Le développement personnel, Une démarche trop narcissique ?

PREMIERS PAS VERS LE « PERSONAL GROWTH »
En 2016, un ami m’a fait découvrir le documentaire « Le Secret ». Au début, j’ai eu du mal à entrer dans le sujet. La forme me dérangeait : des exemples un peu trop simplistes, surjoués, des intervenants (trop ?) exaltés à l’« américaine », des musiques et des chuchotements, qui se veulent mystérieux, mais qui, à mon sens, frisent le ridicule.
Cependant, ce que j’entendais sur cette fameuse « Loi d’attraction », me fascinait au point que j’ai visionné 2 fois de suite le documentaire. J’ai alors entamé des recherches sur la puissance du subconscient, le moment présent, les relations interpersonnelles, l’état d’esprit des « winners », la pensée positive.
Cette théorie que la puissance de l’univers serait présente en chacun de nous, est le plus beau conte de toute l’Histoire de l’Humanité !
A ce titre, en bonne élève qui applique la gratitude, je tiens à remercier sincèrement Eckhart Tollé, Dale Carnegie, Napoleon Hill, David Schwartz, Joseph Murphy, et tous les autres pour les horizons qu’ils m’ont ouverts.

L’EFFET « BALLON DE BAUDRUCHE »
J’ai assisté à un séminaire animé par un excellent coach français. Une fois passée l’euphorie de ce moment, je suis rentrée avec plein de notes, de livres, des notions très simples en théorie mais « quasi impossibles » à mettre en application au quotidien. Je trouvais que la plupart des participants, y compris moi, ressemblaient à des « cons surmotivés ».

Au lieu de me sentir mieux, je me sentais horriblement mal. Je m’en voulais de ne pas changer assez vite.
Tout cet apprentissage pour réaliser que j’étais souvent en mode « Fais ce que je dis mais pas ce que je fais ». En même temps, j’observais les mêmes travers chez les personnes que je rencontrais dans le développement personnel.
Le dicton “quand tu penses trop à toi, tu ne comprends rien aux autres” m’interroge sur certaines conséquences du développement personnel.
Et si finalement, cette démarche ne nous rendait pas trop narcissique ?
LA CELLULE D’ISOLEMENT

Au cours de mon travail d’introspection, j’apprenais à être dans l’instant présent, je me forçais à observer ce qui m’entourait, et analyser mes réactions.
Pour maintenir une certaine distance avec mes émotions, j’ai mis en place un système de notation sur 10 pour évaluer l’intérêt de ce dont je nourrissais mon corps et mon cerveau, et de ce que ça m’apportait concrètement. A chaque action et échange, je tentais de peser le pour et le contre. J’ai ainsi réduit les fausses obligations, les plaintes (y compris les miennes), les blablas inutiles. Pendant ce temps, mon entourage se réduisait comme une peau de chagrin…
Je vivais de grands moments de solitude, une impression de vide et d’ennui profond. Traversant des phases de perte de repères, sans vision claire, je ne savais plus vraiment qui j’étais. Je prenais conscience de situations qui se répètent à l’infini : victimisation, fausse modestie, flagellation, léthargie, procrastination, colère…
L’INSPECTEUR COLOMBO OU LES QUESTIONS QUI FÂCHENT

C’est alors qu’à commencer le travail de questionnement. J’ai enfilé mon vieil imper, et démarré mon enquête par une question assez désagréable « Pourquoi tu reproduis toujours le même schéma face à telle situation ? ».
Par exemple, entre un burger bien gras avec des frites, et une assiette de brocoli, mon premier choix se porte sur le burger alors que JE SAIS que l’autre est plus raisonnable…
C’est là que je me suis rappelée que SAVOIR n’a jamais été synonyme de FAIRE. Ce qui nous amène à cette phrase que j’adore : “Savoir et ne pas faire, n’est pas savoir”.
D’accord, mais comment FAIRE alors ?
Tout d’abord, j’ai passé un contrat avec moi-même. J’ai le droit de manger le burger, sans les frites, uniquement si je mange du brocoli. Et là, les choses ont commencé à bouger. Dans ma petite tête, le burger était la récompense en échange de mon effort avec le brocoli. Au début, je trouvais ce légume fade, sans aucun intérêt gustatif, surtout si je le mangeais après le burger. J’ai ensuite modifié ma stratégie en entendant parler de « Eat the frog ». L’idée consiste à commencer par le truc qu’on n’aime le moins.
Plus tard, j’ai rencontré une personne végétarienne qui cuisinait magnifiquement bien. Tous ses plats étaient délicieux, y compris son brocoli. Elle m’a appris à ajouter des herbes et des épices pour augmenter la saveur des aliments.
Au fil des mois, mon envie de burger s’est estompé. Je suis passée de 2 par semaine à 1 par mois. Mon corps et mon cerveau me réclamaient des légumes, comme s’ils s’étaient concertés sans m’en avertir !
J’avais la preuve vivante qu’on pouvait changer à force de répétitions.
C’est assez drôle de se voir évoluer, préférer un verre d’eau à la place d’un café ou d’un alcool, alors que ça aurait été impensable auparavant.
LES ACCORDS TOLTÈQUES : UN PUISSANT REMÈDE CONTRE LA MISANTHROPIE

Un soir, j’ai retrouvé 3 amis que je n’avais pas vus depuis 6 mois. Nous nous sommes installés au restaurant, et chacun a posé son téléphone sur la table (déjà trop petite pour contenir les assiettes, les bouteilles et nos plats). Je leur ai suggéré de le ranger puisque nous étions enfin réunis. Chacun d’entre eux a donné une raison « valable » de conserver son appareil sur la table. J’ai rétorqué que c’étaient des fausses excuses, qu’être dérangés par les smartphones allait nuire à nos échanges.
Et je me suis faite traitée de ringarde !
Ça m’a coupé le souffle ! J’étais tellement vexée que je n’ai plus rien dit au sujet des téléphones. J’ai passé la soirée avec 3 personnes rivées sur les réseaux à commenter la vie des autres, à faire des selfies (ego, ego) à 40 ans passés…
Le paradoxe dans cette histoire, c’est que comme je me sentais exclue pendant que mes amis consultaient et commentaient, une force magnétique me poussait à saisir mon téléphone. Je devais me contrôler pour ne pas le prendre ! Cette situation absurde me donnait l’impression de ne pas avoir de relations sociales, ni de centres d’intérêt, et l’unique moyen de me prouver que c’était faux, était de tenir mon portable dans mes mains. Je me retrouvais tiraillée entre les suivre ou paraître asociale.
Je m’en voulais énormément, et j’avais clairement la haine contre eux.
En sortant du restaurant, j’ai alors pensé à l’accord toltèque « N’en fais pas une affaire personnelle ».
La marche étant préconisée pour la digestion et la réflexion, j’ai déambulé en me demandant pourquoi je m’étais sentie aussi humiliée. Cette balade en plein Paris by night m’a aidée à être plus attentive à mon discours interne. J’ai finalement réalisé que ce mal être n’avait rien à voir avec le comportement des autres. C’était moi, et moi seule, qui m’était racontée cette « histoire d’exclusion ». Après tout, mes amis avaient bien le droit d’utiliser leur téléphone, si ça leur convenait.
M’est ensuite venue la question « Quelle note sur 10 tu donnes à cette soirée? ». 4/10 parce que la nourriture et le vin étaient excellents. J’ai ensuite affiné avec « Quelle note tu donnes à cette soirée sur le plan des relations uniquement ? ». Et là, j’ai spontanément mis 1/10.
Ce constat m’a fait un électrochoc.

J’étais très liée à ces personnes depuis longtemps, et je ressentais le besoin de leur expliquer pourquoi le portable m’était insupportable ; son utilisation à outrance appauvrissait la qualité de nos échanges, et ces rares moments passés avec eux m’étaient très précieux. J’étais très fière d’avoir clairement exprimé mon ressenti, tout en restant calme.
Quelques mois plus tard, nous nous sommes de nouveau retrouvés au restaurant. Les 3 téléphones sont restés sur la table tout le dîner. En 20 mn, on était déjà à plus de 10 consultations…Ce fut la dernière fois que je les voyais.
Radical ? Très certainement. Un moment il faut agir si on veut rester cohérent avec ses valeurs. Je n’avais ni l’envie, ni les moyens (et tant mieux) de changer leur attitude vis-à-vis de leur smart phone. Par contre, j’avais les moyens de changer mon environnement. Si ces personnes ne me correspondaient plus, il ne dépendait que de moi d’en rencontrer des nouvelles.
N’oublions pas que nous sommes plus de 7 milliards sur terre, et avec un passeport français, on a la chance de pouvoir voyager à travers le monde.
Cette mise en perspective m’a bien aidée à prendre ma décision.
Même si leur comportement m’énerve quand j’y repense, une autre partie de moi, de plus en plus grande, leur souhaite tout le bonheur de monde. Au lieu de me répéter que ce sont des abrutis finis, je me dis qu’ils ont été parfaits pour moi à une époque. Et peut être que nous serons de nouveau liés, qui sait ? La vie est tellement surprenante !

Ces techniques de « Bisounours » m’aident à transformer mes pensées, mes émotions et mes paradigmes. Même si trop de personnes du développement personnel ont une fâcheuse tendance à m’exaspérer, je dois admettre que ces outils sont redoutables.
Si je reste rationnelle, il est clair que je passe beaucoup moins de temps à me prendre la tête, je pivote plus vite d’une pensée contre productive à un état de lâcher prise.
Comme dirait l’autre « on ne mange pas un éléphant en une fois, mais petite bouchée par petite bouchée ». Chaque évolution se fait step by step, autant que possible dans la joie et la bonne humeur !
LA MÉTAMORPHOSE : UNE DÉMARCHE A VIE
Il faut apprendre à savourer le processus plutôt que le résultat . La métamorphose vers une meilleure version de soi est un chemin très lent. La prise de conscience de son discours interne et la répétition de nouvelles actions représentent d’excellents outils pour avancer, même si ça n’exclut pas totalement les ras le bol, l’impatience, la peur et le doute.

Je garde en tête « Le messager est le message ». Cette phrase, d’une simplicité déconcertante, est l’un des concepts les plus difficiles à mettre en œuvre…On est humain après tout, donc perfectibles.
Rien ne se perd, tout se transforme…alors transformons les pensées polluantes en trucs sympas et rigolos, que ce soit à l’aide de séminaires, lectures, formations, petites actions comme bien respirer, sautiller, crier, marcher, écrire, dessiner, jouer, danser, chanter, faire de la musique…
La vie avec Internet nous met sur un plateau une multitude de savoirs. Il est important de maintenir une régularité d’écoute, d’appliquer ces savoirs, et tenir le cap.
Ah oui, encore une chose…
Même si mon entourage s’est réduit, les quelques personnes qui m’entourent valent de l’or à mes yeux. Merci la gratitude !
