8 choses que les personnes trans ne vous doivent pas (Traduction)

adriel beaver
Feb 28, 2018 · 8 min read

Texte original : 8 things transgender people do not owe you — Let’s Queer Things Up — 30 Août 2017


Notes de traduction :

En anglais, on appelle “entitlement” (entre autres choses) le fait de croire qu’on a un droit fondamental à quelque chose, qui nous est dû et qu’on ne peut pas nous refuser.

Le terme “triggering” vient du vocabulaire autour du traumatisme et du TSPT, et est utilisé pour décrire un déclencheur d’un épisode violent et douloureux de santé mentale au sens large.

Les liens du textes original sont conservés, mais pointent vers des articles en anglais.


Pour moi, rien ne ruine d’avantage un jour merveilleux que quelqu’un qui croit que tout lui est dû.

Je parle des attentes, placées sur moi en tant que personne transgenre, qui ne sont jamais placées sur les personnes cisgenres.

Prenez, par exemple, le nombre de fois où des gens cis m’ont demandé, “Est-ce que tu vas enlever…” Puis, avec un geste vague envers mon torse, iels ajoutent “ça ?” sans sourciller.

Je ne sais pas sur quelle planète c’est une question qu’il est acceptable de poser à qui que ce soit, mais ça me dérange — sans cesse — que tant de gens pensent qu’on leur doit cette information, au point qu’iels ne prennent pas en compte mon inconfort ou mon intimité quand iels demandent.

De temps en temps, je rencontre des gens qui — qu’iels soient “curieux” de mon existence ou ne soient pas sûr·es de comment me parler de problématiques trans — présument à tord que j’existe en tant que Caitlyn Jenner de la vraie vie, comme une expérience scientifique, comme une étude de cas, ou comme une source de divertissement.

Et cet entitlement peut faire surface de plein de manières différentes.

Il peut s’agir d’une question apparemment “innocente” à propos de nos corps, comme si on vous devait des informations privées ou intimes au sujet de nos transitions. Ça peut être faire de nous leur quota trans, sensationnaliser le fait que l’on soit trans et dévaluer — ou ne pas reconnaître — que nous soyons des personnes.

Il peut même s’agir de demander de changer notre apparence pour mettre les personnes cisgenres plus à l’aise.

Au bout du compte, cet entitlement vient de l’idée que les personnes transgenres existent pour le divertissement, le confort, ou la curiosité des personnes cis.

Et que ce soit intentionnel ou non, même les meilleurs alliés peuvent perpétuer ce genre d’attitude dans leurs interactions quotidiennes avec des gens trans.

Alors comment peut on déconstruire cet entitlement et faire du monde un endroit plus sûr et safe pour les personnes transgenre ?

Et bien, pour commencer, voici huit choses que les personnes trans ne vous doivent pas — et pourquoi ces exemples d’entitlement du quotidien sont si problématiques.

1. Des détails sur leur corps ou les éventuels plans qu’iels ont pour celui-ci

Wow, wow, wow. Mon corps? Mon affaire. Ne me demandez pas quels sont mes plans si je n’ai pas amené ce sujet moi-même.

Je ne me souviens pas d’une seule fois où — quand je pensais être cis — quelqu’un m’a demandé, “Décrit en détails intimes l’apparence de tes organes génitaux et ce à quoi tu espères qu’ils vont ressembler dans le futur”.

Pourquoi est-ce soudain légitime de poser des questions aussi invasives aux personnes trans?

Que je sois trans n’implique pas que je doive au monde un plan détaillé de ce que sera ma transition médicale — en présumant que je veuille seulement d’une transition médicale. C’est une question personnelle qui ne concerne que moi, mes médecins, et celleux avec qui je choisis de partager ça.

Les personnes trans sont bien plus que leurs corps et leurs transitions, et se concentrer inutilement sur nos corps me dit que vous nous voyez comme des objets et non comme des gens.

Sans même mentionner les problèmes très réels qui affectent nos vies quotidiennes et que ces questions éclipsent.

2. Leur nom de naissance ou n’importe quel détail sur qui iels étaient avant leur transition

Traduction : Parle-moi d’une époque de ta vie que tu n’as aucune intention de partager — et donne-moi des détails en plus !

Encore une fois, des informations sensibles qui pourraient être triggering ou douloureuses ne sont pas quelque chose que quelqu’un de trans vous doit par simple vertu d’être trans. Votre curiosité ne prends jamais le pas sur leur droit à la vie privée.

Des questions comme celles-ci me dérangent parce qu’à la seconde où quelqu’un apprend que je suis trans, iel traite mon passé comme un secret à scandale qui est apparemment plus intéressant ou a plus de valeur que la personne que je me suis battu pour devenir aujourd’hui.

Je partagerai mon passé avec vous si je le veux, et quand j’y serai prêt.

Concentrez-vous sur qui je suis dans le présent — je vous promets, la personne que je suis maintenant est bien plus intéressante.

3. Une amitié ou une relation afin que vous puissiez prouver que vous êtes ouvert·e d’esprit

Je ne vais pas être un pion dans un quelconque jeu de crédibilité de la justice sociale. Donc arrêtez de me présenter comme votre “ami transgenre” ou de jouer les présentateur·ices de téléachat quand on rencontre quelqu’un de nouveau.

Sérieux : Vous n’êtes pas une meilleure personne, un·e meilleur·e allié·e, ou un·e meilleur·e activiste parce que vous connaissez ou baisez avec une personne trans.

Ce n’est pas la preuve que vous êtes super radical ou super ouvert·e d’esprit.

Et si on vous signale un jour que vous avez été transphobe et que vous sortez la carte “je ne peux pas être transphobe, mon meilleur ami/mon partenaire est trans”, je vous laisserai tomber tellement vite que vous n’aurez aucune idée de ce qui vous est arrivé.

Je ne suis pas votre caution trans, et je ne suis définitivement pas votre bouclier contre les critiques.

4. Une éducation basique sur les études de genre

Je comprends que vous voulez en apprendre plus sur la transidentité.

Identité de genre, expression de genre — le genre est un sujet vaste et complexe, et aussi fascinant ! Vous avez sans doute plein de questions, et à qui demander de mieux que quelqu’un en qui vous avez confiance ?

Mais pensez-y. A priori, vous n’êtes pas mon/ma seul·e ami·e. J’ai des centaines d’ami·es qui sont tout autant fasciné·es et qui ont tout autant de questions que vous.

La réalité, c’est que les personnes trans sont constamment bombardées de questions, il est constamment attendu qu’iels éduquent les autres à ce sujet justement parce qu’iels sont trans.

Et ça devient fatiguant d’avoir à expliquer nos vies et même nos traumatisme de manière répétée juste pour que les personnes cisgenre puis “avoir une éducation”.

Alors avant de demander les ressources et l’énergie d’une personne trans pour votre bénéfice personnel, pourquoi ne pas chercher des ressources existantes en ligne? J’ai personnellement écrit beaucoup d’autres articles sur les problématiques trans.

Cela indique aux personnes trans que non seulement vous voulez apprendre, mais que vous respectez leur temps.

5. Une histoire sensationnelle et tragique de leur vie.

Ma vie n’est pas un épisode spécial d’Oprah Winfrey.

Si vous posez des questions à propos de mon passé parce que vous voulez entendre une histoire triste, cela me dit que vous me voyez comme un divertissement avant de me voir comme une personne.

Remettez-vous en question.

6. Des excuses quand on demande du respect

“Tes pronoms sont si déroutants. Tu ne pourrais pas respecter que j’essaye ?”

“Je comprends que ce n’est pas le nom que tu utilises, mais tu ne vois pas comme c’est difficile pour moi ?”

“Tes grands-parents n’ont pas besoin de ce foin maintenant. Tu ne peux pas faire ton coming-out plus tard ?”

On ne devrait jamais faire sentir aux personnes trans que leur identité est un inconvénient ou un fardeau. On ne devrait jamais les accabler de reproches jusqu’à ce qu’iels s’excusent d’être qui iels sont ou de faire connaître leurs besoins.

Les personnes trans ne vous doivent pas de s’excuser d’être honnêtes au sujet de leur identité. Iels ne vous doivent pas d’excuses parce que leur transidentité est inhabituelle et “difficile” pour vous. Iels ne vous doivent pas de s’excuser d’exister.

Être qui nous sommes dans un monde qui ne nous accepte pas est déjà assez difficile (sans mentionner les statistiques incroyables de violence et discrimination).

Si ce que vous avez à dire n’est pas des paroles de soutien, merci de gérer vos émotions sur votre temps personnel.

7. Des justifications sur pourquoi iels transitionnent (ou pas)

Ma transition est pour mon confort — pas le vôtre.

Alors me demander d’expliquer pourquoi je fais certains choix à propos de mon corps, comme si j’avais à les défendre à vos yeux; me demander pourquoi je ne peux pas attendre pour des hormones ou des opérations un moment plus commode pour vous; ou me pousser à prendre des décisions qui vous mettrons plus à l’aise au lieu de me soutenir, ce n’est pas acceptable.

Ce sont des gestes qui me disent que vous priorisez votre bonheur et confort aux miens.

Les personnes trans ne devraient pas avoir à transitionner de manière à mettre à l’aise les personnes autour d’elleux.

Leur transitions (ou leur non-transition) devraient être guidées par leurs propres besoins, leurs propres désirs, et ce qui leur fait se sentir le mieux — pas par les personnes cis dans leur vies qui par hasard ont une opinion inappropriée sur quelque chose d’aussi personnel.

Nous ne devons à personne de justifier nos choix au sujet de nos corps et de nos genres ou absence de genre.

En vérité, même si cela peut vous affecter, les personnes trans sont celles qui seront le plus impactées par leur transition. Et en fin de compte, ce sont elleux qui ont a vivre avec les choix qu’iels font.

Ces choix peuvent parfois vous impacter, mais ils ne sont pas à propos de vous.

8. Quoi que ce soit

Les personnes trans, comme n’importe qui d’autre, ont le droit de poser les limites dans leurs vies, et ces limites doivent être respectées. En fait, les personnes trans ne vous doivent rien.

Le problème avec l’entitlement et les nombreuses manière dont il se manifeste, c’est qu’il efface l’humanité des personnes trans. Il nous traite comme un objet, un accessoire, une source de divertissement, ou quelque chose à qui imposer des demandes avant de jamais être entièrement reconnu·es comme des êtres humains autonomes.

Quand vous déshumanisez ainsi les personnes trans, que ce soit subtil ou manifeste, vous donnez au reste du monde la permission de nous manquer de respect ou même de nous faire du mal, car nous sommes vu·es comme exploitables — quelque chose que les gens peuvent utiliser pour leurs propres buts plutôt que comme de réels êtres humains.

Si vous avez l’impression qu’une personne trans vous doit quelque chose — son corps, son temps, ses décisions — il est temps de réfléchir. Les attentes toxiques n’existent pas dans un néant. Elles nourrissent une culture qui nie aux personnes transgenre leur pouvoir et les voit comme intrinsèquement moins-que.

Cela peut sembler accablant. Vous vous demandez peut-être, “Wow, est-ce que je peux seulement interagir avec une personne trans sans avoir l’air entitled ? Suis-je voué·e à l’échec quoi que je fasse ?”

Ça se résume à ceci : nous voulons être vu·es comme des personnes entières, comme n’importe qui d’autre.

Alors respirez. Je promets qu’on n’est pas fragiles. Traitez-nous avec respect, soyez prêt·es à apprendre de vos erreurs, et excusez-vous quand vous en faites. Ah, et ne posez pas de questions à propos de nos organes génitaux. Il faut vraiment que vous arrêtiez ça.


Texte original : Sam Dylan Finch
Traduction : Adriel Beaver

adriel beaver

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I’m a freelance visual artist & English to French translator living in Lille, France. I’m write and translate about mental health & trans issues.