
PERTUIS, 350,31 km2 : Ansouis — Bastide-des-Jourdans (La) — Bastidonne (La) — Beaumont-de-Pertuis — Cabrières-d’Aigues — Grambois — Mirabeau — Motte-d’Aigues (La) — Pertuis — Peypin- d’Aigues — Saint-Martin-de-la-Brasque — Sannes — Tour-d’Aigues (La) — Vitrolles-en-Luberon
Cité en 961 Ansoyse, Ensouie. Souie dérive du mot latin Suile et signifie : bourbier où viennent se vautrer les sangliers, au-dessus de la boue. Au Moyen Âge, Ansouis occupe une place idéale pour contrôler la route entre Aix en Provence et Apt.

Seigneurie relevant des comtes de Forcalquier, acquise au 13e s. par les Sabran, puissante famille provençale à qui le château appartient jusqu’à peu. Au 14e s., St Elzéar de Sabran et son épouse, la bienheureuse Delphine de Signes, canonisés par la ferveur populaire, font voeu de chasteté et mènent une vie austère et charitable. Leur culte est encore célébré. En 1574, Ansouis est pris par les protestants Le baron de Vins, pour le compte de la Ligue, s’en empare en 1585 et réunit le fief au comté de Sault.
Cité au 13e s. : Bastida Jordanorum. Le village doit son nom à deux chevaliers, frères et propriétaires du castrum alors appelé bastida.

Il connait la prospérité du fait de sa position sur l’axe de la voie de communication reliant Aix en Provence à Forcalquier. Seigneurie de la famille d’Astouaud, puis des Coriolis. Au 18e s., ils établissent un monastère de moines cultivateurs à l’emplacement d’une commanderie templière. Elevage du ver à soie qui permet d’associer un petit artisanat textile à la culture de la vigne et de l’olivier.

Le village se forme au départ d’une bastide fondée au début 13e s. par un chevalier Savaric, originaire de la Tour-d’Aigues. Cette Bastide-de-Savaric passe aux mains des seigneurs de la Tour jusqu’à la Révolution où elle prend son vocable actuel.
Balma, grotte, Pertuis (vient de per, pierre dressée, ou de pertusius, mot latin, passage). Mentionné en 1084 : Bello Monte. La seigneurie, qui relève de Forcalquier, a de nombreux tenants.

Au 15e s., la terre passe des Boulier aux d’Agoult. En 1635, on trouve les Riquetti, seigneurs de Mirabeau, en faveur de qui elle est érigée en comté (1713). Au cours des guerres de Religion, le village, occupé par les ligueurs, est repris par Lavalette. Séismes en 1708,1812,1838 et 1841.
Lieu où il y a des chèvres. Aigues signifie les eaux. Cité au 13e s.: Caprari et en 1439 : de Cabreriis. Fief médiéval des d’Agoult.

Village inhabité en 1471 qui est repeuplé par une colonie de Vaudois où la Réforme trouve ensuite un terrain propice. Cabrières est entièrement incendié en 1545 sur ordre du Parlement de Provence. Importante colonie protestante aux 16e et 17e s. Cabrières d’Aigues, est intimement mêlée à l’essor du Protestantisme.
Cité en 1050 : Quarambodam, en 1126 de Garambode. Son nom semble, au premier examen indiquer une étymologie parlante et faire Grand-bois, mais une étude plus approfondie des vieux titres, jette au contraire dans une énigme inextricable. On y lit : Garam-bodis. Au 12e s., on trouve Castro Garambodio, au 13e s. en langue romane, il s’appelle Garemboze.

Cette persistance d’une dénomination bizarre, barbare, étrangère, laisse tenter une autre étymologie. Garam-bodio, presque toujours écrit en deux mots séparés : Garam est le nom d’une tribu du Sahara (les Garamantes) qui, comme tant d’autres, fit partie des hordes envahissantes des 8e, 9e et 10e s. Bodio en langue romaine signifie Nord. Or, d’après les historiens, on désigne les Sarrasins de la Garde-Fraissinet par Barbares du Midi. Les Sarrasins s’étendent de la mer aux montagnes de la Suisse, qu’ils pénétrèrent dans toutes les vallées et particulièrement dans celles du Rhône et de la Durance. Grambois peut donc être occupé et recevoir le nom de Garam-bodio. Une autre étymologie donne le nom d’une personne d’origine germanique, Garambod (garan, prêt + bod, messager) mais être prêt à porter un message -lequel ?- et à qui ?- Ce qui pourrait le justifier c’est que le coeur du village ancien est bâti sur un oppidum d’où on peut surveiller l’horizon.

Cité au 12es.: Mirabellum, équivalent de Belle Vue ou Beau Regard. Fief des Barras au 14e s., puis des Glandevès au 16e s ; érigé en marquisat en 1685 en faveur d’Honoré de Riquetti, grand-père de Mirabeau.
Village fortifié fondé au 11e s.; la Motte, toponyme désignant une butte, (parfois) artificielle, surmontée d’une fortification. Aigues au pluriel… on l’est à moins : le territoire de la commune est traversé par quatre rivières au régime torrentiel : le Torrent le Riou, le Vallat des Cayoux, le Ruisseau l’Ourgouse, qui a lui-même un affluent : le Torrent de Pissay.

Au 11e s., mentionné (en tant que dépendance de l’abbaye bénédictine de Villeneuve-lès-Avignon). Successivement seigneurie des Sabran, des d’Agoult, puis au 16e s. des barons de la Tour-d’Aigues. Site inhabité en1471 : repopulation par acte d’habitation avec privilèges en 1505 par les Vaudois des vallées du Dauphiné. Village à dominante protestante, saccagé et pillé au cours des guerres de Religion. Condamné par l’arrêt de Mérindol en tant que village vaudois, il est dévasté en 1545.
Ancien site romain. Cité en 981 : Pertusum, (vient de per, pierre dressée ou de pertusius, mot latin, passage).Prieuré de l’abbaye de Montmajour. Co-seigneurie de l’abbé de Montmajour et du comte de Forcalquier.

Fief des comtes de Provence au 12e s. ; aux 14e et 15e s., il passe aux Roger, aux vicomtes de Turenne, puis aux Boucicaut. En 1460, le roi René fait don de la ville à Jeanne de Laval, sa seconde femme. Rattaché à la France, Pertuis reçut de Charles Vlll, en 1493, le privilège d’inaliénabilité à la Couronne et la fleur de Iys sur son blason.
Cité au 13e s.: Podium Pinum, le côteau couvert de pins aux dessus des eaux.

A l’origine, grange de l’abbaye de Lure, puis seigneurie des Sabran. Le territoire, inhabité en 1400, est repeuplé par une colonie vaudoise au 16e s. C’est en conséquence une place protestante, qui est, … en conséquence… dévastée et incendiée en 1545. Culture du mûrier jusqu’au 19e s.
Au 11e s. Saint Martin de La Brasque est nommée Le Castelas et sous la révolution Le Mont-Libre. Détruit et abandonné au 15e s., St Martin dû attendre le début du 16e s. pour entamer sa seconde vie grâce au Seigneur de La Tour d’Aigues. Il y installe 14 familles et fait renaître le village qui prend le nom de St Martin De La Brasque.

Le territoire, inhabité en 1471, est peuplé et défriché par les familles vaudoises lombardes et piémontaises. Celles-ci suivent tout naturellement la Réforme, ce qui entraine la destruction du village par les catholiques, au milieu du 16e s. Le village actuel, rétabli en 1506, à 700 m, à l’ouest de l’ancien site, sur un terrain plat prit un plan orthogonal, assez original dans la région. Par suite, la croissance de St Martin n’a guère modifiée l’allure du quadrillage. St Martin de la Brasque est composé de plusieurs hameaux : le Castellas, les Furets, Belle Etoile (autrfeois belle Estève). Mentionné en 1253 : Sanctus Martinus de Brasea. Seigneurie des Simiane, puis des Forcalquier et, à partir du 16es., des Bollier. Le locatif de la brasque n’est pas sans poser de problème. D’emblée il faut éliminer le sens de brasque lié au aux enduits de glaise et de cendres qui badigeonne l’intérieur des hauts fourneaux, qui conserve pourtant la consonne “k” terminale dans l’étymon celto-ligure puisque l’appellation de 1253 est brasea. Ensuite, des lieux dits Brasque ou Brasse, il en existe beaucoup en dans les sites de langues d’Oc. Par exemple, un lieu dit en amont de Condom d’Aubrac, qui pourrait avoir un sens phonétique plus juste que son orthographe c’est à dire : Brace en gaulois (blé). Cette hypothèse aurait l’avantage de conserver le “k” final qui donne au pluriel brasqui. Mais y produisait-on de la farine de blé ? La solution brasque pour “bras”, dans le sens de croisement, croix, carrefour est séduisante du point de vue de la topographie et la convergence des routes et sentiers mais elle escamote le “k”. Il existe dans le massif de Vésubie, un lieu dit “les granges de la Brasque”, la Brasque y désigne un torrent local qui “brasse” des eaux fougueuses. La zone basse de vallée de Saint Martin ne correspond guère à cette configuration. Enfin, il reste une solution phonologique ou de diction : la métathèse ! Dans cette hypothèse, brasque = brask aurait pour origine braks. Or il existe un vieux mot latin bracus qui ferait bien notre affaire ! Le malheur c’est que les lexicographes du provençal, de F. Mistral aux plus contemporains ne s’entendent pas sur le sens à donner à bracus : soit vallon, soit marécage, soit zone d’arbustes cassant. Ce qui reste commun c’est que bracus/Bracos délimite un territoire inhabité, ce qui dans l’installation des quatorze familles par Le Baron de la Tour d’Aigues serait assez conforme à l’histoire. On sait que le terrain était plat, il ne s’agit donc pas d’un vallon. Comme nous savons que les Vaudois l’ont défriché, il est plausible de retenir brasque comme zone de broussailles.
Il y a, en France, 237 communes répertoriées qui portent le nom de saint Martin. Pour s’en tenir à la seule région “Provence Alpes Côte d’Azur”, il y a Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, près d’Arles ; dans le Var, près de Brignoles, Saint-Martin-de-Pallières ; et Saint-Martin près de Rians ; dans les Alpes Maritimes, Saint-Martin-Vésubie, Saint-Martin-du-Var et, près de Guillaumes, Saint-Martin-d’Entraunes ; dans les Alpes de Haute-Provence, près de Gréoux-les-Bains et de Valensole, Saint-Martin-de-Bromes, Saint-Martin-les-Seyne, près de Selonnet et, près de Manosque, Saint-Martin-les-Eaux ; dans le Vaucluse, Saint-Martin-de-la-Brasque et, près de Viens, Saint-Martin-de-Castillon ; dans les Hautes-Alpes, près de L’Argentière-la-Bessée, Saint-Martin-de-Queyrières. Plus de 3.600 églises sont dédiées à saint Martin. Et il y a tous les lieux-dits, les hameaux, les abbayes, les fontaines, les ponts appelés du nom de ce saint on ne peut plus populaire. Dans le monde entier, un nombre considérable de lieux font référence à saint Martin de Tours. Cette éloquente énumération des toponymes dédiés à St. Martin constitue le dernier point de l’énigme “brasquaise” ! Fallait-il que ces Vaudois soient aux abois pour accepter d’aller vivre dans un site inhospitalier baptisé du nom d’un saint prestigieux, eux qui par conviction religieuse n’en révèrent aucun !

Présence romaine. Cité en 1045 : Castrum Aciane. Etymologie probable d’origine celtique sagno : marécage, devenu en provençal sagno, variété de roseau. Il y aurait eu un château fort à cette époque, possession de l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Absorbé au Moyen Age par les Sabran d’Ansouis, après un long procès qui confirme l’annexion de 1468 ; Sannes ne recouvre son autonomie qu’au 17e s.
Ce village doit son nom à une fortification médiévale établie au 11e s. Les Turris, propriété d’un certain Béranger entre 1002 et 1018. En 1240, à la suite d’une succession obscure, La Tour-d’Aigues appartient à un Sabran.

En 1410 aux d’Agoult, puis au début 16e s. au baron de Bolliers, qui fait construire le château avec une magnificence exceptionnelle en Provence et favorise l’implantation de familles vaudoises. Il en résulte saccages et sévices du parti catholique au cours des guerres de Religion, notamment en 1545. Au 16e s., seigneurie des Lesdiguières et enfin des Bruni. Jean-Baptiste Bruni, esprit scientifique, installe dans le château des cabinets d’histoire naturelle. Le château est incendié, accidentellement, en 1782, et en 1792 par les révolutionnaires.
Mentionné en 1251 : Vitrola, (lieu dévolu à un certain Victorius, vainqueur ou héros d’une bataille romaine). Fief des Forcalquier, puis des Brancas au 16e siècle.

Le village, déserté à la suite des destructions du 14e, est repeuplé par acte d’habitation (1504) des Brancas. En 1783, Jean d’Ailhaud fait l’acquisition de la seigneurie et du château. Vitrolles se nomme également Vitrolles-lez-Luberon et Vitrolles-d’Aigues. La commune prend le nom de Vitroles-en-Lubéron en 1996.
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