Réponses à 5 questions tout à fait normales que les personnes trans peuvent avoir peur de poser (Traduction)

adriel beaver
Mar 1, 2018 · 10 min read

Texte original: 5 totally normal questions transgender people may be afraid to ask, answered — Let’s Queer Things Up — 13 Août 2017


Notes de traduction:

Les liens du textes original sont conservés, mais pointent vers des articles en anglais.


Un de mes concepts préférés parmi ceux que j’ai rencontrés en tant qu’activiste est l’idée de “holding space”.

Pour rentrer dans le détail, holding space, c’est créer la place pour que certaines expériences, ressentis ou perspectives soient reconnues et affirmées alors qu’elles sont souvent écartées et invalidées.

Faire cette place peut être important. Je crois fortement en donner aux gens de l’espace pour s’ouvrir — et ce faisant, construire une meilleure compréhension de là d’où l’autre vient. Un peu d’affirmation peut avoir un très grand impact pour aider quelqu’un à se sentir entier.

Et une chose que j’ai remarqué en tant que personne trans est que les gens nous font très peu d’espace.

La société en général a une idée très particulière de ce qu’est l’expérience trans — et cela ne nous laisse pas l’espace d’avoir des conversations honnêtes, réelles à propos de ce que l’on traverse, spécialement quand cela contredit ce discours.

Cela nous mène à lutter intérieurement avec de grandes questions que l’on a peur de poser — parce qu’en les posant, nous avons peur que cela discrédite notre identité ou mène les autres à questionner notre authenticité.

Alors aujourd’hui, je veux faire beaucoup d’espace pour les émotions compliquées qui apparaissent parfois quand on apprends à accepter sa transidentité.

Parce qu’on nous dit qu’on est né ·es avec une compréhension claire comme l’eau de roche de notre genre, qu’on s’embarque dans une transition médicale binaire, et atteignons le bonheur ultime et la certitude. N’est-ce pas? Mais ce que je sais d’expérience c’est que, pour nombre d’entre nous, c’est beaucoup plus complexe que cela.

Alors parlons — et je veux dire parlons vraiment — de quelques questions auxquelles beaucoup de personnes trans pensent, mais qu’iels ont peut-être peur de poser. Et ensemble, faisons place à toutes ces émotions compliquées qui font surface quand on les explore.

1. Suis-je vraiment trans ? Et si j’étais en train d’imaginer tout ça ?

Confession : je me pose cette question très souvent.

“Attends, Sam”, vous dites-vous peut-être, “Tu écris publiquement sur ton identité ! Tu es actif dans la communauté ! Tu prends même des hormones ! Et tu viens me dire que toi, tu n’es pas sûr d’être trans ?”

Oui, c’est précisément ce que je dis.

En fait, je peux vous assurer d’expérience personnelle que beaucoup, beaucoup de personnes trans se débattent avec cette question — même après des années de transition.

Et j’ai aussi des théories sur le pourquoi — si ça aide.

Si quelqu’un vous disait toute votre vie que vous êtes terriblement mauvais·e danseur·euse, et que vous receviez soudain votre premier trophée à une compétition de danse, vous auriez sans doute l’impression d’être un imposteur, non ? De même, quand la société nous dit que nous sommes cisgenre (et qu’être cis est la seule option), ça peut prendre des années et des années avant que nous nous sentions assurés vis-à-vis de notre transidentité.

Non seulement ça, mais les personnes trans sont souvent remises en questions car elles ne seraient “pas assez trans”, sont accusées de “faire semblant” pour des raisons douteuses, et rencontrent beaucoup de scepticisme quand elles font leur coming-out.

Il y a cette culture de l’interrogatoire autour de la transidentité — à savoir, que les personnes trans doivent prouver qu’elles sont trans (pour avoir du respect, accès à des soins médicaux, pour trouver du soutien).

Notre validité est constamment interrogée par des personnes cis autant que trans. Cela nous mène à internaliser cette voix du doute et de nous remettre énormément en cause, tout comme la société en général nous le fait.

Se sentir pas valable ou comme un imposteur est en fait quelque chose qu’il est tout à fait normal de ressentir quand on est transgenre. Il peut être difficile de croire en nous-mêmes quand les gens croient rarement en nous.

Dépasser cet obstacle peut prendre du temps (regardez-moi, j’essaye encore), mais il est bon de garder ceci en perspective et de se souvenir que se sentir ainsi n’invalide pas qui vous êtes ou ne vous rends pas “moins trans” que quelqu’un d’autre.

2. C’est OK si j’ai pas toujours été comme ça ?

Réponse courte : OUI ! C’est absolument OK !

A moins que vous vous soyez écrié·e “Je suis queer et je suis là !” dès la sortie du ventre, il semble que la société est insatisfaite envers les personnes trans qui réalisent tardivement (c’est une épée à double tranchant : soit nous sommes trop jeunes pour savoir, soit nous sommes trop vieux et nous aurions dû le savoir plus tôt — on ne peut pas gagner !).

Le discours dominant dit que les personnes trans doivent avoir toujours su — profondément, intrinsèquement — que nous étions destiné·es à nous identifier à un genre autre que celui qui nous a été assigné à la naissance.

Mais nous avons tous des raisons pour lesquelles nous reconnaissons notre transidentité à un moment donné.

Pour moi, ce sont les traumatismes qui ont repoussé mes prises de conscience autour de mon genre. Pour d’autres, iels ne savaient même pas qu’être transgenre était possible et n’avaient jamais pensé à remettre en question le genre qui leur était assigné. Et pour certain·es, leur sécurité était en jeu s’iels essayaient d’explorer leur genre.

Quelle que soit la raison, les gens réalisent qu’ils sont trans à différent moments de leurs vies.

Et il n’y a pas de “bon moment” ou de “bonne manière” d’arriver à cette conclusion — quel que soit le moment où vous découvrez votre identité de genre, elle est complètement valide, et ça ne veut pas dire que vous êtes plus ou moins trans.

L’identité en général est très complexe — et tout le monde, trans ou non, va grandir et en apprendre sur soi à son propre rythme. Comprendre qui l’on est ne se fait pas en un jour. C’est bien de prendre son temps.

Au lieu de voir ça comme une course où les autres personnes trans sont en compétition avec vous, essayez de voir ça comme un voyage qui est pour vous et pour vous seul·e. Mon espoir est que la communauté trans sera à vos côtés, à vous encourager.

3. Et si je regrette ma transition médicale ?

Il est important de dire en premier lieu que toutes les personnes trans ne font pas une transition médicale. C’est un choix complètement valide; aucune intervention médicale ne rendra quelqu’un plus ou moins trans.

Et pour celleux d’entre nous qui vont poursuivre une transition médicale, c’est incroyablement commun d’avoir peur de regretter.

Parce que notre validité en tant que personnes trans est tout le temps critiquée, ça ne me surprend pas que l’on questionne nos propres choix — et tout spécialement quand ces choix impliquent des changements permanents ou semi-permanents.

Beaucoup de personnes trans s’inquiètent au sujet de ce regret de transition pour des raisons différentes.

Pour certain·es, iels ne se sentent peut-être pas prêt·es à faire un si grand changement à cause d’autres problèmes qu’iels doivent déjà gérer. Iels ne se sentent peut-être pas prêt·es à faire leur coming-out à leur famille, ce qui peut être nécessaire pour une transition médicale (arriver à une réunion de famille avec une voix plus grave et une barbe sans prévenir est apparemment mal vu).

La peur du regret peut aussi venir d’un manque de connaissances — qu’il s’agisse de mythes de chirurgies regrettées (souvent soutenus par des activistes anti-trans), ou une compréhension “tout ou rien” des hormones (par exemple, la fausse idée que les personnes non-binaires ne peuvent pas faire de transition hormonale)

Personnellement, j’ai résisté à la transition médicale parce que j’avais profondément honte d’être trans (ce que j’aborde plus loin dans l’article).

Je pense que si vous avez des questions sur les transitions médicales, c’est une très bonne idée de chercher un groupe de soutien, un centre communautaire, ou un·e thérapeute spécialisé·e dans les questions de genre, pour vous aidez à cerner les raisons de vos hésitations.

La peur est une partie normale de la transition — mais se confronter à ces peurs peut avoir un rôle considérable dans votre processus de guérison.

4. Et si je ne sais pas exactement quel est mon genre ?

Eh, bienvenue au club ! Voilà votre badge officiel. Laissez-moi vous apprendre la poignée de main secrète et l’hymne.

Sérieusement, je pense que le monde serait un bien meilleur endroit si on arrêtait de coller la pression aux gens pour qu’iels connaissent leur identité de genre et que, à la place, on encourageait les gens à explorer leur identité et expression de genre.

Parce que, bien qu’il peut sembler que la plupart des gens sont incroyablement sûr·es d’elleux, je paris qu’il y a un nombre immense de gens qui ne sont en fait vraiment pas sûrs. Et l’idée que ça doive être un problème me laisse perplexe.

L’incertitude peut être déroutante, mais c’est aussi une opportunité d’explorer qui vous êtes et de vous donner la permission de sortir de votre zone de confort.

L’incertitude n’est pas, cependant, la preuve que vous n’êtes pas transgenre ou une indication que vous êtes “moins que” d’autres personnes trans.

J’ai l’impression que ma compréhension de mon propre genre change au jour le jour, parfois même à l’heure.

L’incertitude peut souvent dire que vous êtes sur le bon chemin — que vous vous éloignez d’une sécurité prudente pour vous ouvrir à la possibilité de quelque chose de plus honnête et épanouissant.

Alors embrassez l’incertitude ! Ce n’est pas qu’une mauvaise chose — et je le sais bien, ainsi que beaucoup d’autre personnes trans.

5. Si c’est ma vérité, pourquoi j’ai si honte ?

Le plus difficile concernant ma transidentité a été de confronter le fait que je ressens de la honte et de la culpabilité a être trans.

Quand on grandit avec l’idée qu’il y a une “bonne” et une “mauvaise” manière d’avoir un genre, c’est une réponse parfaitement raisonnable de refouler ou résister qui nous sommes et qui nous voulons être en faveur de ce qui semble le plus sécuritaire ou le plus socialement acceptable.

On apprends, de manière subtile comme manifeste, que s’aventurer au delà des “normes de genre” est mal, dégoûtant, embarrassant, ou même immoral. C’est normal et même attendu de se sentir honteux dans une société qui nous apprends à avoir honte si l’on est pas parfaitement cisnormatif·ve.

De cette manière, être fier·e d’être transgenre et avoir honte ne sont même pas incompatibles — vous pouvez être fier·e de votre identité mais aussi vous débattre avec la honte qui vient lorsque l’on s’affirme, et ce sont dans les deux cas des émotions et des expériences valides.

Ma honte d’être trans m’a mené à me confronter avec chaque question de cette liste.

La honte m’a convaincu que “j’inventais” ma transidentité, parce que je ne pouvais pas faire face à la réalité. La honte m’a fait remettre en cause la validité de mon parcours, parce que j’avais l’impression que je le faisait “mal”. La honte m’a fait craindre une transition médicale parce que je craignais mon propre bonheur. La honte m’a fait refouler mon identité et a rendu difficile de jamais me sentir assuré d’être qui je suis.

J’ai déjà écrit que je ne voulais même pas être trans et j’ai comparé être trans avec les étapes du deuil (si vous ressentez de la honte, je vous encourage à lire ces textes ou à les sauvegarder pour plus tard). Les réponses que j’ai reçues à ces articles montrent de manière écrasante que la honte est une part courante de l’expérience trans.

Je parle beaucoup de honte pas parce que je veux décourager les gens d’être trans — c’est parce que je veux que nous soyons honnêtes et que nous validions les émotions très difficiles qui sont liées à être trans dans une société transphobe.

Si vous avez honte, vous n’êtes pas seul·e.

Pour gérer ma propre honte, j’ai trouvé utile de parler de ce que je traverse avec d’autres personnes trans, de chercher des groupes de soutien (en ligne et hors ligne), de trouver un thérapeute compétent envers les questions trans, et de tenir un journal de ma transition pour prendre conscience de ces ressentis lorsqu’ils apparaissent.

La chose importante à retenir, c‘est que la honte n’est pas forcée de prendre les décisions à votre place. Elle n’a pas forcément à vous retenir. Et ressentir de la honte ne rend pas votre vérité moins réelle ou votre identité moins valide.


Il y a un dernier ressenti auquel je veux faire de la place. Si vous lisez cet article et vous dites “Wow, c’est moi”, je veux que vous preniez un moment pour intégrer cette sensation.

La sensation d’être validé·e, vu·e, reconnu·e.

Je veux que vous vous souveniez de ce moment la prochaine fois que vous vous débattez avec ces questions, et que vous sachiez, toujours, que vous n’êtes pas la première personne à vous poser ces questions, et que vous n’êtes pas seul·e dans ce que vous ressentez.

Trop souvent, nous avons peur d’être honnêtes au sujet de nos expériences car nous avons peur qu’être aussi vulnérable nous expose à être ridiculisé·e, interrogé·e, et remis·e en cause. Étant trans, nous sommes déjà confronté·es à ces interrogatoires dans nos vies quotidiennes — il est alors logique que nous réprimions nos difficultés.

Mais je veux vous encourager à vous ouvrir.

Au moins, je veux que vous reconnaissiez le poids que vous portez en essayant d’y faire face seul·e. Je connais bien ce poids. Il m’a empêché d’avancer pendant très longtemps.

Il est temps de rogner tout ce poids. Commençons ici : je veux que vous sachiez que vos peurs, vos questions et vos doutes ne discréditent pas votre vérité ou votre identité.

Vous êtes assez. Et ce que vous traversez et les émotions qui viennent avec méritent validation et respect.

Vous, mon ami, méritez validation et respect. Et j’espère que cet article n’est que le début de tout l’espace que vous ferez non seulement pour vos difficultés, mais aussi pour celle des autres dans notre communauté.


Texte original : Sam Dylan Finch
Traduction : Adriel Beaver

adriel beaver

Written by

I’m a freelance visual artist & English to French translator living in Lille, France. I’m write and translate about mental health & trans issues.