5 choses à faire (& ne pas faire) pour soutenir une personne dépressive (Traduction)

adriel beaver
Mar 18, 2018 · 8 min read

Texte original : 5 Things to Do (And Not Do) to Support Someone with Depression — Publication originale sur Everyday Feminism — 21 Mars 2015


Notes de traduction:

Les liens de l’article original sont conservés, ils pointent cependant vers des ressources en anglais.


Une personne triste regarde par la fenêtre, une main sur le menton. Source: Img Kid

La dépression est une plaie. Tous·tes celleux qui la vivent l’expérimentent de manière différente, mais on est tous·tes d’accord : ça craint.

Parfois, cependant, je me demande si les gens qui ne la vivent pas comprennent — genre, comprennent vraiment, réellement — combien c’est immensément douloureux.

Par exemple, alors que les gens semblent utiliser le plus souvent ce terme pour exprimer des sensations passagères de tristesse ou de déceptions, la dépression est en fait une maladie chronique physique dont les symptômes sont majoritairement invisibles.

Et bien que l’on ait parcouru beaucoup de chemin dans notre capacité à la traiter, nous ne savons toujours pas vraiment ce qui la cause, ou pourquoi certains traitements fonctionnent ou non.

C’est exaspérant de vivre avec, car être triste, frustré, incapable de dormir, ou encore apathique pendant des périodes de temps longues et répétées est épuisant — tout particulièrement quand on ne peut prouver à personne qu’on est vraiment malade.

Même quand votre dépression est assez gérable pour que vous quittiez la maison, elle peut avoir un impact sur tout dans votre vie.

Elle peut interférer avec votre productivité, ou même comment vous paraissez à vos supérieurs au travail — ce qui a des conséquences sur vos revues de performance et en fin de compte la stabilité de votre emploi.

Elle peut faire que vos proches, vos ami·es, veulent moins vous voir car beaucoup de gens n’aiment pas le genre de négativité dont les personnes dépressives peuvent être imprégnées.

Dans sa pire forme, la dépression peut mener à la mort. C’est une maladie sérieuse et exténuante.

De manière générale, heureusement, la dépression vous transforme plus autant en paria social qu’autrefois.

Diana Morales, vice-présidente de l’éducation publique à Mental Health America, crée en 1996 une enquête et découvre que “seulement 38% des gens considèrent la dépression comme un vrai problème de santé”. Mais quand elle finit l’enquête en 2006, ce nombre est passé à 72%.

Nous avons fait de bons progrès quant à la stigmatisation d’avoir un trouble dépressif, mais très peu quant à la dé-stigmatisation des comportements qui indiquent ce trouble ce à quoi la plupart d’entre nous ne peut rien.

Une simple recherche Google pour “les gens dépressifs sont égoïstes”, par exemple, donne 1.3 million de résultats. // Au moment de la traduction, la recherche donne près de 1.5 million.//

Tout comme on ne peut pas arrêter une migraine par un simple effort de volonté, la plupart d’entre nous qui souffrons de dépressions sommes coincés avec nos symptômes, même si nous gérons notre dépression avec des médicaments ou d’autres techniques.

Bien qu’il soit merveilleux que l’on ai commencé à se battre contre la mésinformation et les préjugés autour de la dépression, nous avons du chemin à faire lorsqu’il s’agit de traiter avec compassion et amour les personnes dépressives, comme s’iels souffraient de toute autre maladie sérieuse.

La “prise de conscience”, c’est super, mais au final ce dont j’ai besoin, c’est d’être entouré·e de gens qui comprennent vraiment ma maladie et comment me soutenir.

Alors voici un guide sur comment soutenir un·e proche qui souffre de dépression.

1. Ne dites jamais “Tu es trop”

Quand on dit à une personne dépressive “tu es trop lourd pour moi”, particulièrement quand ça vient de quelqu’un de proche, cela peut déclencher une spirale de culpabilité, d’anxiété et de tristesse dévastatrice.

Celleux qui souffrent de dépression ont souvent une vision distordue de combien iels sont aimé·es ou soutenu·es, donc entendre “je ne peux pas te gérer” ou des variations sur ce thème de quelqu’un qu’iels aiment, en qui iels ont confiance, peut signifier qu’iels généralisent ce sentiment à toutes les personnes qui leurs sont proches.

Imaginez un moment entendre “tu es trop pour moi” de chacune des personnes à qui vous tenez. C’est ce que la dépression fait. Elle vous donne l’impression d’être un poids pour le monde.

Cela ne veut pas dire que vous devez être une source constante de soutien émotionnel pour une personne dépressive. Ce n’est pas votre travail de prendre soin de la santé mentale de qui que ce soit d’autre.

Un bon moyen de prendre soin de vous sans envoyer à votre proche dépressif·ve dans une spirale vicieuse, c’est de dire des choses comme “J’ai besoin de ne pas être la seule personne à qui tu parles de ça”, ou de spécifier quels comportements vous aimeriez qu’iel arrête ou change.

Des paroles positives et encourageantes aident aussi : “J’aimerais beaucoup que tu ailles te promener un peu le temps que je finisse ce mail à mon boss. Je suis si fier·e que tu prennes soin de toi, et j’apprécie que tu essayes de me faire me sentir soutenu·e aussi !”

2. Ne lui reprochez pas d’être négatif·ve

La dépression redessine le monde en un paysage de négativité.

Par exemple, une chose qui peut m’arriver lors d’un épisode dépressif est que je peux me “connecter” plus facilement à des sentiments négatifs que positifs.

Si mon boss me complimente au travail, essayer de ressentir une émotion positive comme de la fierté ou de la gratitude sonne faux. J’ai du mal à ressentir les émotions positives habituellement associées aux compliments lorsque je suis en épisode dépressif.

Si quelqu’un me critique, en revanche, la colère, la frustration et la culpabilité sont beaucoup plus faciles à atteindre.

Les personnes dépressives ne choisissent pas de voir le négatif et d’ignorer le positif. Le positif nous est aussi inaccessible que des snacks dans un distributeur quand on n’a pas de pièces. Nous sommes réellement incapables d’accéder aux émotions positives.

Si cette négativité vous contrarie, concentrez-vous sur ce que vous cherchez dans les interactions.

Demandez des choses comme “Est-ce que quelque chose d’agréable t’es arrivé aujourd’hui ?” Ou déviez les dissertations sur ce qui n’a pas été dans sa journée avec des questions comme : “Tes cheveux sont beaux aujourd’hui ! Tu as fait quelque chose de différent ?”

Je trouve que ça aide de reconnaître que pour une personne atteinte de dépression il y a des jours où, effectivement, rien ne lui est agréable. Alors si vous avez besoin d’une pause dans le Train de la Dépression, dites que c’est à propos de vous.

Ne prétendez pas qu’iel a besoin de trouver du positif là où il n’y en a pas. Dites-lui que vous avez besoin de positif et que vous aimeriez donc parler de quelque chose de positif, même s’il ne lui arrive rien de spécialement positif en ce moment.

Et s’iel ne peut vraiment pas se détourner du négatif, prenez une pause pour vous entourer du positif dont vous avez besoin, et revenez plus tard.

3. Aidez-læ a suivre une routine médicale si vous le pouvez (mais ne remettez pas en cause ses décisions médicales)

Prendre ses médicaments régulièrement est parfois particulièrement important.

Parfois, je suis un traitement qui m’engourdit mentalement, et mon comportement et mon aspect (extérieurs) sont plaisants et calmes, mais j’ai l’impression de vivre ma vie dans un vase clos passablement déprimant.

Dans ces moments, j’ai besoin que mes proches disent “Oh mon dieu, ça a l’air terrible. Oui, je pense que c’est une bonne idée que tu parles à ton médecin d’arrêter progressivement tes médicaments.”

La seule “règle” sur les médicaments qui devrait être enforcée par un·e proche est que si vous pensez à faire du mal à vous-même ou autrui, vous avez besoin d’aide immédiatement.

Tout le reste — vouloir changer de médecin, vouloir arrêter un médicament qui semble aider, vouloir prendre un comprimé de plus — ce sont des décision que vous devez soutenir.

4. Comprenez qu’être dépressif ne veut pas dire être “triste”

La dépression est une maladie avec un assortiment de symptômes — fatigue, pensée désorganisée, troubles du sommeil. Ce sont tous des symptômes de la dépression.

L’irritabilité est un symptôme très commun, par exemple, et il est rare que les personnes qui vivent avec ce symptôme reçoivent beaucoup de sympathie.

Naturellement, il est difficile de compatir avec quelqu’un qui est grognon envers vous — et naturellement, les adultes peuvent (jusqu’à un certain degré) contrôler leur propre comportement (donc ne vous sentez pas forcé·es de tolérer de mauvais comportements parce que quelqu’un souffre de dépression), mais l’irritabilité causée par la dépression peut être aussi difficile à contrôler que la tristesse ou l’insomnie.

La validation est un excellent outil pour gérer l’irritabilité liée à la dépression.

Sans laisser quelqu’un vous parler d’une façon que vous ne voulez pas, vous pouvez valider sa frustration ressentie ou son malaise général. Je ne me lasse jamais d’entendre “Ça a l’air dur. Je suis désolé·e que tu te sentes frustré.”

5. Validez, validez, validez

La validation n’est pas seulement un bon outil pour gérer l’irritabilité, c’est un bon outil pour gérer chaque aspect de la vie avec une maladie chronique.

La logique n’aidera pas.

Une personne dépressive ne vit pas dans le même univers que vous. Les lois qui gouvernent votre univers n’existent pas dans le sien.

Il peut être incroyablement frustrant de voir des gens faire comme si ce que vous vivez n’est pas réel, est faux, n’est pas la réalité.

J’aimerai désespérément pouvoir me croire moi-même quand je dis “mes ami·es pensent que j’ai de la valeur et que je vaux la peine qu’on passe du temps avec moi” quand j’ai un épisode dépressif, mais pour moi, à ce moment, dire ça semble aussi absurde que de dire “mes sourcils font la taille d’éléphants”.

Il peut être très difficile d’expliquer cette réalité alternative à quelqu’un qui n’a pas de maladie mentale. Essayez de comprendre que la pensée rationnelle ne fonctionnera pas car la logique n’existe littéralement pas dans l’univers où nous nous trouvons à ce moment.


Vivre avec un trouble dépressif est épuisant.

Ma dépression est bien gérée, et j’ai quand même de très mauvais jours. Mais même les bons jours, beaucoup de mon temps et de mon énergie sont pris par la gestion de mon humeur, mon sommeil, mon alimentation, mon niveau d’activité, et mes relation, pour pouvoir continuer à fonctionner.

Il faut des efforts, de la patience, et de la compassion pour aimer quelqu’un qui a une dépression. Je ne pense pas que quiconque dirait que c’est facile.

Mais nous méritons aussi amour et compagnie.

Nous avons besoin de votre patience, votre compassion, et votre amour — encore plus quand nous avons une journée ou une semaine ou un mois difficile. Nous savons que c’est difficile. Nous savons que ce n’est pas juste. Mais aussi nous vous aimons, nous vous attachons de l’importance, et nous apprécions énormément votre soutien.

Je me sens incroyablement chanceux d’avoir dans ma vie des gens capables de me soutenir des façons que j’ai mentionnées plus haut. Il faut un village pour coller sa branlée à la dépression.


Wiley Reading est un Auteur Contributeur d’Everyday Feminism. Wiley est un artiste, auteur, environnementaliste, et militant de justice sociale né dans le New Jersey et vivant actuellement à Burlington, VT. Il est travailleur de santé communautaire pour le Greater Burlington YMCA, et écrit pour Disrupting Dinner Parties, un blog collectif féministe. Suivez-le sur Twitter @wreadinggo.

Traduction : Adriel Beaver

adriel beaver

Written by

I’m a freelance visual artist & English to French translator living in Lille, France. I’m write and translate about mental health & trans issues.