Les rats ont envahi Paris.

Ce texte a été écrit par Dorothée Rivet, lors de l’atelier “Le monde est un polar” avec Karim Miské au printemps 2017.

Un véritable déluge. Paris n’avait pas connu un tel phénomène depuis 1911. Les rues inondées. Les égouts saturés. Les rats grouillant dans les hauteurs de la ville et les appartements surélevés. Pour des raisons sanitaires, le quartier a été évacué. Une épidémie d’Ebola est à redouter. Des patrouilles en goguette veillent à embarquer les habitants. Dans un immeuble du quartier de la mairie, une famille se terre dans son antre. Elle ne veut pas quitter son domicile. Ils ont laissé les forces de police enfoncer la porte. Ils se sont cachés dans le placard dont la porte est camouflée par une tenture et n’ont pas été débusqués. Les pompiers sont débordés et ne peuvent imaginer que des habitants ne veulent pas lâcher leur appartement. Une fois seuls, ils sortent de leur cachette et voient les rats qui ont fui l’inondation trotter sur le parquet. La mère hurle, un enfant dans les bras.

-On aurait dû les écouter, dit-elle au père impassible. Le petit va attraper le mal.

-T’inquiète. Ce déluge est une aubaine. On n’avait plus le sou pour rester ici. On va visiter les appartements de l’immeuble. On trouvera bien de quoi survivre jusqu’à la fin de la mise en place du cordon sanitaire et même plus.

-Des bijoux ? Le regard vénal de la femme s’anime.

-Pourquoi pas, fait l’homme suffisant.

Le petit dans les bras, ils sortent de leur domicile en s’équipant d’un kit de crochetage. Les sirènes pourront hurler, personne ne viendra les déranger. Les propriétaires de l’immeuble, dans leur précipitation ont oublié de fermer leur domicile. Ils font le tour du premier appartement et trouvent des conserves, du sucre et de la farine. En fouillant, ils découvrent un collier de perle et un bracelet en platine. La récolte est maigre. La femme est déçue. Alors que dehors, les forces de police patrouillent en canoë, équipé de blouses de survie et de masques, la famille poursuit son entreprise de charognard. Petit à petit, elle accumule un vrai trésor de guerre. Ils ne font plus attention aux rats qui grouillent de plus en plus. Ils se sentent riches comme ils ne l’ont jamais été. Ils rentrent chez eux, heureux que la fureur des éléments leur ait permis de devenir des nantis. Ils ont trouvé de l’or, de l’argent, des bijoux et de quoi tenir un siège d’un an. Soudain, l’homme se met à vider ses boyaux.

-J’ai de la fièvre dit-il en touchant son front. Il frissonne. Ils n’ont plus d’eau, celle de la ville n’est plus potable. Sa femme assiste impuissante à sa lente agonie. Elle a peur. Il a attrapé le mal. Dieu les a punis. Elle pense au petit. Du haut du sixième étage de la rue, elle hurle à la fenêtre :

– Au secours !

Mais dans la tempête qui fait rage, personne ne l’entend ; Elle se met à vider ses boyaux, et frissonne à son tour. De la fenêtre où elle criait, elle s’évanouit et bascule dans le vide faisant un grand splatch lorsque son corps entre en contact avec la marée aqueuse qui est montée jusqu’au troisième étage.

Quand les militaires découvrent son corps, elle est mourante. Elle a juste le temps de murmurer que son petit est seul au sixième étage au 4 de la rue Péclet. Elle meurt dans les bras du militaire qui l’a secourue. Les hommes retrouveront le petit sain et sauf en train de courir après les rats.

Dorothée Rivet

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