Dans l’antre de Frank Garam

Frank Garam a investi le 30, boulevard de la Libération il y a quinze ans. Toutes ses créations sont exposées dans l’atelier. Il bricole, assemble, colle des objets et des morceaux d’objets, tous trouvés dans les rues de la ville ou amenés là par des copains.

“ Je fonctionne par assemblage, par association. Dans ce que je fabrique, mais aussi avec les gens, les événements ”


Tous les jours, Frank marche pendant au moins deux heures dans Marseille, dans l’attente de tomber sur quelque trouvaille.

“Quand on cherche quelque chose, on finit par le trouver.”

Il préfère les vieux objets et papiers, comme les anciens numéros de Paris Match et leurs publicités surannées. « Avant, il y avait des piles de vieux Paris Match dans la rue, mais c’est fini, aujourd’hui ça s’achète dix euros dans les brocantes. »

La table à manger, une “tentative de refaire le monde”, à partir d’un vieil atlas.

Avant l’art de la récupération, Frank Garam a vécu quelques années à Nice. Il était inscrit en faculté de Sciences économiques, mais passait plus de temps sur les bancs de l’école des Arts déco.

Le Marseillais travaille la plus grande partie de sa vie dans la restauration de luminaires. Mais ils sont bien différents de ceux qu’on trouve aujourd’hui dans son atelier.

« Celui-ci, j’ai mis dix ans à le fabriquer. À la base, c’est un portant pour vêtements et un vieil aspirateur. »


Son premier atelier se trouvait rue Crudère, à Marseille. C’est là qu’il commence à métamorphoser les objets.

Frank Garam, devant son établi
« C’est un peu comme de la poésie plastique. Je fais avec ce que je trouve au fur et à mesure, on peut toujours ajouter des choses. »

Aucun objet de sa fabrication n’est donc jamais vraiment fini. Si tout est exposé sur les murs ou dans les vitrines, c’est pour avoir une vue d’ensemble, et déceler des associations inattendues.


Les Barbie et autres poupées décapitées ou transformées parsèment la pièce. Il avait travaillé sur le sujet pour la galerie Andiamo.

« Je n’aime pas les Barbie. Celle-là représente la légende de l’arrivée de l’homme blanc en Afrique. L’histoire parle d’une femme arrivant par la mer, chevauchant un poisson. Elle raconte que les blancs apporteraient du bonheur, certes, mais surtout beaucoup de malheur. J’ai pensé que Barbie correspondait bien à cette idée. »

En ce moment, l’artiste se tourne vers la mise en mouvement de ses objets. Grâce à des panneaux solaires, il veut fabriquer une installation où l’énergie se transmettrait d’objet en objet pour les mettre en mouvement les uns à la suite des autres.

« Chaque production est une expérience. J’aime ne pas savoir ce que ça va donner. Si je sais ce qui va se passer en assemblant telle chose avec une autre, ça enlève tout l’intérêt. »
Détail du luminaire, au-dessus de la table.

Aujourd’hui, l’avenir de cet atelier hors du temps est incertain. Frank Garam n’est que locataire, et le lieu pourrait être mis en vente.

« Je n’y pense pas trop, mais après tout ça me plairait de changer, de tout recommencer ailleurs. Je vais pas vers ce que je désire, mais vers ce qui m’accueille.
C’est très étrange, d’un côté j’ai cette menace qui pèse, et de l’autre j’ai beaucoup de sollicitations, en ce moment, pour mon travail, alors que pendant quatre ans il ne se passait rien. »

Une équipe de télévision suisse est en effet en train de tourner un reportage, et l’artiste expose vendredi aux Docks des Suds à l’occasion d’un concert de jazz.

“Il n’y a pas de hasard, seulement des choses que l’on ne comprend pas.”
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