Dentistes et solidarité nationale, un détonnant cocktail

Hier, les chirurgiens dentaires et étudiants en chirurgie dentaire étaient dans les rues de Paris. À l’appel de la Fédération des syndicats dentaires libéraux (FSDL), premier syndicat de la profession depuis peu, ils disaient leur opposition au projet d’accord proposé par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) concernant la nouvelle grille de remboursement des actes.

Rappel utile
Je sais qu’il y a des dentistes qui roulent en Porsche Cayenne, passent leurs vacances à Méribel, se plaignent de payer trop d’impôts et refusent les patients qui sont à la CMU. Je ne parle pas de ceux-là, mais de tous ceux qui sont des professionnels de santé honnêtes, qui bossent jusque 19h le soir et le samedi matin pour nous soigner et qui veulent juste vivre décemment de leur travail comme tout un chacun. C’est comme pour toute profession : il y a des connards absolus, qui comme les poissons volants ne constituent pas la majorité du genre.

Retour en arrière
Depuis 1980 (à peu de choses près), la grille des tarifs « Sécu » des soins dentaires (caries, détartrages) est figée. Comme le coût de la vie et les frais de fonctionnement d’un cabinet ont fortement augmenté depuis 37 ans, les chirurgiens dentistes perdent de l’argent sur les soins. Afin de faire tourner leur cabinet (et se rémunérer décemment => cf. Rappel utile au besoin), ils pratiquent des tarifs élevés sur les soins prothétiques (les couronnes). Pour vous la faire courte, votre couronne compense les caries de vos enfants (si vous en avez et s’ils ont des caries). Pour se payer une prothèse, il est donc nécessaire d’avoir une complémentaire santé.

Les réseaux de soins
Même si cette situation n’est pas satisfaisante, un modus vivendi avait été trouvé entre la profession, la Sécurité sociale et les complémentaires. Mais en 2012, la gauche revient au pouvoir. Dès les débuts du quinquennat, Bruno Le Roux fait voter une loi autorisant la mise en place des « réseaux de soins ». Sous ce vocable se cache la possibilité pour une mutuelle de fidéliser des professionnels de santé et d’accorder à ses adhérents des remboursements plus importants s’ils se rendent chez un partenaire. Ce système, en vigueur aux États-Unis, conduit aujourd’hui les prestataires privés de la protection sociale à décider de la politique des tarifs (selon leur intérêt de structure privée, et ce qui place des professionnels dans la difficulté).

L’objet du litige
Pour les chirurgiens dentistes, il est donc temps que la Sécurité sociale reprenne la main sur le dossier, d’autant que la loi Macron les avait bien échaudés. À l’occasion de la négociation de l’avenant à la convention liant le secteur de la chirurgie dentaire (représenté par la FSDL, la Confédération nationale des syndicats dentaires — CNSD — et l’Union nationale des jeunes chirurgiens dentistes — UNJCD), la profession a donc réclamé que la Sécu révise le tarif des soins en échange d’un plafonnement des prothèses. Selon les calculs syndicaux, il en coûterait 2,5 milliards € (le prix à payer pour 37 ans de stagnation tarifaire). La Sécu propose elle 800 millions €, ce qui générerait évidemment des difficultés financières pour un certain nombre de cabinets. L’absence d’accord (la CNSD ayant refusé de signer à la suite de la FSDL) conduit donc à l’échec des négociations et au passage par un règlement arbitral (unilatéral, imposé grâce à un amendement voté à la loi de financement de la Sécurité sociale, c’est dire si les discussions étaient bien engagées avant même d’échouer).

Les syndicats dentaires réclament donc plus d’argent public dans le système de remboursement, pour réduire les coûts des prothèses et diminuer la présence des complémentaires dans le système. La conséquence d’une réussite de leur mobilisation serait donc plus d’argent public et des coûts moins élevés au bénéfice des patients (notamment des plus modestes). Des libéraux qui permettraient d’appliquer une mesure de justice sociale, voilà qui ne serait pas banal.

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