3 jours à Séville

Que voir en un weekend à Séville

La cathédrale de Séville

Je suis un rêveur, aventurier de l’esprit, voyageur par passion mais peut-être aussi par déni. J’ai décidé d’écrire cet article en pensant très fort à ma camarade d’aventures Un autre regard.

Elle et moi avons tous les deux pas mal voyagé durant notre enfance (merci la famille) et nous avons bien évidemment partagé ce gout. Quoi de plus naturel alors que de commencer par un article de voyage ? Il manque cependant un peu d’actualité, ce n’est ni le premier - ni le dernier - de nos voyages. Ce weekend date de juin 2016, mais il était vraiment superbe.

Tout d’abord, pour nous, comme pour tout le monde, nos weekends sont sacrés, et nous voulions vraiment découvrir quelque chose de dépaysant. Car le voyage précédent, en mars, était à Bruxelles et il faut bien avouer que niveau beau temps, ce printemps, c’était pas trop ça. Ce second city trip lors de notre période de stage de fin d’études forme donc avec Bruxelles un bon duo de cultures. Nous vous conterons d’ailleurs ce weekend à Bruxelles dans un prochain article (promis !).

On a donc pris un lundi de congés, et regardé sur Google Flight. C’est d’ailleurs un super outil ceci dit en passant. Et voilà, pour une bouchée de pain et sur un coup de tête, on réserve pour Séville. La destination était en concurrence avec Amsterdam et Londres. L’exotisme a gagné. Un autre regard n’était jamais allé en Espagne ; moi, seulement enfant et adolescent et dans des zones frontalières. Alors, nous étions tous les deux contents de voir une ville décrite comme constitutive de l’âme Ibérique et Andalouse, en plein cœur du pays, loin de chez nous.

Il faut aussi dire que par notre passif d’étudiants en histoire ayant croisés la route d’un fou d’histoire maritime, la ville de Séville nous allait bien.

Alors voilà, c’est parti pour 3 nuits (vendredi, samedi, dimanche). Notons le côté pratique d’avoir un vol le vendredi soir et un le lundi soir. Personnellement, je déteste les blogs qui ne détaillent pas leur timing, c’est pourtant tellement important dans la mise au point d’un voyage.

J’aime bien l’idée de tester différents modes de logements lors de mes voyages, et bien sûr si possible économiser. Par chance, l’Espagne est un pays franchement abordable et il cultive comme l’Italie la culture des pensions, logements à bas prix tenus par des familles ou des religieuses. Nous avons donc logé dans une pension du centre-ville historique, climatisée, pour 55€ la nuit. Le quartier est vraiment hyper charmant, il porte le nom de barrio (ce qui signifie quartier) Santa Cruz. Pour les curieux, il s’agit de la pension Cordoba, que je recommande.

Dans le Barrio Santa Cruz

Le quartier, ancien, a gardé le plan et les constructions de l’époque médiévale et moderne. C’est un réseau de petites rues étroites et tortueuses, à l’ombre, pleines de charmes. Les pavés donnent de l’authenticité, les petites places découvertes par hasard font partie du charme, tout comme le plaisir de jeter un coup d’œil dans les vestibules et patios, découvrant le plus souvent de somptueuses compositions d’azulejos et de mosaïque.

Le siècle d’Or de l’Espagne comme si vous y étiez. C’est très propre et sûr, tout en dégageant un exotisme certain — ce qui est le cas de toute la ville. D’une façon générale, la ville est parsemée absolument partout d’orangers. Y aller à la floraison doit embaumer.

J’ai vraiment adoré les odeurs du parfum des lauriers se dégageant des jardins de l’Alcazar vers le Barrio, et les senteurs de la flore méditerranéenne qui montent en fin de journée.

Le centre ville de Séville

Voilà pour le cadre. Concernant l’autre point capitale d’un voyage : la nourriture bien sûr. De ce côté-là, par flemme après les longues journées de marches, j’avoue avoir un peu eu de mal à trouver la taverne authentique dispensatrice de tapas. Ceci dit nous sommes arrivés à nous sustenter ailleurs que dans de grandes chaines. Mention spéciale à ce café hyper sympa près de la Torre del Oro, dans le paseo de las Delicias, au design moderne et simple, qui sert de supers bocadillos — les sandwiches locaux. Le dernier soir, le guide Michelin nous a aussi conseillé un restaurant jouxtant le grand parc de Maria Luisa, et pour le coup la cuisine locale et originale était très bonne. Par exemple, ces poches de canard frites à l’orange et au chocolat. Vous aussi vous avez l’eau à la bouche ? Et puis j’adore le mélange sucré salé, d’orange et de chocolat. Cela rappelle les lointaines aventures des sévillans… Nous avons pris nos petit-déjeuners sans honte au Starbucks. Mais il faut avouer qu’il y faisait frais, qu’il avait une superbe vue sur les Archives générales des Indes, et qu’il servait des croissants et sandwichs au jambon ibérique bien sympas. Et, le meilleur pour la fin, de grands jus d’orange frais faits avec des oranges d’Andalousie :D

Alors qu’on le dise tout de suite, j’ai été emballé par les richesses culturelles de la ville. C’est vraiment impressionnant, mais toujours à échelle humaine. En fait, je n’avais pas été séduit à ce point par une ville et son patrimoine depuis Rome (et Vérone maintenant !), alors que je suis passé entre dans temps pas mal de villes… Ça doit être le côté méditerranéen, l’influence de l’Afrique du Nord, de l’art occidental et des grandes découvertes mélangés.

Dans le genre bâtiment qui n’attire pas les foules mais que je recommande, nous avons commencé par les Archives générales des Indes. C’est une construction du XVIIIème siècle presque aveugle sur l’extérieur, renfermant tous les documents sur la colonisation ibérique au Nouveau Monde de 1492 aux années 1820. Autant dire un trésor. Nous n’avons pas accès aux collections mais à des ouvrages anciens liés à Cervantès, à un escalier majestueux, et à une magnifique galerie intérieure qui m’a bizarrement rappelé le Trinity College. Ce doit être à cause des milliers de documents juridiques entreposés sur sa longueur.

Les archives générales des Indes

Nous avons ensuite vu l’Alcazar, ou palais royal. A mon avis, il s’agit de la visite à ne pas louper à Séville. Bien que construits par les musulmans au Xème siècle et amélioré sous les Almohades au XIIème, l’essentiel a été construits par les rois chrétiens après la reprise de la ville en 1248. A noter : 244 ans avant la chute de Grenade, pourtant située à… 248 kilomètres. La ville a subi un violent tremblement de terre en 1346, ce ne sont donc pas les chrétiens qui ont mis à bas les splendeurs musulmanes. C’est un bâtiment construit par des rois chrétiens dans un style fortement influencé par les musulmans, l’art mudéjar. C’est très beau, aussi bien pour les détails des surfaces (murs, sols…), du style des constructions que de l’aménagement (fontaine, patios…). Ainsi, les jardins sont splendides, et l’édifice présente de multiples cours très jolies où il est possible de s’éloigner de la foule.

Le magnifique Alcazar et ses jardins

Un peu moins indispensables mais qui fait tout de même travailler l’imagination, nous avons aussi arpenter la Torre del Oro, une construction des Almohades au bord du Guadalquivir, emblème de la ville, et la magnifique université. C’est un très beau bâtiment du XVIIIème siècle, ancienne manufacture royale des tabacs. Vous savez, la scène dans Carmen où le brigadier Don Jose rencontre la célèbre gitane. L’extérieur est très chouette et donne presque l’impression d’avoir été transporté à Cuba.

La Torre del Oro
L’université de Séville

La visite la plus moderne est celle du Metropol Parasol, vaste construction de béton et de bois datant de 2012. C’est assez chouette, esthétique et original, et permet une belle promenade panoramique au-dessus des toits de la ville en fin de journée.

Le Metropol Parasol

Pour notre deuxième jour, nous avons focalisé notre attention sur la cathédrale. Construite sur l’ancienne mosquée, elle est célèbre pour son minaret ou Giralda, témoin de l’époque musulmane, et jumeau de celui de Marrakech. Pour être monté au sommet, c’est vrai que la hauteur est impressionnante, et d’autant plus pour l’époque. Cependant, j’ai vraiment adoré l’intérieur de la cathédrale. Je suis d’accord pour dire qu’elle ne ressemble à rien de l’extérieur, et que l’intérieur présente un aménagement de l’espace bizarre (où est l’axe de la nef ?). Mais la taille, le gout et la couleur créés un ensemble magnifique. Les constructeurs du XVème siècle voulaient bâtir une cathédrale d’une taille telle qu’on les prenne pour des fous, et effectivement elle est la plus grande d’Espagne. Ajoutez une pierre dorée, un retable flamand du XVème de 20 mètres de haut, le tombeau de Christophe Colomb et un style renaissance proche du gothique flamboyant anglais, et vous savez à quoi vous en tenir. Le patio aux orangers, attenant, est l’ancien espace aux ablutions de la mosquée. Bien que pas aussi frais que désiré, c’est un endroit absolument délicieux, entre orient et occident.

La cathédrale de Séville

Pour terminer ce deuxième jour, nous sommes allés voire le grand parc de Maria Luisa et sa fameuse place d’Espagne. Jardin préexistant remodelé dans les années 1910 et 1920 pour l’exposition universelle de 1929, il était complémentaire des pavillons construits à Barcelone cette année-là. Il représente le lien entre l’Espagne et les Amériques. Très sincèrement, c’est le plus beau parc urbain que j’ai vu. Mieux que Central Park. Par sa taille, son organisation, ses fontaines, et sa végétation luxuriante de plusieurs continents. La fameuse place d’Espagne est vraiment chouette à photographier, bien que ce ne soit qu’une sorte de décor vide. Et la fontaine en son centre a été très appréciée… Il faut dire qu’en fin de printemps, la température excède les 40°C. Notons une petite déception pour la place des Amériques, présentes sur de nombreuses cartes postales. Nous avons choisi de parcourir le parc en cyclo tour, car il est vraiment vaste et nos pieds souffraient le martyr. Et puis c’était une frustration d’enfance enfin réparée.

La place d’Espagne et le parc de Maria Luisa

Pour notre troisième et dernier jour, avant le départ en France, nous avons choisi de visiter la Casa de Pilate, palais d’une riche famille espagnole du XVIème siècle. Moins impressionnant que l’Alcazar, il vaut quand même vraiment le coup. Belle architecture et azuléjos, et beaux jardins ordonnés qui pour le coup nous transporte presque en Italie. Romantique à souhait.

La Casa de Pilate

Voilà pour le récapitulatif de nos visites. Maintenant, quelques suggestions relatives à notre expérience là-bas. Tout d’abord, ne croyez pas les gens sur internet qui vous disent que deux jours suffisent à découvrir la ville ! Non, non et non. Pour nous, un quatrième jour pour prendre notre temps, flâner le soir sur le Guadalquivir et découvrir d’autres lieux n’aurait clairement pas été de trop. Cependant, j’ai l’impression d’en avoir bien profité et d’en avoir vu suffisamment pour en garder un souvenir conséquent. Il faut dire qu’en 2 heures d’avion de Paris, on est plongé dans un dépaysement total. J’ai adoré le mélange des cultures, et le voyage intellectuel que la ville offre par ses liens avec son passé. Également, je recommande d’y aller avant le mois de juin ou après aout, pour profiter des senteurs des fleurs et aussi de ne pas avoir trop chaud. Dans le premier tiers du mois de juin nous avons bénéficié de tarifs intéressants, mais nous avons compris pourquoi elle est appelée ville la plus chaude d’Europe. Ceci dit, il y avait quand même une brise constante, et j’ai de pires souvenirs de chaleurs à Rome ou en Sicile…

Voilà ce que je pouvais dire sur ce magnifique voyage, et n’hésitez pas à partager votre avis sur mon texte ou sur la ville. On se revoit très bientôt je l’espère, pour un autre voyage.

Bibliographie :

Parce qu’il est aussi passionnant de voyager par la lecture, une petite bibliographie pour compléter :

· BENNASSAR Bartolomé : Cortés : Le conquérant de l’impossible

· GUICHARD Pierre : Al-Andalus, 711–1492 : Une histoire de l’Andalousie arabe

· NOURRY Philippe : Histoire de l’Espagne

· RUCQUOI Adeline : Histoire médiévale de la péninsule ibérique

· SCHMIDT Marie-France : Christophe Colomb

· SHAW Carlos Martinez : Séville XVIè siècle. De Colomb à Don Quichotte, entre Europe et Amériques, le cœur et les richesses du monde

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