Tablettes : stop ou encore ?

Moins de dix ans après la présentation du premier iPad d’Apple, sont-elles considérées comme “has been” ?

Un iPad Air 2 avec iOS 10.3.1.

27 janvier 2010 : le cofondateur d’Apple, Steve Jobs, lève le voile sur son dernier bijou : l’iPad, un grand écran de presque dix pouces de diagonale, tout tactile. Des centaines d’applications seront optimisées dans les semaines suivant la présentation de l’ardoise numérique. 15 millions d’exemplaires s’écouleront durant les neuf premiers mois de sa commercialisation.

21 mars 2017 : Apple met à jour le fleuron de sa gamme de tablettes… en recyclant des composants de ses deux dernières générations en un joyeux mélange dont le prix d’entrée de 409 € vous fera presque rire. Le tout sans tambour ni trompette. Mais que se passe-t-il au pays des tablettes ?

Ce n’est pas la peine de chercher midi à quatorze heures, le marché de la tablette tactile a bien du mal : 55 millions d’unités écoulées en moins ces deux dernières années. Les deux leaders, Apple et Samsung, sont les premiers à trinquer avec -14 % et -20 % de ventes en une année. Comment expliquer ce désamour pour cette catégorie de produits ?

Là aussi, la réponse nous saute aux yeux : le manque d’innovation ! D’une part, les constructeurs semblent de plus en plus avares en nouveautés sur leurs grands bidules : légers changements cosmétiques, nouveaux coloris ou encore nouvelles diagonales d’écran (de sept à douze pouces, impossible de ne pas trouver une tablette à la taille parfaite…). De l’autre, les concepteurs de logiciels semblent de plus en plus délaisser les grands écrans. L’application Facebook ne reçoit plus aucune nouveauté depuis plusieurs semaines. De plus, certaines parties de l’interface fonctionnent… quand elles veulent bien. Enfin, Spotify a décidé il y a quelques jours de carrément remplacer son application, dont l’affichage était extrêmement bien optimisé pour les tablettes, par une version « étirée » de l’app iPhone.

Facebook pour iPad avec sa colonne de droite qui tourne inexorablement dans le vide. Le problème est également présent sur les tablettes Android.
Spotify pour iPad à son lancement, en mai 2012. (Vidéo : The Verge)
Spotify pour iPad dans sa version actuelle. Remarquez tout cet espace vide.

Autant vous dire que cette vision n’est pas très idyllique pour qui a une utilisation autre que professionnelle de son ardoise numérique. Pourquoi mettre entre 400 et 1000 € dans un appareil dernier cri, quand celui qui a 3–4 ans fait encore très bien l’affaire ? Pourquoi acheter une tablette si nous disposons d’un smartphone, dont la taille des dalles n’a cessé de grandir ces dernières années et qui propose de plus d’applications et qui est plus mobile ? Pourquoi ajouter un écran supplémentaire à notre environnement déjà submergé ?

Apprendre que le marché de la tablette tactile continue à avoir du plomb dans l’aile ne nous étonne guère. Pour ne rien vous cacher, les quelques appareils dont nous disposons sont de plus en plus désertés, tandis que les smartphones ont toujours bel et bien la cote. S’il est entendu que réinventer la roue chaque année n’est pas chose aisée, un regain d’intérêt envers ces grands joujoux numériques ne pourra exister que si une révolution vient à poindre le bout de son nez. Seuls les prochains mois pourront répondre à cette question « les tablettes : stop ou encore ? »