VAUCLUSE

CANTON d’APT


APT 350,12 KM2 : Apt — Auribeau — Caseneuve — Castellet — Gargas — Gignac — Largarde-d’Apt — Rustrel — Saignon — Saint-Martin-de-Castillon — Saint-Saturnin-les-Apt — Viens — Villars

Apt

Les Albiques (latin : albici) constitent une fédération de peuples gaulois du midi de la France. Ils sont établis entre les monts de Vaucluse au nord, et le Luberon au sud : leur territoire couvre donc le pays d’Apt au nord du Luberon. Cette fédération de peuples établie donne son nom au plateau d’Albion.

La Civitas Aptensium, la villa des aptésiens de l’époque gallo-romaine succède, dans la prospérité, à la capitale celto-ligure, et s’érige sur les lieux mêmes où des hommes vivent depuis le paléolithique moyen. Apta (Julia), colonie romaine est établie par Jules César, sur la voie domitienne, siège à partir du 4e s. de l’évêché d’Aptensis. Elle est citée sur la Table de Peutinger et sur l’itinéraire d’Antonin sous le nom de Apta Julia. Apt subit les invasions barbares à partir du 5e s., ce qui cause sa quasi-disparition jusqu’au 10e s. Du 10 au 12e s., co-seigneurie des évêques et des seigneurs d’Agoult-Simiane ; administration consulaire à partir du 13e s. La prospérité du 14e s. est compromise par les querelles engendrées par la succession de la reine Jeanne*. Durant les guerres de Religion, Apt, ville catholique, brave le baron des Adrets. A la fin du 16e s., la ville est ravagée par une inondation du Calavon, suivie de deux épidémies de peste (une autre sévit en 1720).

*Jeanne, la Reine Jeanne 1ère, se marie quatre fois. En 1326, “Jeanne 1ère”, reine des “Deux Siciles”, “Comtesse de Provence”, est mariée à l’âge de 8 ans, avec son cousin “André de Hongrie” âgé de 7 ans, c’est un mariage d’intérêt. La reine Jeanne refuse d’en faire son légataire et l’aurait fait assassiner en 1345. Puis elle se remarie avec Louis de Tarente, son beau cousin, dont on dit qu’il est le grand amour de sa vie. Après que ce dernier meurt de la peste en 1362, elle épouse Jacques III de Majorque l’année d’après. Celui-ci n’e pas plus de chance que les deux autres puisque l’on sait qu’il est incarcéré de 1367 à 1371 et qu’il meurt en 1375. Elle convole alors en quatrième noce. La reine Jeanne avait un tempérament comparable à celui du volcan de sa ville de naissance… Durant les 40 années de son règne, la reine Jeanne ne vient en Provence que deux fois, dont une fois en 1379 afin de raffermir son autorité chancelante. Elle estune reine clémente, souvent à cours d’argent, ce qui l’ammène à céder ses droits petit à petit, à des conditions avantageuses. Pourchassée par Louis de Hongrie depuis l’assassinat de son premier mari, ses intérêts se confondent avec ceux des habitants de Saint-Symphorien. En effet, séjournant au château seigneurial de Salignac, la reine Jeanne y accouche d’un fils illégitime. Cette tradition de la naissance d’un enfant est confirmée par de Laplane qui découvre l’acte de naissance lors de ses recherches sur l’histoire de Sisteron. La reine cache cet enfant au village retiré de Saint-Symphorien et achète la discrétion des habitants en les déchargeant du droit d’albergue et de cavalcade et en répondant favorablement à la demande des consuls pour la construction d’un pont. Son dernier époux est “Othon de Brunswick”. Ce Prince allemand était il susceptible ? La reine Jeanne meurt de mort violente en 1382 assassinée, étranglée, par son cousin et héritier Charles d’Anjou, sans jamais revoir son fils dont la légende ne rapporte pas l’histoire. La mort tragique de la reine Jeanne, est le signal des troubles qui se déchaînent sur la Provence. L’histoire de Nice jusque là intégrée à celle de la Provence va diverger. Et, jusqu’en 1860, le Var est la frontière occidentale du Comté. Les héritiers de la reine Jeanne, les Duras ou Durazzo et les Angevins se trouvent en présence. Mais un des prétendants, Louis d’Anjou, meurt en 1384. Son adversaire Charles de Hongrie le suit en 1386. La situation est alors la suivante : deux papes défendant chacun une des parties, deux veuves, et deux enfants en bas âge : Louis II et Ladislas. Les différentes communautés du Comté se divisent. Le haut pays comme la Provence se déclare Angevin et Nice opte pour les Duras.

Auribeau

L’Aiguebrun y prend sa source, atur en celte signifie rivière, d’où belle rivière. Certain toponymiste qui refuse de considérer le celte préfère latiniser “ vallée de l’or” où auri correspond à or et beau à vallée…C’est peu convaincant. A l’origine, Auribel, mentionné dès 1158 est une petite communauté groupée autour d’un point fortifié et d’un prieuré.

Caseneuve

Casanova, du latin facile à traduire en maison neuve. Ce qui est confimé par les archives : au haut Moyen Âge le village est le premier fief de Humbert, neveu de dom Mayeul, quatrième abbé de Cluny. Ses héritiers sont les fondateurs de la famille des Agoult-Simiane. A son époque est construit le premier castrum qui donne son nom au village : la Casanovo, citée dans le cartulaire de l’égise d’Apt en 978. Aux Simiane succédèrent les Bouillon, puis les Rohan-Soubise et le prince de Condé au 18e s.


Castellet

Cité en 1158 : Castelletum, vient du latin, petit château. Des invasions à la Révolution française, les vicissitudes sécuritaires engendrent d’importantes fluctuations démographiques (raids Sarrasins de la Garde Freinet au 8e siécle, pillages des routiers au 4e, dévastations de Raymond de Beaufort, vicomte de Turennes fin 14e, troubles des guerres de religion, grande épidémie de peste de 1720, entraînent des vagues de désertion des terroirs, suivies en période de calme, d’appel à nouveaux colons pour repeupler les campagnes. Seigneurie des Brancas-Forcalquier, en faveur de qui elle est érigée en baronnie (1674). Elle passe en 1753 à Jean d’Ailhaud *, médecin “fumeux”, à Lourmarin, heureux inventeur d’une poudre purgative à laquelle il doit sa fortune.

*Ailhaud Jean : né à Lourmarin en 1674, il n’est au début de sa carrière, qu’un modeste et peu savant chirurgien, titre alors inférieur à celui de médecin. Un jour, une certaine demoiselle Maurice de Cadenet lui confie un secret : celui d’une poudre, sorte de panacée purgative. Bien que cela lui soit plus tard contesté, il s’en proclame l’inventeur. A défaut de talent médical, Ailhaud possède sans nul doute la bosse du commerce et sa poudre ne tarde pas à devenir rapidement le remède miracle universel. Par quelle alchimie ? “Prenez une quantité donnée de suie de cheminée, de celle qui est cristallisée et luisante ; réduisez-la en poudre ; passez-la au tamis de crin ; torréfiez-la avec une poêle de fer, en la remuant jusqu’à ce qu’elle ait perdu la plus grande partie de son amertume (…). Alors, sur soixante quatre parties de cette poudre, ajoutez-en huit de résine de scamonée et mettez le tout dans la même poêle… Sur un feu capable de fondre la résine sans la brûler (…) ajoutez quatre parties de poudre de girofle…”. Ailhaud teste d’abord sa préparation sur des paysans et utilise ses premiers bénéfices pour se faire recevoir docteur en médecine à Aix ! Ceci fait, il se rend à Paris, d’où il crée des débits dans la plupart des villes de France et d’Allemagne, faisant précéder l’ouverture de ses officines par de nombreuses annonces en français et en latin. Il recrute ensuite des missionnaires qui s’en vont vendre aux Amériques, en Orient, puis dans tous les pays d’Europe sa suie de cheminée. Cela lui vaut d’être partout “encensé” et de recevoir de la part de la population les qualificatifs de “sauveur des hommes”, “nouveau Salomon”, “prince des médecins”, etc. car “à toutes maladies, un seul remède, la poudre d’Ailhaud”. Son fils, Jean-Gaspard, hérite des talents et surtout de l’immense fortune de son père. Voilà comment on devient seigneur de Castellet… mais aussi de Vitrolles, de Montjustin, conseiller et secrétaire du roi, gouverneur de Forcalquier…

Gargas

Cité au 10e s. : Gargatium (de gar/car, racine préceltique qui signifie la pierre, le rocher). La répétition indique le pluriel. Le village de Gargas n’existe pas en tant qu’agglomération.

Dans la région aptésienne, c’est le seul exemple d’une commune composée exclusivement de “campagnes” isolées et de hameaux importants, tous éloignés des points d’attraction traditionnels : l’église et le château. Le village primitif bâti autour d’une église et d’un donjon, au sommet d’un monticule qui domine la paroisse et l’habitation seigneuriale modernes, a été entièrement abandonné lorsqu’une sécurité relative a permis l’exploitation des plaines voisines. Les habitants, ne pouvant résider autour du berceau de leur commune, se disséminèrent dans le terroir au hasard des cultures et des concessions de longues durées. L’essaimage est un fait acquis lorsque l’église et le château actuels remplacent au bas du mamelon les anciens noyaux de la bourgade féodale. Le territoire de Gargas est l’un des plus connus de la Provence au titre de la préhistoire. Il comprend des sites très abondants. La région aptésienne a fourni un certain nombre d’inscriptions celto-grecques : c’est là une preuve de la persistance des caractères ethniques primitifs dans ces contrées un peu retirées, où l’élément romain n’absorbe pas rapidement les occupants autochtones. Ces inscriptions n’appartiennent pas à une époque antérieure à la conquête, mais bien à la période de colonisation. Les vestiges de l’époque gallo-romaine dans le terroir de Gargas ne sont pas nombreux : seules les poteries sont en quantité suffisante pour démontrer que les villas ont occupé certains quartiers. La voie Aurélienne longe la limite actuelle sud, avant d’atteindre le pont Julien. Fief des d’Agoult, puis des Simiane et, à la Révolution, du prince de Condé. Place forte qui est le théâtre de nombreux ravages au cours des guerres de Religion : en 1597, le village et son château détruits, les habitants s’enfuient.

Gignac

Cité au 11e s. : Gigniacum. Du latin ignis, le feu. Cette hypothèse est confortée parce que le quartier de La Ferrière est le site le plus fréquenté à cette période. Le minerai de fer qui y est extrait a une teneur de 45 à 55 %. L’étude des anciennes scories permet de vérifier que cette mine est exploitée du néolithique jusqu’à la colonisation romaine. D’autres fouilles sur les forges artisanales parsemant la commune indiquent cette petite industrie liée au fer a perduré jusqu’au 3e siècle. Comme alternative il existe l’idée d’un Gigniacum et castrum Gigniaci, du 11 e siècle qui suggèrent un domaine ayant appartenu à un homme gaulois Gennius avec le suffixe -acum…

Sauf qu’au 11 e siècle il y a déjà des cartulaires depuis 300 ans dans les églises et les monastères environnants et qu’ hélas, il n’y pas de trace de “Gennius”! … Il a dû oublier de laisser sa carte de visite aux préposés aux écritures… Décidons que les origines toponymiques restent encore très floues et aujourd’hui . Mais deux légendes subsistent : d’après la première, le village de Gignac aurait été fondé en 125 avant Jésus-Christ, par des fugitifs : des Décéates, des Oxybiens ou des Salyens cherchant le salut à l’intérieur des terres, et d’après la deuxième, sa fondation est attribuée à des Niçois fuyant la guerre. Gignac au passé mystérieux, suscite encore de grands doutes de nos jours. Plusieurs fois détruit, et reconstruit au fil des siècles, peu de vestiges de son passé permettent d’avoir des affirmations sur ses origines avant le 13e s. Seigneurie des d’Agoult au 13es., qui, après être passée en de nombreuses mains, échut aux Thomas, du 17e s. à la Révolution. Village déserté en 1400, repeuplé autoritairement un siècle plus tard. Le village, gagné à la cause calviniste, est pris et détruit par le comte de Carcès.

Lagarde d’Apt

Occupation préhistorique : site communal inclus dans un terrain de chasse très fréquenté à cette époque. Cité au 13e s.: Garda. Le mot “garde” désigne au départ une “tour de garde”, puis une forteresse (l’origine est germanique : warda). Elle fait partie de la seigneurie de Sault. Territoire inhabité au 16e s., village créé en 1626 par acte d’albergement, auquel sont étendues les franchises du comté de Sault, en 1728. Le plus petit village du département et le plus élevé.

Rustrel

Territoire occupé au néolithique et par les Romains. Mentionné au 12e s.: Rograstrel, en 1274 : De Ruastrello, (le nom signifie ormes, en celte, Rüster). Seigneurie des Simiane, des Eyroux, puis de la ville d’Apt qui la vendent en co-propriété. Elle passe entre de nombreuses mains et, en dernier, aux Archias du Clos. Pendant les guerres de Religion, le village est occupé par les protestants, de 1570 à 1575. Outre l’industrie de l’ocre, c’est jusqu’à la fin 19e s. une importante fonderie de quatre hauts-fourneaux.

Saignon

Mentionné au 10e s.: Sagnione. Etymologie probable d’origine celtique : sagno, marécage, devenu en provençal sagno, variété de roseau. Une autre étymologie plus spécieuse pose que ce promontoire utilisé comme observatoire et émission de signaux soit à l’origine du nom de la commune : Signum, Sagnio puis Saignon, mais le passage de “i” à “a” est quasiment inexistant en latin… Reste le classique recours à un patronyme : ce nom provient d’un homme latin dénommé Sanius qui semble s’être transmis jusqu’au haut Moyen Âge. Certes une charte du Cartulaire de l’Église d’Apt datée de 906, est signée par un Ansegnone (En’ Segnone)… Mais ça reste compliquer à expliquer… Alors que l’hypothèse “celte/ marécage” est consolidée par les découvertes de la carrière Négri : la surface d’un banc calcaire mis au jour au cours de l’exploitation, a livré une dalle a empreintes de pas. Elle se situe au lieu-dit Le Carlet, au sud-est de la gare de Saignon. Des centaines d’empreintes sont visibles à la surface de ce paléosol marécageux daté de l’Oligocène. On y a identifié des empreintes de Palaeotherium magnum, Anchilophus radegondensis, Anoplotherium commune, A. latipes, Xiphodon gracile, Pterodon sp. et Hyanodon sp., ainsi que des formes inédites et des empreintes de pattes de gros oiseaux.

Coseigneurie des Simiane et des évêques d’Apt qui cèdent successivement leurs droits sur Saignon au comte de Provence. Consulat très tôt maintenu sous une forme ou sous une autre jusqu’au 18e s. Sous François Ier, le village est racheté par ses habitants après la vente de la seigneurie. Pendant les guerres de Religion, les protestants s’emparent du château après plusieurs tentatives. Saignon est de tous temps une place forte importante, qui commande l’accès au pays d’Apt. Presqu’inhabité en 1471, il y a 1275 habitants en 1765.

Saint-Martin-de Castillon

Cité en 835 Abbatia S. Martini, latin Martinus, dérivé du nom du dieu Mars. Un monastère de Bénédictines s’y implante au 6e s. Fief des évêques d’Apt, des Pontevès, puis des barons du Piguet, de 1724 à la Révolution. Le village primitif de Castillon est situé à 2 km à l’est de l’actuelle agglomération. iI fut pratiquement rasé au cours des guerres de Religion, et les habitants s’établissent alors à l’emplacement actuel, où primitivement s’élève l’abbaye disparue de Saint-Martin. Cette nouvelle communauté prend alors le double vocable de Saint-Martin et de Castillon, petit château. Vocable révolutionnaire : Luberon-la-Montagne.

Saint-Saturnin-Lès-Apt

Cité au 10e s. : Sanctus Saturninus. Fief des d’Agoult en 1190. Seigneurie partagée au 14e s. : la section Ouest estfief du Comtat, la section Est, provençale donc, relèvet du comté de Sault. Fief des Puyloubier en 1302, de Guillaume du Luc en 1406, des Vins au 17e s., des Monclar en 1739. Il subsiste d’importants vestiges du Castrum, perché sur un éperon rocheux à 450 m. Jadis, exploitation des marnières de Perréal (engrais).


Viens

Cité en 1005 : Vegnis, les vignes en bas latin, et en 1225 sous son vocable actuel. Fief des d’Agoult, puis successivement des Simiane, Sabran-Forcalquier, Villemus, Glandevès, d’Agoult-Montauban. Ancienne baronnie de Grange de Simiane.

Villars

Site de plusieurs villas romaines sur le territoire, à l’origine étymologique du vocable ; cité au 12es. Villariun. Fief des d’Agoult jusqu’au 14e s., puis des Astorg de Peyre ; érigé en marquisat et en duché (1627) en faveur de Georges de Brancas, transformé en duché-pairie pour Louis-Antoine de Brancas (1716).