Au-dessus de tout, la République

La République est un bien commun à toute la Nation et au peuple qui la compose. Elle n’est pas qu’une entité mystérieuse et évanescente que l’on convoque chaque fois que possible, elle est un ensemble de principes, de valeurs qui fondent notre vie en société, qui garantissent la possibilité pour tous les citoyens de partager le même espace, les mêmes lois et le même destin.

Elle est notre bien le plus précieux, elle doit animer l’action publique et les actes de ses représentants. Elle dépasse nos clivages, nos différences, nos divergences, parce qu’elle nous rassemble au-delà de tout. La République, ce n’est pas seulement la Constitution et les lois. C’est cela évidemment, mais c’est encore bien plus. Sans elle, la France ne serait pas la France, elle n’aurait pas cette particularité que constitue la recherche permanente de l’égalité entre les citoyens, sans tenir compte des identités qu’ils ont par ailleurs droit de revendiquer et assumer. Évidemment, l’égalité est malheureusement encore bien loin de nombre de nos concitoyens, mais la République assure son universalisme.

Servir la République en étant l’élu du peuple, cela sous-tend d’en respecter les principes et les règles. Cela signifie aussi avoir un comportement qui sache faire fi des opinions personnelles quand les institutions sont en jeu. Féroce critique d’une Ve République intrinsèquement déséquilibrée, j’en reconnais néanmoins toute la légitimité et accorde aux institutions qui en découlent tout le respect qui leur est dû. Nul nationalisme ou glorification gaulliste dans ces mots, simplement le constat qu’être républicain c’est concret.

J’ai donc été assez étonné de l’attitude adoptée par Jean-Luc Mélenchon ces derniers jours, d’autant que je lui ai apporté mon suffrage au premier tour de l’élection présidentielle précisément car il porte depuis longtemps un idéal républicain qui fait de plus en plus défaut à gauche. Quand François de Rugy (pour qui je n’ai jamais caché mon aversion) a été élu président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’État, le député des Bouches-du-Rhône est resté ostensiblement assis, le regard planté vers le bas et la mine sombre, laissant clairement comprendre que tout ce qui se passait autour de lui ne le concernait pas et ne l’intéressait pas. Que le leader de La France insoumise ait des désaccords avec le député LREM de Loire-Atlantique, cela n’étonnera aucun observateur un tant soi peu attentif. Mais en sa qualité de député de la Nation, représentant du peuple, investi d’une charge politique de la République, il est de son devoir de se montrer respectueux envers les institutions et ceux qui les représentent. Par contre, son absence de réaction quand le nouveau président de la chambre basse loue la présence du drapeau européen dans l’hémicycle, s’autorisant une digression idéologique (qui ne me gêne pas), est parfaitement justifiée puisqu’elle lui permet d’exprimer un désaccord sur une question de fond.

Personne ne va demander à Jean-Luc Mélenchon d’étreindre François de Rugy, de lui offrir des fleurs ou de l’inviter à dîner pour son élection. Il s’agit simplement de saluer l’élection du nouveau président de l’Assemblée et de lui adresser, selon la formule consacrée, des félicitations républicaines, dénuées donc de tout contenu idéologique. La concorde nationale est au prix de ces petites marques de respect qui font l’honneur des grands hommes et la grandeur d’un pays uni.

Il s’agit de même quand il déclare que la place de Donald J. Trump n’est pas au défilé militaire du 14-Juillet. La parade des armées sur les Champs-Élysées est un élément majeur du décorum républicain. Elle permet aux citoyens de venir saluer ceux qui s’engagent pour les défendre, au prix de leur vie si nécessaire, et aux soldats de rappeler qu’ils sont soumis aux ordres du pouvoir civil, issu d’élections démocratiques, et au service de la Nation. Par delà les polémiques habituelles, c’est un véritable temps fort de la vie de la République, qui met en exergue l’importance d’une communauté de citoyens unie autour de valeurs que certains s’engagent à protéger quoi qu’il en coûte.

Cette année 2017, la France célèbre le centenaire du débarquement américain qui a renversé le cours de la Première Guerre mondiale. Il est donc naturel que le moment-clé que constitue 14-Juillet y soit dédié. Comme il est de tradition quand notre pays rend hommage à des soldats d’un allié, le chef de l’État concerné est invité à prendre place à la tribune. En tant que socialiste, défenseur des valeurs de la gauche et viscéralement attaché à la souveraineté nationale, voir Donald J. Trump présent en tribune sur la place de La Concorde me révolte (je serai à l’étranger et raterai cette année le défilé pour la première fois depuis plus de dix ans, le hasard ne fait jamais mal les choses). Comme républicain, je respecte la venue non pas d’un ancien homme d’affaires sexiste et xénophobe, mais du président des États-Unis, dirigeant d’un État dont les combattants ont donné leur vie pour que nous soyons libres et capables de discuter aujourd’hui. C’est donc parfaitement la place du président américain d’assister le 14 juillet au défilé militaire, qu’il soit Donald J. Trump ou un autre.

Être républicain ne veut pas dire renier ses convictions ou les oublier, cela signifie simplement qu’on peut et qu’on doit les dépasser par moment, quand l’enjeu dépasse le simple cadre du débat idéologique. Se réunir autour de quelque chose qui nous dépasse, qui dépasse le temps présent, ce n’est pas rien et cela mérite d’être préservé.

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