A la découverte du Daddynosaure

Une espèce qui s’ignore,
mais que l’on ne peut ignorer.


O n parle beaucoup de la génération Y, des Millenials, mais il existe une espèce dont on ne parle pas assez… On le croise souvent dans les couloirs de l’entreprise, à la télévision, ou même dans sa propre famille : le Daddynosaure est aujourd’hui partout, et devient de plus en plus visible avec le temps. Mais qui est-il vraiment ? Partons à la découverte du Daddynosaure.

Le Daddynosaure a du pouvoir

C’est indéniable.

Il a des responsabilités.

Après des années à se frayer un chemin dans le monde de l’entreprise ou de l’administration, il est aujourd’hui au sommet de la chaîne alimentaire sociale. Il décide, commande, sourit sur les photos. Héritage lointain mais présent de la seconde révolution industrielle, il ne doit pas être remis en cause par des collaborateurs situés en-dessous de lui. Il est le plus souvent aveuglé par le profit et a très peur du talent des autres car ils pourraient mettre en cause sa légitimité. Issu directement de la société du spectacle de la deuxième moitié du XXème siècle, le Daddynosaure a pour objectif premier de ne surtout jamais perdre la face : l’échec n’est pas une option, et il est impensable pour lui d’avouer qu’une de ses initiatives n’a pas fonctionné.

Il a un large réseau.

Pour garder sa position, il peut s’appuyer sur son large réseau de Daddynosaures, qui, tout comme lui, ont percé chacun de leurs côtés dans des domaines divers et variés. Avoir d’excellentes relations en droit ou en politique sont toujours un atout pour débloquer certaines situations délicates, ou pour empêcher de nouveaux trublions d’apparaître. D’ailleurs, il valorise en priorité ces fameuses relations plutôt que la réussite, et préfère largement travailler avec le fils d’un ami plutôt qu’avec un parfait étranger bien plus compétent. Et s’il peut placer sa propre progéniture, c’est encore mieux.

Il a du patrimoine.

Au fil des années, le Daddynosaure a accumulé de l’argent dûment gagné, bénéficiant d’une société en pleine expansion et d’un contexte économique favorable. Il a pu bénéficier depuis 15 ans de la hausse continue du prix du m2, ce qui fait de lui un citoyen riche, même s’il se plaint tout le temps de ne pas l’être, ou de payer encore et toujours trop d’impôts. Une raison qui l’incite souvent à vouloir dissimuler une partie de son argent dans d’autres pays, en clamant haut et fort qu’il est inadmissible de le faire.

Le Daddynosaure est déconnecté

Complètement.

Il est déconnecté de la réalité.

Assis sur son petit tas d’or, le Daddynosaure est resté coincé dans le XXème siècle. Il compte bien garder jusqu’au bout sa collection complète de privilèges glanée au fil des années, entre primes et congés exceptionnels, et s’étonne ensuite de voir son pays s’enliser doucement dans une dette abyssale. Avec un rare égoïsme, il prépare ses vacances aux Maldives, en regardant la jeune génération se démener comme elle peut avec un marché de l’emploi atone, une situation écologique préocupante, et surtout, le Daddynosaure ne s’émeut guère de voir que ce sont ces mêmes jeunes qui devront lui payer une grande partie de sa retraite, sans qu’ils aient l’assurance d’en avoir une eux-mêmes. Ce qui ne l’empêche pas de les avertir que s’ils n’ont pas une Rolex au poignet à 50 ans, ils auront raté leurs vies.

Il est déconnecté de la société.

Le Daddynosaure peut parfois surprendre par ses propos sexistes, homophobes, racistes, ou teintés d’un certain relent colonialiste. Pour lui, ces sujets sont comme des petites blagues qu’il distille pour égayer les conversations, sans se douter une seule seconde que ces anachronismes n’ont pour conséquence que de heurter violemment son entourage. Il est incapable d’imaginer que c’est à lui de s’adapter à ce nouveau monde, alors il rejette la faute de la situation sur tous ceux qui lui sont différents.
Il ne comprend pas les vrais enjeux de la mondialisation, et n’admet pas qu’un rééquilibrage entre les pays puisse s’effectuer ou pire, que son pays puisse être rattrapé par d’autres.

Il est déconnecté tout court.

Internet ? Bien sûr qu’il connaît : il a une adresse mail.
Mais pour lui, d’une manière générale, le web est surtout associé à la “technologie”, ce concept très compliqué à base de code informatique, uniquement compréhensible par les opérationnels, c’est-à-dire bien loin de ses cercles d’influences. De plus, de la même manière que le jeu vidéo est forcément un loisir abrutissant, le web n’est qu’un média supplémentaire comme l’est la télé ou la radio : un énième canal de diffusion, qui lui permet de propager sa bonne parole sur toute la planète.

Le Daddynosaure a peur

Et on le comprend.

Son monde change.

Le Daddynosaure régnait sans partage depuis des décennies quand la météorite Internet est venu s’écraser sur son monde. L’onde de choc, au départ timide, a pris du volume années après années, en avalant tout sur son passage. Autour de lui, c’est l’hécatombe : entre les Daddynosaures qui se font ridiculiser par de mauvaises décisions et ceux qui se font tout simplement évincer, il sent bien que c’est la fin d’une époque, mais n’arrive pas à se l’avouer. Alors, de la même manière que les autres sont la source de tous ses maux, Internet est souvent le coupable idéal de la déliquescence de notre époque. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il pense que c’est une bonne idée d’installer des mouchards partout sur le réseau afin de mieux surveiller les malfrats, et par la même occasion tout le reste de la société.

Son autorité est mise à mal.

D’un point de vue professionnel, de nouvelles sociétés éclosent à une vitesse effrénée, plus digitales, plus innovantes, et viennent complètement chahuter son business. Un vent de panique s’empare de lui, et plutôt que de chercher à s’adapter, il préfère crier à l’injustice en tentant de faire bloc avec ses autres copains Daddynosaures pour empêcher la nouvelle économie d’émerger.
D’un point de vue personnel, il ne supporte pas d’être bousculé par certains utilisateurs qui sortent de nulle part, se cachent derrière l’anonymat, et peuvent le contredire, voire même le défier sur son propre terrain.

Il vieillit.

Avec le temps vient la sagesse, mais viennent aussi d’autres comportements moins enviables : la nostalgie, l’immobilisme, le conservatisme.
Alors le monde accélère, le Daddynosaure n’aspire qu’à une chose, c’est qu’il ralentisse un peu. Il est pétrifié en regardant, impuissant, le monde d’hier se défaire, incapable d’imaginer comment construire celui de demain. Comme il est persuadé qu’il est le seul à pouvoir mener ce monde, il campe sur ses positions, restant hermétique aux propositions des autres, et de la jeune génération. Il s’enferme encore et toujours dans une forme de résistance au changement, qui est pourtant la clé de notre survie dans ce nouveau siècle.

Un jour, moi aussi, je serai un Daddynosaure.

Je me serai battu pour gravir les échelons de la société, pour trouver ma place au soleil. Je serai quelque peu usé par les années, et gagné par une certaine nostalgie des années 2000, quand Internet était encore un joyeux bordel. Autour de moi s’agiteront de jeunes gens plein de vie, jamais à court d’une nouvelle idée, d’un nouveau challenge. Certains même voudront ma place.
Alors, même si je serais tenté de les ignorer ou de les écarter gentiment, il me faudra prendre du recul et essayer de me remémorer toutes ces années à essayer de convaincre les Daddynosaures d’accepter de changer d’époque.
Car ce changement est inéluctable.