supérieur (abri Soubeyras), et le chalcolithique (dolmen de la Pichouno, unique en Vaucluse). Faire dériver Ménerbes de Minerva, est très poétique, mais peu rigoureux. Il est plus sérieux de concevoir que le toponyme décrit le site du dolmen de la Pichouno qui se situe en contrebas du village de Ménerbes, littéralement en celte, “la pierre dans l’herbe”.

C’est le seul dolmen du Vaucluse. Ce monument date, semble-t-il de 2000 ou 3000 ans avant J.C. Contrairement aux dolmens bretons, il est constitué d’un seul bloc monolithique reposant sur des murs en pierres. A l’époque romaine, plusieurs quartiers situés au bas du village, sont parsemés de villae dont on a retrouvé de nombreux vestiges. Avant les invasions du 5e s., un ermite, Castor( St. Castorius), fonde le monastère de Mananca*.

* Mananca ? Enigme ? Ce n’est ni du provençal, ni du celte, mais du roumain , pour évoquer une résidence, un abris, un hospice…Autour de 420, dans la préface à ses Institutions cénobitiques, Cassien de Marseille révèle que Castor est occupé par un tout nouveau monastère dédié aux saints Serge et Bacchus. Castor, un avocat arlésien, décide avec son épouse d’embrasser la vie monastique. Il fonde à Ménerbes, en un lieu appelé Mananca, un monastère dédié à saint Faustin, où les Aptésiens viennent le chercher dans les premières années du 5e siècle pour faire de lui leur évêque. Sa femme et sa fille pour leur part auraient pu s’installer à Sivergues, siège d’une hypothétique Villa Severanica. Or, Cassien, ou Jean Cassien, est un moine d’origine roumaine qui, après avoir séjourné en Egypte dans les années 380-390, est venu finir sa vie à Marseille où il fonde les deux premiers monastères de la ville, dont la future abbaye de Saint-Victor, et rédige des Institutions cénobitiques et des Conférences avec les Pères du Désert. Quelle incroyable facilité des déplacements dans l’empire mourant qui permet encore à tous ces personnages, Dardanus et Augustin d’Hippone, mais aussi Cassien et Castor, de se connaître et, bien souvent, d’entretenir des relations suivies d’un bout à l’autre de la Méditerranée !

Oppède

Mentionné en 1008 : Oppeda étymologie dérivée d’oppidum/ lieu élevé, fortification, indiquant une occupation romaine importante. Depuis le 12e s., seigneurie des comtes de Toulouse puis du Saint-Siège, qui l’inféode aux Maynier ; fief des Forbin de la fin 16e s. à la Révolution. Oppède est I’exemple type du village martyr qui ne s’est relevé jusqu’au vingtième siècle. Raymond de Turenne le saccage et l’incendie (fin 14e s.) ; lors du Grand Schisme, c’est l’une des dernières places de résistance des Espagnols dirigés par l’anti-pape Pedro de Luna, qui finissent par se rendre après avoir ruiné le château ; en 1545, Jean de Maynier , seigneur d’Oppède, massacre les Vaudois réfugiés dans le village.

Au début du 20e s., l’abandon du village est total ; les habitants se sont déplacés plus bas dans la plaine, aux Poulivets, où la mairie est installée en 1912. Le territoire de la commune d’Oppède est constitué de trois parties différentes : la montagne du Luberon, les collines bordant la montagne et la plaine alluviale du Coulon. La commune fait partie du parc naturel régional du Luberon. Deux cours d’eau arrosent le territoire : le Coulon et le Valadas. Le Coulon prend sa source dans les Alpes de Haute Provence, traverse les gorges d’Oppédette, traverse Apt et va se jeter dans la Durance vers Cavaillon. Une particularité rare, et peut-être unique en France : cette rivière est qu’elle porte deux noms : d’abord celui de Calavon, puis celui de Coulon à partir du village des Beaumettes. Le changement de nom se fait à l’ancienne limite entre les tribus gauloises des Albiques (Apt) et des Cavares (Cavaillon). Le Valadas se jette dans le Coulon, il est à sec en été.

Sivergues

L’origine de la localité remonte au 5e s. quand l’épouse de saint Castor et six compagnes y fondent un couvent. Le toponyme Sivergues serait issu de sex virgines, six vierges, cité en 1067 : Sex Virgae et vers 1200 : Siuergia.

Une étymologie plus vraisemblable fait dériver le toponyme du latin Severaticum, de Severus, nom d’homme, “sérieux, sévère”. Seigneurie des Simiane et des Bot liée à celle de Saignon, puis des Pontevès après la séparation des deux communes au 14e s., enfin des Gallifet au 18e s. Dévasté au 15e s., le village est repeuplé en 1501 grâce à des familles vaudoises, ce qui entraîne, au cours des guerres de Religion, dévastations et sévices en 1545.


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